Transphobie dans la communauté des femmes détransitionneuses

Pendant la période où j'étais une femme détrans, j'ai dit et fait beaucoup de choses que je considère maintenant comme nuisibles et transphobes. À l'époque, je pensais agir en accord avec le féminisme et travailler dans le meilleur intérêt des personnes transmasculines.

Transphobie dans la communauté des femmes détransitionneuses

Source: https://kyschevers.medium.com/transphobia-in-the-detrans-womens-community-447d68247dcf

Autrice: Ky Schevers

Traducteurice: MaddyKitty

Traduit avec l'accord de l'autrice, je vous encourage à aller lire le reste de son blog: https://kyschevers.medium.com/

Ky schevers est une personne transmasculine et ses pronoms sont elle avec accords au féminin.


[CW: Transphobie, transmisogynie, capacitisme, références à des violences domestiques et sexuelles, homophobie]

Pendant la période où j'étais une femme détrans, j'ai dit et fait beaucoup de choses que je considère maintenant comme nuisibles et transphobes. À l'époque, je pensais agir en accord avec le féminisme et travailler dans le meilleur intérêt des personnes transmasculines. Dans mon esprit, j'essayais d'aider les gens, je n'aurais jamais agi comme je l'ai fait si je pensais que je faisais du mal. Néanmoins, mes motivations n'annulent pas le mal de mes actions, ni ne les excusent.

Les personnes trans étaient souvent bouleversées et en colère contre moi et d'autres femmes détrans féministes radicales. Je me mettais sur la défensive et en colère à mon tour, mais maintenant je comprends pourquoi les personnes trans me voyaient et me traitaient comme si j'étais une menace pour elles. Je peux voir maintenant que j'étais en effet un danger pour eux et iels n'avaient pas tort de me voir et de me traiter comme telle. Toutes leurs réactions n'ont peut-être pas été productives ou stratégiques pour contrer réellement la menace que je représentais. Certaines personnes trans ont réagi d'une manière que je considère toujours comme blessante, mais je comprends d'où venaient ces réponses. Je peux maintenant faire preuve d'empathie, comprendre pourquoi ce que j'ai fait a tellement blessé et offensé d'autres personnes trans.

Lorsque je repense à mes actions passées, il y a de nombreux exemples où j'ai agi contre des personnes trans. Je vois maintenant comment la communauté féministe radicale des femmes détrans a pris une position oppositionnelle et paternaliste envers les personnes trans. Nous étions là pour « aider » les personnes transmasculines en convainquant ceux qui étaient réceptifs à « se réconcilier avec le fait d'être une femme » et en travaillant à éliminer les conditions sociales qui, selon nous, donnaient naissance à l'identité trans et au désir de transition. Nous voyions les femmes trans comme des hommes homosexuels qui se détestent ou comme des fétichistes prédateurs et des infiltrés. Nous n'avions peut-être pas l'intention d'exterminer physiquement les personnes trans, mais nous travaillions toujours pour un monde où les personnes trans n'existeraient plus. Nous pensions savoir qui étaient les personnes trans et ce dont elles avaient besoin mieux qu'elles ne le faisaient. Nous avons vu l'identité trans comme étant générée et affirmée à la fois par la culture dominante patriarcale et la culture queer et trans, nous n'avons donc pas pensé à la remettre en cause. Nous nous considérions comme allant à contre-courant d'une tendance sociale néfaste, ne renforçant pas la transphobie.

Au cours de toutes ces années dans cette communauté, pas une seule fois nous n'avons discuté de la façon dont nous pourrions répondre à nos besoins et créer des ressources et des systèmes de soutien pour les femmes détrans, sans compromettre l'accès des personnes trans aux soins médicaux. Nous n'avons pas non plus discuté de la façon d'empêcher que nos histoires soient utilisées pour argumenter contre l'existence des personnes trans ou sur la façon dont nous pourrions travailler avec les personnes trans afin de créer un système de santé qui réponde mieux à tous nos besoins. C'est parce que nous avons vu les identités des personnes trans comme une forme de fausse conscience, une façon de faire face à un traumatisme, une perversion, quelque chose de malsain et irréel. Nous considérions la transition médicale comme intrinsèquement nuisible, une forme d'abus médical. Nous voyions à la fois l'identité trans et la transition médicale comme les produits d'une société oppressive et dysfonctionnelle et nous travaillions vers un avenir où les deux deviendraient obsolètes. Vous savez, "que la morale permet de faire disparaitre"

Je veux discuter de certaines de mes propres croyances et comportements passés pour démontrer à quels types d'activités les femmes féministes radicales détrans se livrent. La plupart de ces activités ont eu lieu à l'abri des regards dans des espaces féministes ou détrans lesbiens radicaux. J'étais plus modérée en public, en écrivant sur mes blogs par exemple. Je suis également devenue moins extrême dans mes opinions au fil du temps jusqu'à ce que finalement beaucoup d'entre elles aient changé, et j'ai décidé de me désengager de la communauté féministe radicale détrans. Ce qui suit était mon moi fanatique, quand j'y croyais vraiment.

J'ai coanimé des ateliers sur la détransition aux deux dernières éditions du festival "Michigan Womyn's Music Festival" (NdT: un festival de musique qui a fermé à la suite de plusieurs controverses sur la transphobie de ses organisatrices), en 2014 et 2015. Le MWMF (NdT: l'acronyme de "Michigan Womyn's Music Festival") était un festival de musique d'une durée d'une semaine, connu pour exclure les femmes trans (NdT: des femmes trans s'y rendaient tout de même, même s'il y a eu des cas d'exclusion, notamment en 1991, voir source). La première fois, nous avons présenté un atelier général mais il a connu un tel succès que le deuxième fut approfondi. Les ateliers intensifs recevaient davantage de soutien de la part du festival et étaient programmés de façon à ce que les animatrices puissent approfondir le sujet (NdT: de l'atelier). Il y avait également des avantages pour de tels ateliers puisque le billet d'une des animatrices était payé, et une somme de 100$ était versée à titre d'honoraires (NdT: soit environ 84€), qui m'ont tous deux été versés (j'ai également pu éviter la file de plusieurs kilomètres de voitures attendant d'entrer dans le festival et rentrer directement). En plus de notre présence, pour chaque atelier nous avons invité d'autres femmes détrans à partager leur expérience. Pour le premier, il y avait six femmes en tout et pour le second, huit femmes. Environ soixante femmes ont assisté à notre premier atelier et environ cent-cinquante ont assisté au deuxième. Durant les deux festivals, de nombreuses femmes étaient impatientes de discuter avec nous à l'extérieur des ateliers. La rumeur s'est vite répandue à propos de femmes qui ont transitionné et sont retournées à la féminité et de nombreuses personnes étaient impatientes de parler avec nous, poser des questions et exprimer leur admiration.

De quoi parlions-nous à nos ateliers? Nous partagions nos histoires personnelles de transition et de détransition, interprétées par le prisme du féminisme radical. Nous décrivions la façon dont nous nous étions trouvées sur internet et la façon dont nous avons fait communauté. Et nous présentions nos propres théories sur ce qui causait aux personnes assignées femmes le développement de la dysphorie de genre, de se considérer comme trans et transitionner médicalement. Voici la façon dont nous définissions la dysphorie de genre dans notre premier atelier:

“La dysphorie sexuelle correspond à une dissociation de vos caractéristiques sexuelles primaires et secondaires, et dans sa forme extrême, se manifeste par la sensation d'un corps masculin fantôme superposé ou s'opposant au corps physique féminin dissocié.‌‌‌‌

La dysphorie de genre se rapporte à la détresse face aux rôles sociaux qui vous sont imposés en tant que fille ou femme, à la dissociation du concept de soi en tant que femme ; cela peut parfois conduire à une haine corporelle sévère, y compris une dysphorie sexuelle.”

Et voici quelques-unes des notes que nous avons prises pour l'atelier à l'avance, décrivant ce que nous avons considéré comme des causes et des influences sociales poussant les gens à faire la transition :

la transition en tant que stratégie d'adaptation pour faire face à des traumatismes/au patriarcat, à l'identité trans et à la dysphorie en tant que dissociation, déconnexion d'être une femme‌‌‌‌

- sentiment de soi endommagé provoqué par un traumatisme et la misogynie nous conduit à la retourner contre soi‌‌‌‌

- la transition/la transidentité devient une technique d'adaptation dissociative, créant une nouvelle personnalité à adapter, créant un nouveau soi pour essayer de remplacer/compenser un être endommagé, contrôlant la forme du corps à défaut de pouvoir contrôler le monde.‌‌‌‌

- caractéristiques communes parmi les femmes détrans:‌‌‌‌

- Non-conformité de genre, butch, ne correspond pas à la définition sexiste de femme, physiquement et/ou psychologiquement,‌‌‌‌

- troubles alimentaires autodestructeurs, automutilation, toxicomanie et alcoolisme,‌‌‌‌

- des histoires de trauma, souvent d'abus sexuel, viol et/ou inceste, relations abusives, mais n'ont pas besoin d'être sexuelles, cela peut être le rejet par les pairs, l'ostracisme, l'isolement social, le suicide d'une personne importante‌‌‌‌

- a subi des pressions et/ou a été encouragée à faire une transition, parfois directement par des personnes trans, parfois par des “allié·es”, parfois de façon plus subtile en renforçant des codes genrés, c'est-à-dire plus attirante en tant que garçon, mieux traitée avec une apparence masculine, transidentité assumée ou déjà sous testostérone, encouragé à voir les réactions au traumatisme comme une preuve de dysphorie‌‌‌‌

- parfois lesbienne ou bisexuelle, souffre de lesbophobie intériorisée‌‌‌‌

pressions sociales à transitionner- misogynie, haine des femmes intériorisée, être maltraitée en tant que femme, particulièrement en tant que "déviante". L'ambiguité de genre peut créer des frictions sociales constantes, une apparence masculine peut rendre la vie plus simple et plus sûre, passer d'être traitée de monstre à être traitée comme un humain

des idées limitées sur ce qu'une femme peut être, et maintenant les abérations féminines et la rébellion de genre sont présentées comme trans, comme non féminines‌‌‌‌

facteurs dans la culture queer: idéalisation de la masculinité, culture homosexuelle, dénigrement des lesbiennes, hiérarchie des identités, pression à être "vraie", pression à être queer/”transgressive”, fétichisation/tokenization des trans, théorie queer/idée que les individus peuvent réécrire leur sexe/genre, créer de nouveaux sexes et genres, conneries “queer”, absence de perspective systémique sur le sexe/genre, déconnexion des anciennes cultures gay/lesbiennes, les lesbiennes et les féministes lesbiennes ne sont pas à la mode, la transidentité est inquestionnable.”

À partir de 2016, les femmes détrans ont commencé à organiser des rassemblements appelés Blood and Visions spécifiquement pour les femmes détransitionnées et abandonnées. Ces rassemblements ont eu lieu sur des terres lesbiennes radicales dans le nord-ouest du Pacifique (NdT: womyn's land). Je me souviens d'une vingtaine de femmes qui ont assisté à la première réunion et je crois que la participation maximale s'est élevée à vingt-sept participantes. C'était une chance pour les femmes de se rencontrer en personne, de sortir, de présenter et d'assister à des ateliers, de parler de politique et d'élaborer des stratégies. La plupart du temps, les gens appréciaient simplement la compagnie d'autres personnes qui avaient vécu des expériences similaires, mais beaucoup l'utilisaient également comme une chance d'organiser et de planifier des actions politiques.

Lors du premier de ces rassemblements, j'ai présenté un atelier sur l'élaboration de stratégies politiques pour les femmes détrans et réidentifiées. Voici mes notes de travail :

“Stratégie politiques

Voici quelques réflexions que j'ai eues sur le fait d'aborder le mouvement trans/la transition comme une manifestation du patriarcat. J'aimerais savoir dans quel autre type de projets ou activités politiques les femmes aimeraient s'impliquer. J'ai remarqué en lisant ces notes que je suis intéressée par une approche très offensive, une approche guerrière psychique et culturelle tout autant que par la création d'une culture féminine radicale. Je ne m'attends pas à ce que quiconque soit si pressé de se battre. J'ai détransitionné depuis suffisamment longtemps et bien que travaillant toujours sur ça, guérir de ma transition n'est pas ma priorité du moment et je préfère m'intéresser à la création d'un changement culturel mondial. Je reconnais que les autres femmes pourraient être davantage intéressées par la création de davantage de support et de ressources pour que les femmes puissent travailler sur leurs trauma, apprendre comment vivre à nouveau dans ce monde comme une femme, gérer les effets des hormones ou de la chirurgie, etc. Il y a beaucoup de choses à faire sur beaucoup de fronts et nous avons besoins de différentes activités et approches.

Je veux que ce soit un espace où les femmes peuvent partager et discuter d'idées, trouver d'autres femmes avec des intérêts similaires avec qui travailler, se motiver, parler de ce qu'elles aimeraient voir se produire. C'est aussi bien de s'asseoir et d'écouter.

- Avoir une approche centrée sur la femme. Ne pas présenter cela comme une réaction aux politiques/à la culture trans. Présenter cela comme un problème affectant les femmes: femmes qui transitionnent (NdT: transitions transmasculines), femmes qui perdent des espaces pour se rassembler, atteintes aux espaces et à la culture lesbiennes, etc. Connecter ceci à la situation générale des femmes. Le problème ne vient pas seulement du mouvement trans, les mêmes problèmes et souffrances pourraient exister sans celui-ci. Le problème central est le patriarcat, les femmes sont toujours contrôlées, restreintes, menacées, entourées par une propagande/culture sexiste et plus encore. Tant que les femmes vivront sous le joug des hommes et auront des options limitées, certaines d'entre nous tenteront de s'en sortir, d'une façon ou d'une autre. La transition n'est qu'une de ces formes.

- Ne pas être sur la défensive/éviter de réagir autant que possible. Ne pas définir la féminité par quelque chose que nous ne sommes pas. Autant que possible, ne débattez pas sur la question de savoir si les femmes trans sont des femmes ou non, etc. Au moins pas plus que nécessaire. Ces arguments sont faits pour nous vider et prendre de notre temps. Les militants trans essaient de nous placer sur la défensive afin que notre discours les référence et leur accorde une sorte de réalité inversée. Il est bon de rappeler qu'argumenter contre quelque chose implique que cela soit vrai.

- Si nous rendons notre réalité concrète, il sera clair que les hommes ne peuvent pas par conséquent être des femmes. Si nous réussissons à établir notre réalité, nous nous donnons plus d'espace et de pouvoir pour exister et agir tout en remettant en question les définitions patriarcales de la féminité, y compris, mais sans s'y limiter, les trans. Après tout, ils ne sont pas les seuls à avoir une idée de ce que nous sommes.

- Nous devrions commencer par la prémisse que la réalité des femmes et la différence entre femme et homme est actuellement entendue, et qu'il est nécessaire de comprendre pourquoi certaines personnes ne le voient pas. Nous avons besoin d'expliquer pourquoi les identités trans semblent réelles alors qu'elles ne le sont pas, comment les hommes peuvent être perçus comme des femmes, etc. Nous voulons que les gens commencent à questionner leurs croyances à propos des politiques trans, et s'il est possible que cette croyance provienne d'autres raisons que leur véracité. Nous devons apprendre et lutter contre la façon dont les autres voient le problème si nous voulons sérieusement faire changer ce qu'ils pensent. Soyons astucieuses.

- Nous devons faire des autres femmes notre cible. Nous voulons construire une culture féminine radicale qui pourra créer le monde dans lequel nous voulons vivre et qui résistera efficacement au patriarcat. Dans un délai plus court, si nous pouvons retirer le soutien des femmes du mouvement trans, ils perdraient en pouvoir et capacité d'action. Sans le support des femmes, ils ne pourront rien faire. Même si nous répondons directement à des militants trans, c'est bien leurs alliées femmes que nous visons.

- Nous devrions réfléchir et analyser, seules et en groupe, au pourquoi nous croyions à l'idéologie trans et ce que nous avons fait pour changer cela. Que s'est-il passé pour en arriver là où nous en sommes maintenant? Par quelles étapes sommes-nous passées? Combien de temps cela a-t-il pris? Comment avons-nous ressenti cela? Où et comment les anciens arguments/croyances se sont-ils séparés? etc. Cela ne se produit pas d'un seul coup et peut être assez terrifiant et stressant à traverser. Cela peut être un processus de longue haleine. Il serait bien de créer des médias pour des personnes à différents stades de questionnement et un grand corpus de travail en général.

- Encore une fois, c'est bien dans le contexte de la création d'une culture féminine radicale, ceci est un sous-projet. Nous devons nous concentrer sur la création d'une forte culture lesbienne et féminine. Si essentiel qu'il soit d'informer davantage de femmes du travail passé des féministes radicales, nous devons continuer ce qu'elles ont commencé et produire une culture pertinente issue de nos expériences. Plus de travail de lesbiennes issues des scènes queer et trans, ce que cela signifie pour nous d'être des femmes à ce stade de l'histoire, ce que nous faisons, etc. Nous devons travailler à être productives et efficaces. Devenons dangereuses. Déterminons ce que nous voulons au lieu des conneries qu'on nous a données, sortons et faisons-le.

- De nombreux alliés trans ne voient probablement pas vraiment les personnes trans dans leur identité de genre proclamée et attaquent les TERFs comme des boucs émissaires pour faire face à leur propre culpabilité. Nommez cette hypocrisie. Faites remarquer que traiter les personnes trans comme trop fragiles pour être critiquées est condescendant et non respectueux.

- Pointez du doigt les comportements abusifs de nombreux militants trans et leurs alliées. Parlez davantage des abus et de l'autoritarisme dans les lieux queer et trans en général. Parlez également de la misogynie.

- Ne traitez pas cela comme une identité politique. Agissez efficacement, pas pour valider une identité politique. Variez vos arguments. Si les deux côtés continuent de répéter les mêmes idées en boucle, rien ne se fait vraiment. Je suis fatiguée de voir les mêmes arguments et slogans régurgités encore et encore. Que vous ayez raison n'a aucune importance si personne d'autre ne le comprend, alors argumentez pour convaincre, non pour le plaisir du débat. Prenez garde à ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. En fait, se disputer directement fonctionne rarement bien car cela met les gens sur la défensive. La présentation est importante et la façon dont les informations sont présentées doit l'être de manière à ne pas mettre les gens sur la défensive.

- Exploitez la culpabilité libérale. Ils nous confondent avec les trans de toute façon, autant en user.

- Usez d'un grand nombre de références à des réalités et expériences concrètes.

- Étudiez et établissez des liens avec des mouvements connexes, par exemple anti-psy/santé mentale radicale/fierté folle, mouvement radical pour la santé des femmes/d'entraide, campagne de libération des homosexuels pour sortir l'homosexualité du DSM (NdT: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, ou Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux en français), etc.

- On a besoin de plus d'écrits sur le mouvement trans/la transition de la part des femmes qui l'ont vécu. Comme des écrits publiés sur papier, pas seulement en ligne. Je veux écrire une analyse politique dans la veine de Raymond mais à la première personne.”

[Si certaines personnes sont curieuses de connaître mes notes pour cet atelier ou l'atelier présenté au Michfest et/ou veulent une explication plus approfondie d'un point spécifique, n'hésitez pas à me contacter. Mon objectif est d'aider les gens à comprendre les sous-cultures auxquelles j'ai appartenu. Je vais soit essayer de répondre directement aux questions, soit intégrer la réponse dans de futurs essais.]

A ce moment, je me voyais comme faisant partie d'un mouvement culturel/politique lesbien plus large, comme beaucoup d'autres femmes détrans. Nous n'essayions pas seulement de résister au mouvement trans mais également de créer une culture féministe radicale alternative et recruter autant de femmes, par femmes nous entendions des personnes assignées femmes, que possible. Nous voyions les femmes trans, particulièrement les femmes trans lesbiennes, comme des menaces pour les "vraies femmes" et la culture lesbienne radicale que nous essayions de préserver et à laquelle nous avions contribué. Mon atelier était populaire, pratiquement toutes les femme présentes y ont participé et ont pris des notes.

À peu près à la même époque, j'ai commencé à faire des recherches en psychologie sociale afin d'influencer plus efficacement les gens à travers mes écrits. Je pensais que mon écriture aurait plus d'impact si elle n'était pas une propagande ouverte. J'ai essayé d'être subtile, mais mon intention était toujours de recruter et de changer la façon dont les gens pensaient à la transition et à l'identité trans, de changer la façon dont ils se percevaient si possible. J'ai commencé à faire des recherches sur les sectes en particulier car je considérais la communauté queer et trans comme une secte (une croyance très courante chez les femmes détrans) et je voulais apprendre à «déprogrammer» les personnes «piégées» dedans.

J'ai même changé la façon dont je racontais ma propre histoire, en mettant l'accent sur certains détails, laissant d'autres de côté afin d'utiliser mes propres expériences pour faire passer certaines idées. Je n'imaginais pas que ce que je faisais était étrange ou trompeur, je souhaitais tant promouvoir ce en quoi je croyais que j'ai changé mon histoire sans vraiment y réfléchir. Maintenant, en repensant à la façon dont j'ai parlé de moi-même et de mon passé, je peux voir comment j'ai déformé mon récit afin de mieux correspondre à l'idéologie que j'essayais de vendre.

Si des féministes radicales détrans assistent à un festival de femmes qui exclut les femmes trans pour présenter des théories transphobes sur les personnes transmasculines, si elles se rassemblent et travaillent sur des moyens de s'engager dans une « guerre psychique/culturelle » contre les personnes trans et recrutent autant de leur sous-culture que possible, je ne vois pas en quoi il est déraisonnable que les personnes trans les voient comme des menaces. Comme je l'ai dit, bon nombre de ces activités se déroulaient à l'abri des regards, mais certaines femmes détrans ont ouvertement exprimé leur point de vue sur la transition et l'identité trans. Que nous soyons ouvertes sur ce que nous croyions ou que nous essayions de le modérer en public, les personnes trans pouvaient souvent dire qu'il y avait quelque chose qui cloche chez de nombreuses femmes détrans et elles avaient raison. Elles pouvaient dire que quels que soient notre comportement extérieur et nos prétendues bonnes intentions, nous agissions de manière à leur faire du mal.

Les femmes détrans se présentent souvent comme les victimes de personnes trans, maltraitées pour avoir partagé leurs perspective ou essayé de créer des ressources pour elles-mêmes. Mais croyez-le de la part quelqu'un qui a appartenu à cette communauté, de nombreuses femmes détrans travaillent à un monde sans personnes trans et veulent restreindre les accès à une transition médicale. Elles croient que les personnes trans sont délirantes et auto-destructrices. Beaucoup pensent que les femmes trans sont de dangereux prédateurs et travaillent à les exclure des espaces féminins. Elles utilisent leurs expériences pour promouvoir un système de croyance transphobe. Elles travaillent au changement des soins pour les personnes trans sans consulter les personnes trans ou prendre au sérieux leurs besoins. Beaucoup sont particulièrement opposées à la transition pédiatrique et cherchent à en restreindre l'accès autant que possible. Certaines travaillent avec des professionnels de la médecine transphobes, notamment ceux qui promeuvent les thérapies de conversion pour les jeunes trans. Beaucoup de temps et d'énergie sont dépensés à essayer de créer un monde où personne ne fait de transition plutôt que de travailler à fournir des ressources aux personnes en détransition.

Je ne pouvais pas commencer à voir à quel point mes actions étaient nuisibles aux autres jusqu'à ce que je puisse voir la façon dont elles me nuisaient. Quand j'ai commencé à voir à quel point la détransition et l'adhésion à l'idéologie transphobe m'avaient blessée, je me suis inquiétée de la façon dont mes actions auraient pu blesser les autres également. Je craignais d'avoir renforcé des idées néfastes sur les personnes transmasculines en particulier. Si l'idéologie et les pratiques que j'avais promues avaient fini par me blesser, alors elles pouvaient sûrement blesser les autres et l'ont probablement fait. J'avais travaillé dur pour influencer d'autres personnes et la culture en général et maintenant je craignais que cette influence ait été négative plutôt que positive.

J'ai également été dégoûtée par la façon dont j'avais l'habitude de me joindre à d'autres féministes radicales et femmes détrans lorsqu'elles se moquaient des femmes trans et parlaient d'elles comme si elles étaient de dégoutants et dangereux pervers. J'ai concentré la plupart de mes attentions sur les personnes transmasculines, mais j'en suis toujours venue à avoir de nombreuses croyances haineuses et ignorantes sur les femmes trans et j'ai dit beaucoup de choses en privé dont je ne suis pas fière.

Mon attaque la plus ouverte contre une femme trans a eu lieu lorsque j'ai écrit une « lettre ouverte » hostile à l'écrivaine et militante Julia Serano, en réponse à un article qu'elle a écrit sur la détransition. La lettre a été écrite de mauvaise foi, avec l'intention d'utiliser la notoriété de Serano pour attirer l'attention sur mon propre travail sur la détransition. J'ai agi comme si Serano était hostile envers les femmes détrans et j'ai concentré la majeure partie de la lettre sur la présentation de mes propres points de vue sur la transition et la détransition, comme la façon dont je croyais que les gens avaient fait leur transition en raison d'un traumatisme et d'un sexisme intériorisé. J'ai encouragé d'autres femmes détrans à répondre également à son article, ce que certaines ont fait. Nous avons réussi à attirer une bonne partie de l'attention sur nous-mêmes. Maintenant, je vois ma réponse à son article comme totalement déplacée, irrespectueuse et transmisogyne. Non seulement cela, mais je crains que cela n'enflamme les tensions et les conflits entre les personnes trans et détrans.

Avant, je m'étais mise en colère et sur la défensive lorsque des personnes trans m'en voulaient à moi ou à d'autres femmes détrans. Alors que je commençais à voir à quel point la détransition m'avait blessé et commençais à remettre en question l'impact de mes actions passées, j'ai réévalué les réponses de personnes trans à mon égard. Certaines semblaient encore trop dures, contre-productives ou même cruelles, mais j'ai trouvé beaucoup plus facile de comprendre d'où elles venaient. Dans de nombreux cas, j'ai dû admettre qu'iels n'avaient pas tort de voir mes actions passées comme nuisibles pour elleux. Dans certains cas, comme lorsque je m'en suis pris à Serano, j'avais été l'agresseuse. J'avais comploté avec d'autres pour démanteler la communauté trans. Je n'avais pas respecté l'autonomie des personnes trans ou leur capacité à se connaître. J'ai pensé à des moments où les gens m'avaient manqué de respect de la même manière et j'étais également devenue enragée et j'avais agi de manière agressive. La façon dont certaines personnes trans m'ont traitée m'avait blessé, mais maintenant je pouvais voir pourquoi elles avaient réagi comme elles l'avaient fait et j'ai arrêté de me sentir en colère. Je pouvais voir qu'iels avaient raison et qu'iels n'avaient pas été déraisonnables de voir mes comportements comme problématiques.

Je sais que beaucoup de femmes détrans ne voient rien de mal dans ce qu'elles font parce que j'avais l'habitude de penser et d'agir de cette façon moi-même. Je peux comprendre comment et pourquoi les gens peuvent rationaliser ce genre de comportement. Je peux sympathiser mais je ne peux plus l'excuser. Indépendamment des intentions ou des idéaux motivant de telles actions, elles entraînent toujours des dommages. Les personnes trans ne sont pas injustes envers les personnes détrans lorsque nous repoussons des idées ou des comportements qui nous blessent. Nous ne sommes pas déraisonnables en voyant et en répondant à la menace que certaines personnes détrans posent pour notre autonomie et notre bien-être. Si les personnes détrans s'opposaient aux personnes trans, faisaient comme si elles savaient mieux que nous, menaçaient notre accès aux soins de santé, elles seraient stupides de ne pas s'attendre à de la résistance et à l'indignation. Si les femmes détrans veulent être écoutées et traitées avec respect par les personnes trans, elles feraient mieux de commencer à montrer du respect en retour et de reconnaître à quel point leurs actions passées et présentes sont nuisibles et transphobes. Elles doivent prendre la responsabilité de leurs actes.

Malgré la dureté de mon propos, je ne déteste pas les femmes détrans et ne leur souhaite pas de mal. Je sais de première main à quel point il est difficile de passer à l'étape de la détransition et combien de personnes, y compris les personnes trans, comprennent souvent mal cette expérience. Je sais ce que c'est que d'être enragée contre les personnes trans pour la façon dont certaines réagissent aux personnes détrans. Je n'essaie pas d'attaquer les femmes détrans, mais de critiquer les actions et les croyances néfastes auxquelles de nombreuses femmes détrans se livrent, auxquelles je me livrais également. J'essaie d'être non moins critique envers moi-même qu'envers les autres.

Une grande partie de mes écrits récents est une tentative de prendre mes responsabilités. Je ressens le besoin de parler de mes actions passées et de la communauté que j'ai aidé à créer car je trouve maintenant les deux nuisibles. Je connais beaucoup de choses sur la communauté des femmes détrans, que la plupart des gens ne connaissent pas et je veux informer les autres personnes trans de ce à quoi elles sont confrontées.

Je reconnais le mal que j'ai fait et je peux comprendre la rage que les personnes trans ont dirigée contre moi. Je cherche maintenant à utiliser mon passé pour donner aux gens un aperçu de l'un des groupes qui cherche à faire du mal aux personnes trans. Je peux nommer les croyances transphobes sur lesquelles la communauté des femmes détrans féministes radicales est ancrée depuis le début et parler de la façon dont nous avons entrepris de nous opposer à la communauté trans parce que nous la considérions comme une forme patriarcale. Nous n'avons jamais entrepris de travailler avec des personnes trans sur un pied d'égalité, au mieux nous essayions de les « sauver » d'elleux-mêmes. J'ai aidé à créer la sous-culture des femmes détrans et maintenant c'est ma responsabilité d'aider à réparer les dommages que j'ai causés. Le moins que je puisse faire est de nommer les dégâts, de révéler ce qui était auparavant caché et d'alerter les gens sur ce pour quoi de nombreuses femmes détrans ont vraiment travaillé depuis le début.