Gains et pertes liés à l'inclusion des femmes trans dans le féminisme (cis)

Que se passe-t'il quand les personnes trans tentent de s'inclure dans un dispositif politique qui les exclut?

Gains et pertes liés à l'inclusion des femmes trans dans le féminisme (cis)

Je voudrais reprendre mon "mini-thread"

Avant tout, j'aimerais préciser que mon propos ne concerne que ce qui me semble être le cas du militantisme trans en France. Maintenant que c'est dit, commençons.

Que se passe-t'il quand les personnes trans tentent de s'inclure dans un dispositif politique qui les exclut?

On commence à s'inventer des positions de principe pour nous rendre acceptables. On répète en boucle un demi-mensonge:

"Les femmes trans sont des femmes‌‌‌‌‌‌
Les hommes trans sont des hommes"

On oublie de se demander pourquoi nous sommes trans, d'un point de vue politique. Parce que oui, individuellement nous pouvons nous reconnaitre dans ces identités, et ça n'est pas un problème. Mais politiquement, nous désarmons la critique des positions cis* (cissexuelle et cisgenre).

Nous ne nous demandons pas ce qu'est être trans dans une société où l'homme et la femme sont des identités blanches, figées, préférant interroger le féminisme cis (pas qu'il n'y ait pas de travail sur la question, mais plutôt qu'il nous prend comme objets et non sujets, je renvoie à ce que disait Julia Serano sur la recherche sur les personnes trans, à cela près qu'il me semble que même les personnes trans qui parlent d'elles-même refusent de donner leur standpoint).

Nous nous contentons donc de continuer le travail du féminisme blanc sans le dire.

Point positif: nous avons des allié·es cis. Mais on peut légitimement se demander si ces personnes nous soutiennent parce qu'elles comprennent ou parce qu'on a rabâché que nous étions des personnes cis comme les autres, à terme, "en fin de transition". Peut-être sont-iels allié·es pour cette raison, sans remettre en cause ce que veulent dire homme et femme dans une perspective politique.

Point négatif: le féminisme cis a créé une position conservatrice voire réactionnaire à la transidentité. L'inclusion et le TERF sont-elles les mêmes faces de la médaille du féminisme cis?

Est-il seulement possible de parler transidentité sans convoquer le système de genre qui nous oppresse (et oppresse aussi les personnes cis)?

Il me semble que nous nous contentons de camper sur nos positions.

Les femmes trans deviennent donc de simples alliées des féministes cis (alors que nous pensions qu'elles étaient nos alliées).

Parlons des autres positions trans:

  • Les identités nb sont reléguées à cette impossibilité de la pensée féministe parce qu'elles dérogent à l'identité "femme", elles sont donc continuellement étirées et remodelées pour revenir dans le système de genre binaire que nous connaissons (on peut notamment parler des banalités sur les positions "féminines" non-binaire et les positions "masculines" non-binaire).
  • Les hommes trans sont relégués à la position sociale de leurs oppresseurs, parce qu'ils sont devenus des hommes comme les autres, en plus d'être des traitres parce qu'ils ont rejoint la position de l'ennemi.

Comment luttons-nous contre ça? En réinstaurant d'autres positions identitaires. ‌‌C'est de cette façon que je comprends la position des personnes trans s'incluant dans les mécaniques de "sexualité politique", nous reclassant dans les discours blancs majoritaires des années 70-80.

De fait, si la femme trans est une femme comme les autres, elle peut bien devenir une lesbienne comme les autres et la transidentité peut bien disparaitre sur l'autel de l'identité femme, niant en cela la nécessité politique de lutter contre le système de genre.

De la même manière on voit des hommes trans chercher une position politique empouvoirante dans une forme de mise en politique "gay". Oubliant de fait qu'il n'est pas simple d'être un homme trans et d'être gay, parce que l'identité gay efface la transidentité, travaillée par l'hétéropatriarcat, entre "acceptation" et rejet dès que les hommes gay refusent de s'intégrer gentiment dans un discours hétéronormé.

De plus, je considère ces positions comme libérales, elles sont le produit d'une superposition d'identités permettant de se dire ça et là "trans" ou "lesbienne" ou "gay". Par position libérale j'entends l'impossibilité de penser la masculinité par le prisme de la transidentité, et l'impossibilité de penser des positions dynamiques de pouvoir, là où ces lectures (libérales donc) simplifient à l'excès par l'évocation de "la classe", où les personnes trans sont réintroduites au forceps dans "homme" et "femme". De fait on s'éloigne il me semble de la lecture intersectionnelle qui aurait l'avantage de souligner, de fait, les dynamiques de pouvoir à l'intérieur de nos groupes.

A cela s'ajoutent des interrogations qui me semblent souvent absentes de nos discours:

  • La pauvreté? Pourquoi toutes les personnes trans sont-elles placées à la même enseigne?
  • La question des privilèges? Est-il entendable de dire "en tant que femme trans j'ai bénéficié de certaines choses avant d'engager un parcours trans"? Et inversement, est-il possible d'interroger la place des hommes trans au vu de leur parcours social? Est-ce que les positions non-binaires reflètent la même chose?
  • La sexualité? Les personnes trans hétéro n'existent plus et on refuse de se demander ce qui se passe pour elles d'un point de vue social.
  • La race? On est ou trans, ou [sexualité], mais encore une fois interroger les positions trans sur cette question semble surréaliste, alors même que la transidentité est liée à une critique du système de genre binaire et patriarcal européen. Ceci me conforte dans l'idée qu'il nous faut un transféminisme.
  • C'est quoi la transidentité et la non-binarité? Pourquoi rejetons-nous des discours sur la place des xénogenres, des neurogenres? N'est-ce pas à cause de notre volonté d'être inclus·es dans la société? N'y-a-t'il pas un souci dans notre recherche à être accepté·es? Quelle est la place des personnes qui certes ne s'identifient pas directement comme trans mais qui peuvent subir de la transphobie? (folles, personnes faisant du drag, identités lesbiennes multiples, etc.)
  • Pourquoi refuser de voir qu'il est plus facile d'être une femme "masculine" qu'un homme "féminin" alors que les hommes sont psychiatrisés lorsqu'ils sortent de la masculinité hégémonique?

J'ai jeté pêle-mêle des idées qui m'interrogent depuis un moment, j'espère que vous prendrez le temps de lire et d'enrichir ce questionnement <3