Les putes ne sont pas cis

Queer 14 mai 2024

Avant de démarrer un peu d’étymologie

Peu de gens le savent mais le terme pute est tiré du vieux français “put” qui veut dire sale. Il existe aussi le mot latin “putere” qui veut tout simplement dire “puer”.  C’est intéressant l'étymologie, ça nous connecte à des histoires assez distantes des nôtres. On conçoit difficilement le monde tel qu’il était avant ou tel qu’il est en dehors de nos perceptions. La question des mots et de leurs usages c’est quelque chose qu’on oublie. “Pute” dans la bouche d’un patron qui dévalorise son employé, n’est pas le “Pute” d’une meuf qui râle sur sa pote qui lui a posé un lapin pour une énième fois et ce n’est pas non plus le “Pute” d’une collectionneuse du cul qui voit dans ce mot une tentative d'émancipation à un rapport au corps un peu compliqué.

Les mots ont ceci de commun avec la lumière que chacun·e en fonction de sa position dans l’espace pourra voir les choses d’une manière différente. Il y a peut être un lieu dans l’espace et le temps ou le terme “pute” a un éclairage donnant quelque chose de doux et de rassurant mais j’ai cette impression d’être passée à côté. 


Perceptions genrés et théâtres à occuper

C’est assez flou mais la première fois que j’ai du entendre parler de mes futurs collègues je devais avoir six ou sept ans. Mon père buvait toujours dans des verres assez épais quand il recevait des amis. Les moments entre adultes étaient souvent assez longs et pas très amusants pour une enfant de mon âge. Alors je mettais ma tête contre un des verres et je m’amusais à regarder les formes rigolotes que cela donnait. Les gens étaient plus colorés, plus tordus, plus fantaisistes. 

Ça parlait des filles dans la rue qui attendent. Elles attendent quelque chose. Cette chose dont on parlait devait être drôle car les gens riaient beaucoup. Il y avait peut-être un rire de gêne là dedans. Les hommes souvent n’aiment pas les filles qui attendent. Je pense que pour eux ça avait quelque chose de gênant. Les femmes qui ne s’agitent pas, qui ne s’occupent pas sont perçues comme suspectes, fainéantes voire profiteuses… Dans nos sociétés patriarcales, s'arrêter pour un homme c’est souvent réfléchir, faire face à l’adversité ou juste profiter d’un repos bien mérité. Pour une femme au contraire cela attire la suspicion et la méfiance. On est assez rapidement prise pour une marginale ou une paresseuse et par voie de conséquence on est assez rapidement prise pour une salope. Notre attente n’est pas liée à la réflexion ou à la résilience mais à l’occupation. Faute de pouvoir être une main d'œuvre exploitable nous sommes un théâtre à occuper. 

Par essentialisme, par dérive sémantique, juste par habitude les théâtres à occuper sont généralement associés à la féminité. Le féminin supposé ou réel permet de cibler ce qui est légitime à conquérir. La prise mâle doit rentrer dans la prise femelle, les empires doivent “féconder” des terres hostiles et sauvages et il y a des gens à “baiser” pour avoir une meilleure place et profiter d’avantages sociaux et/ou matériel. 

Le fait que des gens qui sont perçus comme des théâtres à occuper cherchent à mettre en location leurs aptitudes à être occupé·e·s et réglementer les tentatives de conquête à quelque chose d’assez proche d’un contrat de bail a quelque chose d’assez révolutionnaire je trouve. Dans l'absolu, ce sont des prolos qui posent des conditions aux patrons qui jusque-là se sont contentés de se servir. En vrai, on est un peu comme un buffet à volonté qui se mettrait à brandir des pancartes, à poser ses conditions et à appeler l’inspection du travail quand on en a marre de ses doigts inconnus qui se posent sur nous. Ça peut prêter à sourire c’est sûr…

Être désirable c’est quelque part raconter une histoire. Une histoire ou le désir est en nous et ou on vous contamine avec ça.  C’est quelque chose qui est au-delà de la norme qui a quelque chose de l’artiste exubérant ou du taré qui parle tout·e seul·e dans la rue. C’est quelque chose de fantasque et d’un peu spectaculaire. 


La féminité, un territoire balisé

Quand on écoute des interviews de dominatrices professionnelles comme Axelle de Sade1 par exemple, on entend cette idée qu’on a pu voir sous d’autres formes : les putes sont en dehors de la classe des femmes. Elles sortent selon elle de la normativité hétérosexuelle en adoptant des postures très éloignées des représentations habituelles. Elles sont souvent actives dans les rapports pénétratifs, à l’initiative dans le déroulement des échanges et de manière générale sont dans des postures de force et de contrôle qui tranchent énormément avec les représentations qu’on peut avoir des femmes et de leurs sexualités. 

Chez les personnes qui voient la prostitution comme un mal à vaincre à l’image de la vieillesse, de la maladie ou de la faim on peut retrouver un imaginaire similaire même si évidemment avec des arguments différents. Dans un article publié sur le mouvement du nid en 2022, association connu pour lutter pour la fin de la prostitution, les personnes se font le relais du livre “aucune femme ne nait pour être pute”. Si ce livre parle d’un contexte Sud-Américain2 avec ses propres problématiques, on pose effectivement la question de jusqu’à quel point puterie3 et féminité sont compatibles.Le fait que le mouvement du nid choisisse de le relayer n’est pas anodin. Comme souvent dans ce genre d'argumentaire, on met en avant le fait de considérer les femmes comme des objets. Comme des objets de plaisirs et donc par essence quelque chose en dehors de leur humanité, en dehors de leur statut de femme. 

Dans les imaginaires queer la figure de la pute, de la michto4 ou a minima de l’aguicheuse est assez présente. Du voguing aux performances dragqueen en passant par les poses suggestives pendant les pride on cherche l’attention ou en tout cas on cherche à susciter une réaction. Pour beaucoup d’entre nous les modèles d’hypersexualisation sont un refuge voire un réflexe. Le désir y est montré comme exubérant, fantasque, extraordinaire. La notion d’hommes et de femmes y est également plus confuse. Ce ne sont guère plus que des avatars, des costumes à s’approprier comme pourrait le faire une troupe de théâtre cherchant le personnage qui lui convient. Que ce soit pour quelques heures, le temps d’une nuit ou pour toute la vie. La féminité et toutes les croyances qui gravitent autour n’est au mieux qu’une veste sur un porte manteau attendant d’être prêtée ou troquée. 

Les dominatrices comme axelle, (même si axelle reste une personne issue de la bourgeoisie avec tous ses travers) participent à proposer des contre modèles. Sur ce qu’une relation sexuelle peut être, de comment on peut se saisir des marqueurs de genre et les interpréter à notre sauce. C’est quelque chose qui sort de la cisnorme et de l’essentialisation des vécus féminins comme masculins. La condamnation dès la naissance qu’en tant que personne trans on nomme “assignation de genre” est une vraie condamnation qui touche chaque être humain de la naissance à la mort. On décide arbitrairement pour lui, pour elle, pour ellui des vêtements que ces personnes pourront porter, des jeux auxquels iels pourront jouer, de leurs sexualités, de leurs relations aux autres et bien évidemment de leur travail. 

Travailler en vynil, en lingerie, en costume d'infirmière, en jockstrap ou en veste en cuir ça dit quelque chose de nous et ce qu’on est capable de faire ou d’inventer. Est-ce profondément plus aliénant qu’un bleu de travail, un costard cravate ou un costume de mickey ? Pas forcément. Dans tous les cas, nous avons une histoire singulière à raconter à partir de ça. Quand on nous reproche de renforcer des stéréotypes, en réalité ce n’est pas si simple. Nos sociétés sont tellement bouffées par le regard d’un père autoritaire qui nous dirait quoi faire... On ne peut manger s’il n’y a quelqu’un pour nous nourrir, on ne peut aimer si on nous dit quoi aimer, on ne peut souffrir que si la douleur nous semble légitime. La bourgeoisie n’encaisse que trés difficilement les esthétiques de filles volages, de pédés ou du travestissement de leurs propres codes à d’autres profits. Les atours de la pute ne seront jamais perçus de la même manière que ceux du banquier, de l’homme politique ou même de l’ouvrier sur sa machine. Le carnaval n’a le droit de cité qu’une fois par an et on saura nous le rappeler. 

Le dominateur gay stéréotypé, la dominatrice bas nylon et porte jarretelle et la femme transgenre “ferme mais sensuelle” ne procéderont clairement pas pareil mais créent quelque chose de trés singulier chacun·e à leur maniére. Nous ne sommes pas des hommes ou des femmes comme les autres, nous sommes des peintres qui allont puiser dans des palettes de couleurs très différentes afin de créer quelque chose de nouveau. Le fait que l’on nous associe généralement à la féminité dit juste quelque chose de la misogynie de la société. 

Car si des hommes cherchent activement la soumission alors tout un modèle s’écroule, au moins pour quelques instants. Même si cela reste éphémère, cet espace existe. Plus particuliérement, si des femmes dominent des hommes alors cela détruit au moins partiellement dans notre imaginaire ce que le mot femme veut dire.

Quand le mouvement du nid dit que “aucune femme ne nait pour être pute” c’est le prolongement de ça. Il y a une entité quelque part qui a visiblement décidé pour nous de notre avenir. Ce n’est guère surprenant pour une structure fondée à la base par un prêtre catholique5. A titre personnel, ce n’est pas ma vision de dieu et j’avoue ne pas connaître de divinités ayant choisi de nous enlever notre libre arbitre.

Oui surement qu’aucune femme  ne nait pour être pute mais pourtant les femmes sont elevées dans l’idée d’être séduisante, disponible, maternante et empathique. Le refuser c’est souvent être renvoyé à une image de vieille fille, de femme à barbe, de freaks ou même assez proche de l’image de certaines femmes syndicalistes. Il y aurait sûrement un lien à tracer entre la figure des femmes syndicalistes, des féministes et des putes. On nous rattache souvent à des modes de vie dissolue. A la saleté, la maladie, la solitude, aux excréments et aux flatulences aussi. Si nous ne sommes pas baisable alors nous devons appartenir au fossé. Quand je dis ‘baisable” je ne parle pas d’un acte sexuel en soi mais de ce jeu de “chasse” auquel se prête certaines personnes qui visent à chopper gratos. 

“Choper gratos”, c’est avoir l’opportunité de baiser avec des corps perçus désirables avec le moins de contrepartie émotionnelle, temporelle et matérielle possible. Prendre le plus en donnant le moins. Une certaine forme de conditionnement qu’on assume pas ou mal. Putes, féministes et syndicalistes ont compris depuis déjà un certain temps comment les femmes assumaient souvent un travail gratuit6 ou en tout cas mal payé. On performe du désir, du soin et de l’écoute sans jamais voir la couleur du moindre billet.


Cisnorme et figure transgressives 

Je me souviens par exemple comment, quand j’étais enfant, on parlait de la candidate aux élections présidentielles Arlette Laguiller, ancienne déléguée syndicale. Dans mon cercle familial de l'époque, on faisait des allusions à son corps et à sa sexualité : 

“Elle avait des poils aux jambes.”

“Elle ne se lavait pas souvent.”

“Elle bouffait des chattes car aucun homme ne voulait d’elle.”

“Elle ne se maquillait pas, ne prenait pas soin d’elle. Même en ayant très faim personne ne voudrait la baiser. ”

Cela fait beaucoup écho à des vécus putes et à tous les gens qui transgressent leur genre d’assignation de manière générale. L’émancipation de certains corps ne se fait jamais sans conséquence. Le monde social tient à nous montrer que ça coûte toujours quelque chose. Qu’il faudra payer un prix et qu’on a intérêt à être sacrément sûre de son coup avant de s’y mettre. Les milieux bouffés par la peur de l’étrange et de l’étranger qui voudraient tou·te·s nous résumer en prise mâle et femelle n’est qu’un prolongement moderne de cette idée. Tout ce qui met en danger un système sexo-affectif, un système pensé pour que des gens soient à la disposition des uns et des autres sexuellement, affectivement, émotionnellement est condamné. L’hétérosexualité et les logiques patriarcales se souciant surtout de pouvoir produire des êtres humains à la chaîne sans se soucier du bien être que nous sommes à même de leur proposer.

Le monde en sera à son crépuscule que les putes continueront à vendre leurs culs, les personnes trans continueront à présenter des apparences qui perturbent les visions du monde les plus violentes, les pds à faire des trucs chelou dans des parking avec des hommes mariés en scred, peut être même que les femmes ne se sentiront pas obligées de s’épiler les jambes et de se taper les miso du secteur pour avoir la paix. Coucher avec un ennemi qui passe sa vie à mépriser la condition féminine ou toutes formes d’expressions genrées qui ne lui convient pas devrait être soumis à contrepartie.

Dans “Le bus des femmes, prostituées, une histoire des mobilisations.” les auteur·e·s reviennent sur la stigmatisation qu’ont pu vivre les putes autour de l’idée qu’elles transmettraient des maladies, consommeraient des drogues de manière excessive et mèneraient une vie de marginale. Le livre démontre que la réalité est tout autre. Que si les prostituées sont certes une population particulièrement touchée par le VIH et autres IST, elles le sont aussi et surtout par la précarité de leurs situations. Précarité amenée par des appareils législatifs rendant l'accès au client particulièrement compliqué et les amenant à accepter des profils de clients et des types de prestations (des pratiques sans préservatif notamment) qu’elles n’auraient pas accepté en temps normal.

L’usage de drogue, s'il est bien présent, reste discret et peu de personnes sont réellement addict à ces substances. Si l'accès à l'hygiène est parfois compliqué, il l'est principalement de par les conditions de vie liées à des parcours de migration rendus difficiles, les discriminations racistes, les difficultés d'accès au logement et la nécessité de devoir travailler dans la clandestinité. Les vécus de putes au contraire aident plutôt des personnes très précaire à avoir un meilleur accès à des soins médicaux et à de meilleures conditions matérielles que ce soit via l’aide d’associations communautaires ,le soutien de collègues ou juste par les possibilités que donnent les revenus de leurs métiers. Les putes ici, ne sont ni plus malades, ni plus sales que les autres, elles sont juste un garde fou précaire et fragile contre le manque d'hygiène et le manque de prévention en santé sexuelle d’un monde qui se pense en dehors de ces choses. Elles sont la frontière nocturne contre ce jour écrasant qui refuse de s’éteindre. Ce sont les bras fragiles de prolétaires fatigués de devoir expliquer à la bourgeoisie comment se tenir. 

C’est le même combat que peuvent mener les personnes transgenre, travestis, intersexe et transgressi·f·ve·s de genre de manière plus générale. Le fait de nous assigner à des corps malades, à des corps ratés, des corps déformés, des corps qui devraient être corrigés de ce qu’ils montrent ou de ce qu’ils ne montrent pas. Des corps lubriques, des corps pervers, des corps de déviance qui ont l’audace d’exister, de faire face au monde sans avoir honte. Les discours de nos adversaires comme nos messageries insta sont remplis de discours fétichistes cherchant des excuses pour nous susurrer leurs fantasmes immondes. 

Les monstres fascinent et quand on ne les chasse pas, on ne peut s'empêcher de poser des doigts curieux dessus. Parfois même c’est plus simple sur un corps inerte quand personne ne regarde. Le dégoût que l’on peut parfois inspirer n’est que le reflet du dégoût de la bourgeoisie à nous préférer cantonner à l’égout, aux ruelles sombres et plus globalement aux zones périphériques. Ça participe beaucoup à nous faire perdre de la valeur. A partir de là, nous devenons une main d'œuvre corvéable pour différents désirs capitalistes, nationalistes et sexuels.  D’une manière ou une autre, iels auront accès à nos corps afin d’assouvir leurs fantasmes. Ces regards curieux iront aussi observer les monstres derrière des grilles, ravis de pouvoir contempler ce cirque à l'œuvre. Les monstres n’ont plus rien d’effrayant lorsqu’iels sont mis en cage et qu’on peut les observer tranquillement pour quelques sous. Seul·e·s, démuni·e·s, sans protection ni ressources.

Les désirs des marges pour elles même ont une volonté de mettre une zone tampon entre la violence du monde et leurs propres histoires. Mais en l'occurrence dans les désirs que j’évoque plus haut le désir devient un avatar de la violence. C’est une volonté de détruire des vécus trop éloignés des nôtres. Le désir ne fait pas un travail d’isolation, de protection du monde mais de conquête, de destruction d’une réalité trop difficile. Les puissants comme toujours se comportent comme des enfants capricieux souhaitant empêcher toute organisation collective à même de donner de la valeur à nos corps et nos actions. Ça revient moins cher à l’achat vous comprenez ? 

Alors oui c’est certain putes comme travelos ne font pas rêver. Tout le monde a peur d’être ramené au trottoir, à des vécus de rues et à ce regard entre curiosité, l’envie et la pitié. Quand quelqu’un comme Nikita Belluci actrice porno reconnue dit dans plusieurs interviews “Je ne suis pas une pute/je ne fais pas la pute” c’est juste le symptôme de cela. On veut s’éloigner du trottoir, des humiliations de salle d’attente, d’une prise de sang qui ne nous rassure pas trop, on veut s’éloigner des passes à 10 euros, du travelotage à deux balles, d’une tentative compliquée d’exprimer son genre d’une manière différente. Et les rires bien sur, tout plutôt que les rires et la moquerie.

Les putes ne sont pas des femmes. Les putes ne sont pas des femmes car on leur a enlevé ce droit. La femme respectable globalement plus dans les clous que beaucoup de monde ne ressemble pas à une pute. 

La respectabilité, c’est accepter l’obéissance. Respecter coûte que coûte ce qu’on nous demande de faire. C’est trouver tout sombre en dehors des chemins déjà tracés. Même les espaces de désobéissances quand ils existent sont sur des sentiers balisés. Ni trop sexy, ni trop sage mais suffisamment tout de même. Un peu pute, voir un peu chienne mais dans des espaces dédiés éloignés des lieux ou nous serions susceptible de corrompre7.  C’est un jeu de stratégie à ciel ouvert : hors de ta zone de départ il faut vraiment avoir le goût du danger. Reprocher aux travailleureuses du cul leurs tenues, leurs mœurs et leurs modes de vie c’est la guerre d’une classe dominante à vouloir imposer ses règles. Dans les années 90, des femmes afro-américaines réfléchissent ainsi à la notion de politique de la respectabilité8

De ce qui nous pousse à nous conformer malgré nos singularités dans l’espoir d’obtenir une validation. Une validation jamais acquise, dont on doit pouvoir faire la preuve encore et encore, prouver par nos actes à qui va notre loyauté et surtout à qui elle ne va pas. De cette force d’inertie qui fait que la norme nous attire sans qu’on en ait conscience. Les putes ne font rien de plus que ce que peut faire la bourgeoisie depuis des siècles avec le mariage. Juste en bon·ne prolot·e, on s'intéresse à la fiche de paye en premier lieu. Tout ce jeu de cour à placer ses pions, manger des petits fours en calculant ou mettre nos thunes on s’en branle. Des thunes on en a jamais eu, alors tout ce qu’on peut prendre on le prend. On ne sait jamais à quoi ressemblera demain alors on se couvre pour l’avenir. Le gros avantage des putes quelque part, c’est de ne pas avoir grand espoir de s’intégrer quelque part. Pour nous, l’horizon de la respectabilité reste encore assez lointain. 

Vouloir franchir la frontière du respectable pour choisir cette voie de la putain, c’est accepter une forme de déclassement. A partir de la, guère étonnant que les populations LGBTQIA+, non blanches et précaires de manière générale soient souvent amenées à faire un choix similaire. C’est un endroit aussi où ces personnes peuvent tracer du commun. Il faudrait juste que collectivement nous arrivions à ne pas l'oublier. Voir même que nous nous trouvions des espaces pour tisser une histoire commune. Et qui sait ? Peut-être même qu’on pourrait se trouver des syndicalistes avec des corps en vrac pour se joindre à nous ?


1 Axelle s’explique notamment dans ce podcast ou de manière plus large dans celui ci avec différents angles de réflexion.  

2 Des informations que j’ai pu trouver María Galindo et Sonia Sánchez les auteurs du livre luttent activement via leurs collectifs contre les violences policiéres, pour la légalisation de l’avortement et ont parfois été rattachées à de l’action violente. 

3 J’entend par puterie l’existence d’une classe sociale. Les classes populaire ont le prolétariat, les femmes ont le féminisme, les classes aisés ont la bourgeoisie et les travailleureuses du sexe ont la puterie comme terrain d’exploration pour comprendre leurs conditions de travail et d’existence. 

4 Ici j’utilise le terme michto bien évidemment en tant qu’étiquette politique. Il y a surement encore tout un travail de réhabilitation à faire autour de ce mots comme on a pu tenter de le faire autour de la figure de la cagole notamment : Cagole Forever

5 Le père Talvas dixit Wikipedia

6 Dans les réflexions convergentes tentant de tracer un parallèle entre différentes formes de travail gratuit on peut retrouver notamment cet article de la CNT Manifeste pro droit des tds-Cnt Loire qui est pour moi un bon résumé

7 A ce titre, l’auteur Agathe Roby a pas mal réfléchit à l'idée de répartition des putes dans l’espace public dans un article extrait de sa thèse publié dans le rapport d’activité de griselidis de 2014, visiblement dévellopé plus en amont dans un livre : La prostitution au Moyen Age - Le commerce charnel en Midi toulousain du XIIIe au XVIe siècle

8 Il existe un article wikipédia en Français sur la  Politique de la respectabilité même si la version anglaise est plus étoffée.
























 

 

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