Le lesbianisme politique : une révolution vraiment ?

Le lesbianisme politique : une révolution vraiment ?


Avant qu’on me tombe sur le coin de la tête : ceci est un point de vue personnel d’une lesbienne non-binaire. Si vous pensez que je n’ai pas la ‘légitimité’ de parler parce que je suis en désaccord avec la façon dont vous vivez VOTRE lesbianisme : go f*ck yo*rself.



J’ai envie de revenir sur cet article : https://www.madmoizelle.com/lesbianisme-politique-lheterosexualite-nest-pas-la-seule-maniere-dorganiser-sa-vie-1078462/



Enfin pas sur l’article en soi ou sur l’autrice, plutôt sur ce qu’on essaie de nous faire croire comme révolutionnaire : le lesbianisme politique. Bien qu’ici on nous parle plus de séparatisme lesbien qui est une forme de lesbianisme politique.



Bon en soi, on pourrait parler de la pertinence de passer par Madmoizelle mais, on va dire que là ça relève du désaccord de praxis politique donc c’est pas pertinent pour un débat externe.



Ce qui me pose problème c’est la définition du lesbianisme politique telle que donnée dans l’article et qui semble faire plus ou moins consensus :

« Le lesbianisme politique, c’est se passer des hommes dans la sphère privée, voire politique, dans le travail. »

Citons une des personnes interviewées également :

« C’est bien plus que ça en fait ! C’est s’affranchir du patriarcat dans toutes les sphères de la vie, publique comme personnelle ! Ça m’a renforcé dans mon féminisme ! Être lesbienne politique, c’est prouver qu’on a pas besoin des hommes, nulle part, qu’une vie sans eux est possible. »

Et j’ai envie de dire à ces femmes : good for you. Réellement, sans sarcasmes, si elles sont heureuses ainsi, c’est la meilleure chose qu’on puisse leur souhaiter.



Par contre rien que ça me montre que le lesbianisme politique est une théorie excluante, et là je parle pas d’excluante pour les hommes, non. Excluante pour les lesbiennes même.



Il y a déjà une forme de naïveté à penser que s’affranchir des hommes dans les sphères de la vie c’est s’affranchir du patriarcat. Le patriarcat est un système, on ne peut s’en affranchir qu’en le détruisant (je vous ai déjà parlé du Gender Accelerationnist Manifesto ? Allez le lire, vraiment.)

Ensuite qui peut s’affranchir totalement des hommes dans sa vie publique ?

Pas les prolos. Pas les TDS. Pas les racisés·es engagé·es dans les mouvements de luttes antiracistes. Pas les mères qui ont eu des enfants avec des hommes et qui sont en garde alternée ou dont l’enfant n’est pas encore majeur et devant composer avec un père plus ou moins impliqué et parfois plus ou moins violent. Pas les femmes âgées dépendantes. Pas les handi·es. Pas les mères de fils qui deviendront grands un jour.



Donc répétons la question : qui peut s’affranchir totalement des hommes dans sa vie publique : les femmes blanches, valides, jeunes, de classe moyenne ou plus, avec la garde complète de leurs enfants ou avec des enfants majeurs ou n’ayant pas de fils.

C’est une théorie pensée par et pour les femmes cis, bien qu’elles ne soient pas les seules à la défendre, il serait bon que certaines lesbiennes politiques se penchent sur les origines de leur mouvement avant d’en revendiquer l’inclusivité (il peut l’être maintenant, bien que j’en doute, mais il serait néanmoins inapproprié d’oublier la transphobie du milieu lesbien à l’époque et la transphobie actuelle).



Prenons une des figures citées : Ti-Grace Atkinson. C’est une transphobe. Elle a fait partie des DOB (Daughters of Bilitis) connues pour leur transphobie (en 1973, Beth Elliott, vice-présidente est outée comme femme transgenre et exclue et chassée de l’organisation) et a participé à l’écriture de ‘Forbidden Discourse: The Silencing of Feminist Criticism of 'Gender’, un texte de ‘Gender Criticals’ AKA des TERFS.



Si l’on se penche sur Adrienne Rich, dont le texte est très souvent cité, elle était très proche de Janice G. Raymond, autrice de The Transsexual Empire: The Making of the She-Male et elle n’a jamais désavoué ses prises de positions donc la question de sa transphobie se pose.



Se penser comme une avant-garde, comme les seules vraies féministes parmi les féministes, c’est à la fois faire preuve d’une méconnaissance totale de l’histoire du mouvement LGBTQI mais également une gifle envers toutes les femmes - lesbiennes ou non - qui ne peuvent pas se permettre d’éliminer les hommes de leur milieu.

 Laisser les autres sur le côté car elles ne seraient pas assez radicales dans leur engagement c’est faire preuve d’un égoïsme et d’un repli sur soi que l’on pourrait presque qualifier de réactionnaire.

Le repli sur soi ne fera pas disparaître la lesbophobie. Les hommes (cis) n’arrêteront pas de briser tout ce qui n’est pas eux au travers des violences sexuelles, des violences conjugales, juste car certaines auront choisi de ne pas les avoir dans leur vie.



C’est aussi oublier que la lesbophobie ne touche pas que les lesbiennes. La lesbophobie est une arme de contrôle social sur toutes les personnes n’étant pas des hommes cis et ne rentrant pas dans le cadre imposé du patriarcat cishétéronormatif.



Mais alors ne peut-on pas célébrer son lesbianisme et le revendiquer ? Si, bien sûr que si. Revendiquons-le haut et fort.

A condition que votre lesbianisme n’efface ni les personnes transgenres ni les personnes non-binaires, qu’il n’empêche pas l’auto-détermination.

Le lesbianisme est politique car ne pas être un homme cis et revendiquer une existence pour soi et selon ses choix est politique.

Le lesbianisme est politique car il est subversif au patriarcat, à l’hétéronormativité.



Le lesbianisme politique comme théorisé dans les années 70 n’est pas une révolution en soi, juste une forme de repli identitaire à une période où les notions de genre et de sexe n’avaient pas le même sens qu’aujourd’hui et où être une femme qui aime les femmes était une hérésie.



Le lesbianisme a bien plus à offrir en tant que subversion complète à notre société que l’ersatz révolutionnaire qu’on nous présente à nouveau.