Homme trans qui déchire une pancarte "female"

Compte-rendu de Dommages irréversibles, d'Abigail Shrier

Compte-rendu 7 mai 2022

Il s'agit ici de faire une lecture rapide des éléments de langage du livre, afin d'en déconstruire le discours.

En fin d'article, j'y ajouterai les éléments que j'ai trouvés sur le sujet.


Il s'agit donc de la traduction du livre, sortie en 2022.

Le livre original est sorti en 2020. Abigail Shrier est journaliste au Wall Street Journal, journal à la ligne éditoriale réactionnaire, qui n'hésite pas à publier de la désinformation.

Sa version française est complétée par une préface de Jean-François Braunstein.

C'est un historien des sciences, aucune compétence particulière sur les questions de genre, mais qui pourtant fait partie du conseil "scientifique" de l'Observatoire de la petite sirène, déjà responsable de plusieurs tribunes sur la question des enfants trans.

Il a également écrit un livre en 2018, intitulé La Philosophie devenue folle : le genre, l'animal, la mort, où il critique les approches du genre de Donna Haraway, Judith Butler et John Money (ce dernier étant surtout célèbre pour avoir, contre leur gré, effectué une transition médicale sur des jumeaux qui en sont morts, pas vraiment une référence). Il leur reproche de réduire la séparation entre homme et femme. Cette dénaturalisation de la division sexuelle et genrée est pourtant une nécessité féministe. Mais Braunstein n'a rien de féministe.

Sur le site de cet observatoire se trouvent des liens vers 4thWaveNow. Ce site est d'ailleurs évoqué dans le livre à plusieurs reprises. Il y a même une page dédiée à Abigail Shrier, mentionnant ses "travaux" : https://www.observatoirepetitesirene.org/abigail-shrier.

Différentes tribunes sont parues sur Marianne, émanant de ce collectif :

“L’humain est contraint, il ne peut pas tout” : la tribune de pédiatres et psychiatres sur le documentaire “Petite fille”
Plusieurs psychanalystes, psychiatres, pédiatres, initiateurs de l’Observatoire des discours actuels et des pratiques médicales sur l’enfant et l’adolescent*, réagissent au documentaire « Petite fille » de Sébastien Lifshitz, qui fait la promotion du changement de genre chez les enfants.
“Inciter les enfants à changer de sexe : un scandale sanitaire à venir ?”
Le magazine « Télérama » a fait paraître un dossier qui vend les mérites de la transidentité chez les enfants, mettant en cause l’Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et l’adolescent (La Petite Sirène). Ce dernier lui répond, et rappelle que le changement de sexe finit souvent mal, su…
Transgenrisme : “Avec cet effacement des limites, c’est la suprématie des sentiments qui guide les conduites”
Céline Masson, Caroline Eliacheff et Anna Cognet, membres de l’Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et l’adolescent, dénoncent l’instrumentalisation idéologique de la “dysphorie de genre”.

Cependant, contrairement à leur ambition "informationnelle" ou "scientifique", on peut rattacher ces différentes personnes ou au gender critical, ou aux groupes anti-genre de manière générale. Les inquiétudes sur les enfants trans ne sont pas le produit d'une empathie pour les enfants mais bien une instrumentalisation à dessein de justifier de pratiques médicales coercitives sur les enfants. Et servir un discours patriarcal sur la nécessaire séparation homme/femme.

Eléments de contexte français

Il n'y a pas, contrairement aux Etats-unis ou au Royaume-uni, de parcours d'affirmation de genre.
A la place, le parcours en médecine libérale permet surtout d'accéder aux hormones quand le parcours public est surtout un barrage psychiatrique pour décourager les personnes les plus marginales.

La thérapie de conversion a été interdite en France le 25 janvier 2022.

La loi sur l’interdiction des thérapies de conversion va enfin être débattue à l’Assemblée
La proposition de loi de la députée Laurence Vanceunebrock visant à interdire les thérapies de conversion arrivera à l’Assemblée en octobre. Un soulagement pour les associations.
Le Sénat vote pour l’interdiction des thérapies de conversion, ces pratiques “barbares”
305 sénateurs se sont prononcés en faveur d’une proposition de loi prévoyant un délit contre ceux qui prétendent “guérir” l’homosexualité ou la transidentité.

Au Sénat, une proposition a tout de même été portée afin d'exclure les personnes trans du dispositif.

Analyse de la préface par Jean-François Braunstein

La préface commence donc par

La vague transgenre est désormais arrivée en France, avec un retard de cinq ou six ans.

Le transgenre est présenté comme une catastrophe apparemment, une "vague". On ne réfléchira pas au fait que le nombre de personnes trans "augmente" parce que le sujet est : plus médiatique, que certaines facilités ont été acquises pour sauter le pas et que, de fait, davantage de personnes trans sortent du placard.

Le problème, c'est donc moins qu'une "vague" trans ait lieu que le fait que des personnes trans puissent s'affirmer comme sujets trans. Les personnes trans sont donc un problème moral à gérer par la société. Comment ? En les cachant, en les réformant.

[I]l s’agissait alors d’affections rarissimes, une personne sur 10 000 selon Shrier, qui touchaient surtout des enfants entre 3 et 4 ans, presque exclusivement des garçons, et qui étaient vécues comme un malaise sévère mais qui disparaissaient dans la plupart des cas avec l’âge.

Autrement dit, si la dysphorie de genre est rarissime et que le nombre de personnes trans augmente, c'est qu'il y a un problème. Ceci est une incitation à la coercition médicale. Il faudra faire en sorte que les enfants adoptent les "bons comportements" de force, pardon, les "soigner".

Il n'est pas question de questionner la division sociale et genrée. Il faut corriger.

Corriger les personnes trans, qui ont le malheur de casser le moule binaire. L'insistance sur le "sexe biologique" et le "sentiment d'être dans le mauvais corps" permet de convaincre sur le présupposé caché : les personnes trans n'existent pas, c'est juste un problème mental à corriger.

Et là il s'agirait de ne pas faire une erreur fondamentale. Le livre ne vise pas les femmes trans. Nous serions "marginales", le cas standard.

Le problème est plus grave.

[L]’actuel engouement pour les transitions de genre concerne surtout des adolescents, et à 70 % des filles.

Autrement dit, "vous touchez à nos filles et à la capacité de reproduction de la société !"

Quelles sont les raisons évoquées par Braunstein et par Shrier ?
Les réseaux sociaux, la "crise d'adolescence", la popularité acquise en se déclarant "trans" sur les réseaux sociaux.

S'il y a plus de personnes trans, c'est donc à cause de la visibilité des personnes trans. Inversion totale. Si davantage de gens s'y reconnaissent, est-ce parce qu'ils se sentent concernés ?

Pas pour Braunstein, qui fait d'ailleurs un parallèle charmant (lisez bien et soutenez les luttes anti-psy) :

Il y a des

« maladies mentales transitoires », comme les « personnalités multiples » ou l’anorexie mentale. Lorsque l’on propose de nouvelles catégories nosographiques, il se trouve toujours des gens pour s’y reconnaître.
Les patients vont choisir leur maladie dans le « pool » de symptômes qui est à leur disposition à une époque et dans une société données.

Il termine sa préface en montrant quelques victoires médiatiques du mouvement anti-genre, censées prouver que le souci vient des personnes trans et non pas de la haine transphobe et de groupes réactionnaires qui mettent en place des logiques de pression médiatique et politique.

Un procès médiatique en Angleterre, une reculade en Suède.

Pourquoi ? Sans doute parce que "la détransition" existe.
On ne saura pas pourquoi.

Petit instant auto-promo, il ajoute une publicité déguisée à l'Observatoire de la petite sirène, et petit mensonge par omission, il omet de dire qu'il fait partie du comité scientifique.

Instant magique sur la question hormonale :

[D]es hormones du sexe opposé, testostérone et œstrogènes, sont prescrites.

Tous les corps humains sécrètent les deux hormones, à des niveaux différents. Donc les corps des personnes qui se définissent comme femmes sécrètent de la testostérone et les corps des personnes qui se définissent comme hommes sécrètent des oestrogènes.

Il n'y a donc pas "d'hormone du sexe opposé". On peut estimer que Braunstein connait l'information et la cache dans la volonté de tromper lae lecteurice.

Cependant, la sécrètion d'hormones joue un rôle important dans la puberté. Leur niveau provoque l'apparition d'une pomme d'adam, répartit les graisses, la taille, la constitution osseuse, etc.

La question des bloqueurs d'hormones et du traitement hormonal a donc de l'importance pour toute personne trans.

Aperçu du contenu

Shrier introduit son livre par plusieurs portraits, assez typiques d'une émission type "C'est mon choix", talk-show voyeuriste qui faisait intervenir des gens qui devaient se dévoiler devant la France entière.

Lucy a toujours été une « fille-fille », m’a affirmé sa mère. Enfant, elle enfilait des escarpins et des robes à froufrous pour accomplir ses tâches ménagères, jouait dans une chambre remplie de peluches et s’occupait d’une grande variété d’animaux : lapins, gerbilles, perruches. Elle adorait se déguiser, et elle avait un coffre plein de robes et de perruques dans lequel elle piochait pour incarner une palette de personnages tous féminins. Elle a adopté la culture des petites filles de la fin des années 1990, aimant les films de princesse de Disney, surtout La Petite Sirène et plus tard la saga Twilight.

Toutes les personnes trans ne sont pas des caricatures ambulantes. J'avais des tenues très masculines quand j'étais plus jeune.

[S]a véritable drogue, celle qui l’a rendue accro, était la promesse d’une autre identité. Crâne rasé, tenues masculines et nouveau prénom ont constitué les eaux baptismales d’une renaissance. Une renaissance de la femme en homme.
Comment savez-vous que ce n’était pas une dysphorie de genre ?

Encore une fois, c'est à la mère qu'on pose la question.

Shrier dresse six tableaux, qu'elle reprend à la fin du livre, pour montrer "leur détresse" : Lucy, Julie, Sally, Gayatri, Joanna, Meredith. Aucun témoignage direct de ces personnes. Juste une promesse de détransition, la déshumanisation totale, l'irrespect et l'intrusion.

Les personnes interrogées sont : les parents de ces 6 personnes, Chase Ross, qualifié de « Gourou transgenre » (il appréciera), que Shrier qualifie de modéré, des psy et une femme trans, Kristal.

Le reste consiste en des témoignages rapportés, des contenus glanés sur les vidéos de personnes trans. Pour être trans, il faut être "dysphorique" selon Shrier, qui a besoin de citer le DSM-V pour définir la transidentité.

Puisque l'OMS a sorti la transidentité des maladies mentales (CIM-11), la transidentité est devenue une "incongruence de genre". La dysphorie est donc remisée aux ordures, malgré l'utilisation toujours présente chez les médecins (en France, en 2022).

L’OMS retire la transidentité des maladies mentales : “Une amélioration encore imparfaite” - Les Inrocks
L’organisation onusienne a retiré, le 27 mai, la transidentité de la classification des troubles mentaux. Malgré cette apparente bonne nouvelle, les associations jugent cette décision incomplète.

Cela n'empêche pas notre journaliste chevronnée, consacrée à sa tâche de nous montrer le côté sombre de ces sales pd sectaires/communautaires. Elle se lâche d'ailleurs sur le seul homme trans qui lui a accordé un entretien. Parlant de Chase :

Sa dysphorie de genre était si peu convaincante que lorsqu’il a fait une demande de testostérone dans une clinique au Canada, il a essuyé un refus.

Ou encore :

[I]l n’était pas prêt à être vu comme un « homme trans ».

Chase n'est donc pas un homme, il a le caprice d'être vu comme un homme, mais partiellement.

Les "mensonges des gourous trans" (chapitre 3 - Les influenceurs)

Autre aspect dangereux des trans pour Shrier, la désinformation :

Ce que les vidéos trans [...] mentionnent rarement, ce sont les effets secondaires dangereux du binder.
Dites-lui qu’un jour, elle pourrait vouloir des enfants et, après les avoir mis au monde, les allaiter…
Il est prouvé que la testostérone a des effets secondaires néfastes, mais vous en entendrez rarement parler.

Les personnes trans sont donc inconscientes et produisent des vidéos poussant des enfants et adolescent·es non-renseigné·es à se mutiler et prendre des médicaments "dangereux".

L'entraide communautaire, pourtant importante, pallie le manque d'accompagnement des soignant·es, qui préfèrent une vision hiérarchique de la médecine à une éthique de dialogue patient/médecin.

En France, ce sont des collectifs trans qui accompagnent les médecins dans la prise en charge des questions médicales trans.

Autre question, le "mensonge" des personnes trans face aux soignant·es. S'ils mentent pour ça, sur quoi mentent-ils d'autre bien sûr ?!

Ils vous apprennent à mentir aux médecins en vous inventant des antécédents de dysphorie infantile ou en omettant de signaler vos antécédents psychiatriques.

Pour la même raison que l'entraide communautaire, le mensonge pallie le manque d'information ou le manque de volonté du/de lae soignant·e face à une patientèle trans.

Ces propos remettent en cause le savoir hiérarchique médical parce que nombre de personnes marginalisées sont obligées d'avoir recours à l'auto-médication et aux parcours alternatifs à cause d'une conception rigide et violente de la médecine.

C'est vrai pour les personnes trans, pour les personnes racisées, pour les personnes folles, pour les personnes handi.

Lecture en perspective, même si elle ne concerne pas la transidentité :

Guide de Gestion autonome de la médication - ★ ZINZIN ZINE ★
Voici un guide qui s’inscrit dans une démarche intéressante: la gestion autonome de la médication. La gestion autonome de la médication se fonde sur ″une perspective d’appropriation du pouvoir par les personnes susceptibles de prendre des médicaments.″...

Le point suivant, les parents.

C'est un élément particulièrement structurant du livre de Shrier.

Vraie cible du livre, les parents

Shrier nous apprend donc que les personnes trans, notamment les "gourous trans", poussent les enfants à détester leurs parents.

Pour les influenceurs trans, le constat est donc sans appel : les parents qui n’accompagnent pas leur progéniture vers la transidentité (en l’appelant par le prénom qu’ils lui ont donné, en confisquant son iPhone par exemple…) sont impardonnables et cruels. Ils déstabilisent des personnes déjà au bord du gouffre.
Pour la fête des Mères en mai 2017, Rachel McKinnon, la championne du monde transgenre de cyclisme sur piste (en compétition avec des femmes biologiques, donc), a tenu à encourager les ados trans à couper les ponts avec « les parents qui ne les soutiennent pas autant qu’on pourrait l’espérer – malheureusement, c’est trop fréquent. Mais je veux donner un peu d’espoir. Je veux que vous sachiez que c’est normal de quitter des parents qui vous manquent de respect, voire qui vous maltraitent ».

Beau cadeau de fête des Mères.

Chase Ross raconte une anecdote pourtant frappante, qui devrait provoquer une réaction de la part de n'importe quel parent :

Un jour, une gamine m’a adressé un message : “Mon père a trouvé mon binder et il l’a découpé devant moi”. Et ça m’a tout simplement brisé le cœur, m’a-t-il dit. Alors je lui en ai renvoyé un autre à l’adresse d’une de ses copines, car j’avais trop de peine. Tu portes un binder et ton père le découpe sous tes yeux ? C’est horrible.

On apprend donc à détester nos parents, pas parce qu'ils ont un problème avec la transidentité, mais parce qu'ils ne nous laissent pas faire. La transidentité n'existe pas, rappelez-vous, c'est un caprice.

[F]aire preuve de compassion ne signifie pas forcément céder à des exigences, en particulier celles qui vous semblent aller à l’encontre de l’intérêt de l’enfant.

Et pourtant, c'est un vécu commun et régulier chez de nombreuses personnes LGBTI+.

Nos parents refusent, pignent, se demandent ce qu'ils ont fait de mal, voire pire pourquoi ils ont élevé des monstres. Mais c'est... parce qu'ils nous aiment.
Heureusement il y a des parents qui se rétractent et/ou d'autres qui accompagnent avec tendresse leurs enfants dans les calvaires et les joies de la marginalisation + ou - forte induite par une sexualité et/ou un genre divergent.

Ces jugements de valeur, qui font des personnes trans des monstres d'égoïsme, sont encore une fois un gage informationnel, à n'en pas douter.

Mais, rassurez-vous, Abigail Shrier dans sa mansuétude a aimé regarder des influenceurs trans parler de leur transidentité.

Avant de regarder les vidéos et d’interviewer certains vlogueurs, je ne m’attendais pas à aimer les influenceurs trans.

Elle adore le spectacle, et elle pourrait aller au zoo pour regarder des animaux en cage qu'elle en aurait la même sensation. Qualifiés d' Oliver Twist, elle narre la violence avec beaucoup de pathos et oublie de montrer les joies des personnes trans, insistant sur les suicides.

Rappeler ques les personnes trans vivent et se sentent mieux dans leur corps en tant que trans, ce serait faire mentir son livre.

La responsabilité scolaire dans la propagation de "l'idéologie du genre" (Chapitre 4 - Les écoles)

Commence un chapitre où elle rage sur les écoles ( qui enseignent ce qu'elle aurait pu appeler, à l'unisson avec d'autres réactionnaires, la "théorie du genre", qu'elle qualifie d' « idéologie du genre ».

Le tableau : les écoles publiques ne sont pas totalement responsables MAIS, les personnes de la génération de Shrier

n’[ont] pas imprégné [leurs] rétines de pornographie et de propagande diffusée sur Internet pendant la période d’égarement de la puberté. Et [n'ont] pas non plus fréquenté les écoles publiques d’aujourd’hui, avec leur obsession du genre et de l’orientation sexuelle. Bien sûr, les écoles n’obligent pas les ados à devenir transgenres, mais elles leur facilitent la tâche.

L'école publique rend vos enfants pd et trans, enlevez-en vite vos enfants, on ne sait jamais.

Les écoles enseignent donc "trop", sont trop prévenantes face à la question du harcèlement scolaire. On aurait aimé voir en France cette même prévenance face aux abus subis par tant d'élèves chaque année, où l'éducation sur les sujets LGBTI est survolée et dénigrée par l'institution.

Bien sûr, Shrier n'a évoqué que le cas de la Californie, Etat censé être le plus progressiste sur les questions de sexe et de genre. Sa généralisation gratuite à l'ensemble du territoire semble problématique mais n'a pas l'air de faire souffrir son éthique professionnelle.

Au vu des violences scolaires commises envers les personnes LGBTI+ états-uniennes, que ce soit les établissements, les enseignants ou les élèves, on pourrait remettre en cause son travail.

En Oregon, par exemple, un rapport sur 600 écoles "indique que les jeunes LGBT font face à des conditions dangereuses à l'école, à cause du harcèlement, de violences physiques et sexuelles."

Report says school violence on the rise against LGBT students
A new report from University of Oregon researchers shows bias-based bullying and violence is on the rise in Oregon schools, especially aimed at LGBT students, who experience twice as much verbal, physical, psychological and sexual violence as their peers.

Ces étudiants signalent également s'absenter parce qu'ils ont peur, et indiquent que leur santé mentale se dégrade." Idéologie de genre ? C'est pourtant un des Etats les plus LGBT-friendly. Il a aboli la défense contre les "gay ou trans panic" en 2021.

LGBT rights in Oregon - Wikipedia

Plusieurs Etats des USA (Floride, Alabama) ont mis en place des législations "don't say gay", qui impactent donc l'école :

En Floride, une personne a été licenciée pour avoir parlé de sexualité et de genre.

Des lois similaires ont été proposées en Georgie, dans l'Ohio, en Arizona, Oklahoma, dans l'Etat de l'Indiana et celui du Tennessee.

Louisiana Lawmakers Kill ‘Don’t Say Gay’ Bill Banning Teachers From Discussing Gender Identity
Critics argued the bill would have made it illegal for teachers to call themselves “Mr.,” “Ms.” or “Mrs.”

Bien sûr, Shrier trouve qu'on en fait trop. Par exemple, respecter la transition sociale d'une personne, utiliser les pronoms, c'est un caprice. Ne pas les utiliser, ça n'est pas grave, nier l'individualité de la personne en face ne serait pas un manque de respect mais un positionnement politique pur et simple.

D'ailleurs le livre, peut-être encore davantage en français, mégenre activement toute personne trans citée. Après tout, la transition sociale n'est qu'un caprice. Et pour terminer sa diatribe sur les écoles, lieux de l'idéologie du genre et de la "théorie du genre", elle termine son exposé en parlant de "l'irrespect" face aux parents.

Des militants anti-genre, présentés comme de simples parents

Ces persécuteurs, qui n’y connaissent rien en théorie du genre ou en théorie queer, s’immiscent dans la politique de l’école et les cours des professeurs. [...] Il faut absolument les tenir à distance ! Ils s’appellent « papa » et « maman ».

Toujours dans la demi-mesure, la journaliste va parler des "violences" envers des parents. L'empathie est donc placée du côté des parents.

Par exemple, Katherine, mère aimante qui a fait ses recherches :

J’ai découvert que cette prétendue thérapie (affirmation de genre) visait en réalité à la faire passer à l’étape suivante. Et j’ai fini par écouter discrètement une conversation [entre Maddie et le thérapeute] et ils n’exploraient pas du tout ses sentiments ou son histoire. C’était plutôt : bon, quelle est la suite ? Et ma fille voulait aller toujours plus loin.

Un thérapeute qui respecte les souhaits de son enfant ?! Forcément un idéologue du genre qui lui veut du mal. Il est donc évident que c'est le thérapeute qui a poussé son enfant à devenir trans et non pas son enfant trans qui a été accompagné dans le but de lui apporter du soutien.

Katherine a alors décidé de transférer sa fille dans une clinique du genre spécialisée dans l’autisme.

Manque de chance, encore des médecins idéologues du genre, qui proposent un bloqueur d'hormones. La mère refuse.

Elle fait ses recherches sur le bloqueur d'hormones :

[L]es études montrent que presque 100 % des enfants mis sous bloqueurs de puberté continuent ensuite par la prise d’hormones de transition vers l’autre sexe.

Et là, c'est le drame, si son enfant passe aux hormones, « il est démontré qu’elle devient infertile. ».

"MON DIEU MON ENFANT NE ME DONNERA PAS DE PETITS-ENFANTS."
Les traitements hormonaux réduisent la fertilité. D'ailleurs, les hommes trans qui veulent avoir des enfants stoppent leur THS.

Testostérone, règles et fertilité pour les hommes trans et les personnes transmasculines - Wiki Trans
🚧 Cette page est en cours de construction. Aidez-nous à la compléter. Risques de stérilité avec le THS masculinisant Sous THM (traitement hormonal masculinisant), la fertilité est limitée, mais ne disparaît pas complètement. L’arrêt des règles ne veut pas dire que l’on n’est plus fertile. En cas de…

Mais pour ça il aurait fallu s'intéresser aux communautés trans, dépasser un regard intéressé par les "dangers" et moins par l'intérêt de son enfant.

Etrangement, tous les parents ne deviennent pas, en plus d'être transphobes, des militants anti-genre.

« pourquoi les autorités médicales permettaient à des parents de consentir à l’amputation d’une fonction humaine aussi vitale au nom de leur fille mineure. »

Fonction vitale ?! La transidentité = caprice. Faire des enfants = vital. CQFD.

"Usage excessif d'internet", médecins "corrompus par l'idéologie du genre". Des parents tout à fait aimants, qui poussent leurs enfants à la détransition ?

On pourrait questionner le rapport violent de ces parents à leurs enfants trans, d'ailleurs Shrier l'évoque à demi-mot, mais cache vite ce propos sous le tapis pour ne pas discréditer son argumentaire.

Une autre mère "aimante", Brie Jontry, envoie à une amie médecin :

Tu sais, arrêter la puberté va arrêter le développement de son cerveau.

La désinformation, la panique morale. L'amour d'une mère.

Les amis de sa fille semblaient renforcer sa transidentité. Pour saper cette identité, Brie devait l’éloigner.

Ca ressemble à une violence parentale, mais détrompez-vous, c'est de l'amour !

Katherine Cave (pseudonyme) a fondé The Kelsey Coalition. Brie Jontry est le visage public de 4thWaveNow.

The Kelsey Coalition a fourni, en partenariat avec d'autres noms connus, comme The Heritage Foundation et WoLF, un guide à l'attention des parents, contre la "transgender trend". Tout un programme « pour tous ceux qui aiment les enfants et les familles. »

Un des présupposés importants du livre, la fonction "vitale" des hommes trans en "danger"

Katherine a également rédigé un projet de loi qui rendrait illégal le consentement d’adultes à la destruction de la fertilité future de leur enfant, et elle a même réussi à convaincre des législateurs de le parrainer.

On l'aura compris, le sujet c'est moins la défense des enfants que la défense de la famille traditionnelle hétérosexuelle. Katherine aurait pu avoir des petits-enfants, mais imaginez qu'ils puissent être trans.

Première de couverture de Dommages irréversibles, par Abigail Shrier

La première de couverture, où on voit une fillette avec le ventre troué, se révèle donc dans ce discours réactionnaire.

Leurs témoignages me laminaient. Ces femmes se levaient à l’aube pour emmener leur fille à la clinique, abandonnaient leur emploi pour faire l’école à la maison ou s’occuper de leur enfant en détresse.

Déscolarisation, violence psychologique, quelle preuve d'amour.

D'ailleurs, chapitre 11, une liste de conseils est proposée pour ces parents, toujours des parents "lambda" donc.

  • Refuser les pronoms et le prénom
  • Ne pas fournir de smartphone
  • Ne pas renoncer "à son autorité de parent"
  • Ne pas cautionner l' "idéologie de genre"
  • Envisagez des mesures extrêmes pour éloigner votre fille
  • Arrêtez de pathologiser l'enfance des filles
  • Il est merveilleux d'être une fille

Shrier cite également Sasha Ayad, qui "prend en charge des adolescents".

La chose fondamentale que je veux faire comprendre aux parents, c’est qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une question de genre, déclare Sasha Ayad, une thérapeute qui a travaillé avec des centaines de jeunes qui s’identifient comme trans. Lorsque ces enfants vont sur Internet, ils s’immergent dans ce qu’on peut considérer comme de la propagande.

Thérapie de conversion, éloignement des réseaux, déscolarisation, éloignement du cercle d'amis.
C'est déjà le genre de traitement qu'on réservait pour les personnes gay.

Sexualité, prétexte lesbien et hétérocentrisme

Le sujet de la sexualité est bien sûr abordé avec la même violence emprunte de légèreté. Les portraits d'ado "filles" qui sont présentés au début, ça tombe "amoureuse" de filles au départ et puis ça finit avec un garçon, la crise d'ado.

On se demande donc comment peut arriver le sujet de "la lesbienne effacée".

Et pourtant, dès le début du livre, les portraits présentent des "lesbiennes". Chase Ross aussi est présenté comme lesbienne.

Cliché lesbien bien connu : les lesbien·nes sont des hommes. Iels peuvent aussi être transmasc, c'est vrai. Mais on se demande pourquoi dans un brûlot qui n'aborde la question trans que d'un point de vue hétérocentré, ce sujet revient. Je vous passe la désinformation sur les transitions médicales et les bloqueurs d'hormones. On reviendra ensuite sur la place des femmes trans dans le dispositif discursif.

Dans le chapitre 8 et la section "Le “L” oublié des LGBTQ", Shrier parle donc de la communauté lesbienne dans son rapport à la transidentité.

On aurait pu croire que cette ère d’acceptation des personnes transgenres bénéficierait à tous les membres de la communauté LGBTQ, mais de nombreuses lesbiennes affirment le contraire.

Le discours TERF est réinvesti par le discours gender critical : les hommes-transidentifiés, la menace qui pèse sur "les espaces des femmes", les "lesbiennes sont dans la clandestinité". Tout avait déjà été dit en 1979 par Janice Raymond.

Ce récit, loin de parler de lesbianisme, est un prétexte en clin d'oeil. Shrier se moque de la place des femmes trans.

La place des femmes trans dans le dispositif discursif

Une seule femme trans a été interviewée dans ce livre. Même chapitre. Kristal, la cinquantaine, parcours médical et psy, a commencé par se travestir.

Elle déteste les militants, trouve qu'il n'y a pas de fierté à se dire trans, et refuse "la pseudo-science du genre". Parfait. Les femmes trans sont des monstres et des folles. Les hommes trans sont à la fois victimes, traitres et bourreaux.

Shrier avait réglé le cas des femmes trans dès le début du livre, en abordant la question de la dysphorie de genre et le nombre extrêmement restreint de femmes trans.

Conclusion

Pour conclure, c'est bien la communauté trans qui est responsable de "l'idéologie de genre", même si c'est surtout l'Etat qui la diffuse. Double-discours, double-faute. Le complot est donc national.

Dans le discours de Shrier, les personnes trans sont assez puissantes pour imposer leurs choix aux Etats et aux institutions scolaires, à l'institution médicale.

Il est important de préciser que ce sont les hommes trans qui sont visés par ce livre. Les femmes trans y sont minoritaires justement parce que le discours transphobe véhiculé sur les femmes trans est bien connu, maitrisé par les réac, de la gauche jusqu'à l'ext-droite.

Viser les hommes trans, montrer qu'ils nuisent aux lesbiennes et aux enfants, menaçant la fonction "vitale" de reproduction, ça c'est nouveau. Et la question des enfants trans cible, étonnamment mais pas vraiment, les personnes AFAB. Le sujet de la natalité est bien caché.

Mais c'est bien le présupposé de base de ce livre, et sans doute des paniques morales autour des enfants trans. Les anti-genre ont peur que les personnes trans se reproduisent. Ils investissent donc la "fonction vitale". Ils précisent bien que seules les femmes peuvent se reproduire.

La peur de l'autonomie du sujet trans, qui pourrait mettre en danger un discours bien rôdé pour réduire drastiquement le nombre de personnes trans sortant du placard, est bien présente.

Contrairement aux éternelles rengaines de l'affrontement entre féministes pro-trans et anti-trans, c'est bien les hommes trans qui effraient.

Les femmes trans, elles, sont minoritaires, des impondérables, des folles. Pas de quoi s'inquiéter. Il y aura toujours des hommes cis pour les remplacer.

Les hommes trans "privent l'humanité de leur fonction vitale".


Une autre review sur le livre de Shrier :

Another Moral Panic: Reviewing Irreversible Damage by Abigail Shrier
When I was in high school, around 16, I sat down with my mom and watched an episode of Oprah that she was interested in. The episode was about the sex lives of teenage girls - rainbow parties, blowjobs in the bathrooms during school, bracelets coded to tell others what different types of sex you’d d…

Ou encore, une enseigne retire le livre de ses rayons pour mieux l'y replacer le lendemain :

Target Removed a Transphobic Book From Shelves — Then Replaced It a Day Later
As always, it bears repeating that The Brands Are Not Your Friends.

Pour aller plus loin :

Taxonomie des discours anti-trans
Une taxonomie des mouvements TERFs et chrétiens anti-trans.
Détransition, renoncement et désinformation: Un guide pour comprendre le débat sur les enfants trans
Cet article est intentionnellement écrit comme un guide pour toute personne intéressée, un guide qui remplit les vides, lit entre les lignes, et détricote les nombreuses suppositions présentes dans les éditoriaux ou articles de presse sur les enfants transgenres.

Mots clés

MaddyKitty

Anarchiste. Femme non-binaire et vnr