The Gender Accelerationist Manifesto

‘Mort au genre ! Liberté pour les queers ! Que le genre meure en se mangeant de l’intérieur. Le genre est déjà mourant. Son râle d’agonie est déjà sur nous, mais il peut encore sauver sa peau. C’est à nous de le pousser au plus vite vers sa fin. Encore plus vite. De le faire… Accélérer.’

The Gender Accelerationist Manifesto

By Eme Flores & Vikky Storm

Texte original : https://theanarchistlibrary.org/library/vikky-storm-the-gender-accelerationist-manifesto

Texte traduit (en accès .pdf libre) : https://fr.overleaf.com/read/tyqnfyphzsrh

Traducteur·trice : June Gabrielle

Table des matières

Le genre : sa fonction et ses origines

Patriarcat

Communisme

Le crépuscule du genre

La dictature des Queers

‘Mort au genre ! Liberté pour les queers ! Que le genre meure en se mangeant de l’intérieur. Le genre est déjà mourant. Son râle d’agonie est déjà sur nous, mais il peut encore sauver sa peau. C’est à nous de le pousser au plus vite vers sa fin. Encore plus vite. De le faire… Accélérer.’

Le genre : sa fonction et ses origines

Base matérielle

Avant que l’on ne discute de ce qui est à faire, nous devons savoir ce qu’il en est. Et, comme toujours, l’endroit où commencer pour comprendre un système social c’est sa base matérielle. Les relations matérielles que ce système social nous donne sont les meilleurs points de départ pour comprendre le système social en lui-même.

Les relations matérielles sont des rapports de production. C’est-à-dire qu’elles sont la façon dont nous nous rapportons aux différents moyens de travailler et de produire des choses. La société est basée sur ces rapports de production et ils produisent l'ensemble de nos systèmes sociaux. Le genre n’est pas différent.

Mais où donc repose la base matérielle du genre ? Le genre est produit de façon primaire par la division du travail reproductif. Le travail reproductif comprend n’importe quel travail aidant à produire la prochaine génération, incluant les rapports sexuels, l’accouchement, le soin aux enfants, ainsi l’entretien du foyer. Le genre est défini par la façon dont ce travail est divisé, les différents genres devenant des classes distinctes desquelles on attend l’accomplissement de tâches spécifiques en rapport avec ce travail reproductif.


La façon dont le genre diffère selon les cultures est déterminée selon comment ces tâches sont divisées entre les genres. Les caractéristiques particulières produisant cet effet sont appelées les superstructures. En même temps que le genre est produit par sa base matérielle, il implique aussi un amalgame de différents stéréotypes (une façon de s’habiller ou de communiquer, etc.) dans les superstructures qui différencie notre expérience du genre.

Et cela s’applique à toutes les cultures. Les Bugis (ou Ugi dans leur langue) d’Indonésie, à la place des deux genres de notre société, en ont cinq au total. Les Cacabai et calalai ont des caractéristiques biologiques ayant été gérées en mâle et femelle, respectivement, mais adoptent les tâches du travail reproductifs typiquement assignées aux makkunrai (l’équivalent à peu près des femmes) et aux oroané (l’équivalent à peu prés des hommes) ce qui leur procure une classe sociale différente. Ce qui est plus intéressant cependant, ce sont les bissu, le cinquième genre, qui remplit un rôle distinct des quatre autres. Ils accomplissent certaines pratiques cérémoniales religieuses et sont supposés être un mélange des quatre autres genres. Là où les makkunrai et les calabai exécutent des tâches du travail reproductif typiquement féminines telles que l’entretien de la maison, et où les oroané et les calalai exécutent des tâches du travail reproductif typiquement masculines, telles que subvenir aux besoins de leurs partenaires, les bissu transcendent ceci et se livrent à leurs propres activités.


Le système de genre des Bugis montre combien le genre peut-être malléable, mais il nous montre aussi un parfait exemple de la base matérielle du genre. Les cinq genres des Bugis sont différenciés en fonction de la répartition du travail reproductif. Tout le reste découle de cette division.

Notre culture est différente de la leur mais les deux sont basées sur une forme de division du travail reproductif. Ce qui produit le genre c’est la façon dont ces tâches sont divisées et tout le reste en descend directement.

Cette discussion autour des relations matérielles aboutit le plus souvent à considérer les relations capitalistes comme la base de tout, mais cela ne fonctionne pas avec le genre. Bien que le genre et le capitalisme fonctionnent ensemble et font partie du même ordre social, ils ne partagent pas la même base matérielle. Cela ne veut pas dire que la base matérielle du genre n’a rien à voir avec le capitalisme; le travail reproductif est nécessaire à la production de nouveaux travailleurs pour la production capitaliste et la production capitaliste tend à définir la nature exacte du travail reproductif masculin.

Sexe et genre

Si le genre est une expression de ces relations de production et non de la biologie, où se situe le sexe ? Certains pseudo-marxistes ont clamé que le sexe formait la base du genre, mais c’est une compréhension risible du matérialisme historique centrant la biologie avant les rapports de production. La biologie influence notre réalité, mais notre système social trouve ses bases dans nos conditions matérielles.

Mais le sexe est bien quelque chose, et si ce n’est pas la base du genre, qu’est-ce que c’est ? Et bien cette formulation n’est pas fausse en soi, elle est juste à l’envers. Le genre forme la base du sexe. Nous ne naissons pas avec un sexe déjà en nous. Nous avons des pénis, des vagins, des seins, des barbes, des chromosomes, etc. mais ces choses ne sont pas le sexe en elles-mêmes. Ce sont des traits biologiques, que nous regroupons en sexes. Quand nous appelons les pénis des attributs masculins, nous créons et imposons le genre sur le corps.

Cela signifie que le sexe est le fait de genrer nos traits biologiques. Nous assignons un genre à notre biologie et nous décidons que c’est inné. Cela permet de présenter le système de classe des genres comme quelque chose de naturel existant en lui-même plutôt que comme un système social qui nous est imposé. En genrant nos corps, nous agissons comme si le genre était, plutôt que comme quelque chose que nous avions crée. En tant que tel, le sexe sert à renforcer et défendre le genre.

Parce que le sexe n’est pas une chose inhérente, mais un élément de la superstructure qu’est le genre, il a changé à travers le temps. Les premières personnes ne pouvaient avoir des traits genrés que pleinement visibles, comme les organes génitaux. C’est seulement lorsque notre compréhension de l’anatomie à progressé que nous avons pu genrer des choses comme les ovaires. Plus récemment, les chromosomes ont été genrés à cause de leur relation avec des traits que nous avions déjà genré.

Mais les chromosomes n’ont pas toujours été genrés. Il y a un demi-siècle, personne n’aurait vu quelqu’un avec des seins et un vagin et considéré leur corps comme mâle, même si leurs chromosomes étaient XY. Cependant, en 1986, la coureuse de haie espagnole Maria José Martínez-Patiño échoua lors d’un test pour les jeux olympiques de 1986, ce qui poussa les gens à la rejeter comme de sexe masculin. Trois ans auparavant, elle avait passé un test de vérification du sexe disant qu’elle était de sexe féminin sur la base des anciennes méthodes, mais, étant XY, elle a échoué au test chromosomique. A une époque précédente, personne n’aurait douté de la féminité de son corps mais, grâce au genrage des chromosomes, son corps fut considéré comme masculin et elle fut exclue et humiliée.

Application et violence sexuelle

Le genre est le plus ancien système de classe et de ce fait, il précède l’Etat, même dans ses formes les plus basiques. Cela signifie que, contrairement au capitalisme, à la race, à la neuronormativité, et la variété d’autres systèmes de classe, l’Etat n’est pas le premier moyen par lequel le genre est imposé sur les gens. Cela ne signifie pas que l’Etat n’impose pas le genre, mais il fait de façon supplémentaire, pas primaire. Le temps que les Etats surgissent, le genre s’était déjà solidifié et était devenu assez adroit pour s’imposer aux autres.

Donc, si ce n’est pas par l’Etat, comment s'est-il imposé ? Au travers de la violence sexuelle. Lorsque l’on regarde les statistiques à ce propos, ce que nous voyons c’est que les statistiques de violences sexuelles sont plus élevées chez les femmes que chez les hommes, et plus élevées chez les queers que chez les hommes hétérosexuels. Certaines formes de violence sexuelle sont plus élevées chez les femmes hétérosexuelles que chez les femmes queer et d’autres sont plus élevées chez les femmes queer que chez les femmes hétérosexuelles. Les personnes trans subissent des taux de violence sexuelle supérieurs à ceux des personnes cis du même genre. Cela est triste en soi, et le coût réel sur les vies des victimes ne devrait pas être ignoré. Il s’agit d’un état des lieux horrifique qui ne devrait être diminué en aucun cas.

Ces nombreuses violences sexuelles s'appliquent principalement aux classes dominées à l’intérieur du système de genre. Les hommes cis et hétérosexuels sont placés au-dessus des femmes et des queers, et les hommes cis hétérosexuels ont moins de risques de subir des violences sexuelles que les femmes ou les personnes queer, tandis que les femmes ont des taux similaires à ceux des queers. Cela montre que la violence sexuelle est principalement utilisée contre les personnes reléguées à la classe dominée ainsi que celleux qui divergent des normes de genre imposées.

Les violences sexuelles remplissent le rôle auprès des femmes et des queers que les violences policières remplissent auprès d’un grand nombre de personne. En effet, si les violences policières existent bel et bien, elles sont très souvent connotées sexuellement quand elles concernent les femmes et les queers. Parmi les queers spécifiquement, les violences sexuelles ont un but explicitement correctionnel. C’est-à-dire que les violences sexuelles, en particulier le viol, sont souvent utilisées contre les personnes queers pour les rendre cisgenres et hétérosexuelles. C’est dans ces cas que le rôle de ces violences sexuelles est le plus explicite mais c’est toujours dans le but de corriger. Même lorsqu'elles ne sont pas faites dans ce but explicite, c'est toujours dans le but de renforcer le système de genre dominant sur les victimes.


Quand il s’agit des TDS, c’est encore plus flagrant. Comme les TDS exercent un métier illégal à peu près partout dans le monde, iels n’ont pas la possibilité de porter plainte pour les violences sexuelles qu’iels subissent auprès de la police, et quand iels le font, iels sont souvent emprisonné·es à cause de leur travail. Cela signifie que les violences sexuelles dont iels sont victimes le sont sans entrave ou interférence de la part de l’Etat, ce qui ne serait pas être acceptable pour n’importe quel autre groupe. De plus, il se trouve que les TDS sont plus souvent des femmes ou des queers que des hommes cishet. Ce n’est pas une coïncidence, mais un lieu privilégié où les violences sexuelles à l’encontre des femmes et des queers peuvent se dérouler en toute impunité.

La binarité de genre moderne

Il n’y a actuellement aucune société sans genre. Bien qu’il existe de nombreuses variations, toutes ont créé une division du travail reproductif ayant mené à la création d’un système genré. En effet, les systèmes genrés existent depuis au moins l’apparition de l’écriture chez les premières civilisations. Le genre est un des premiers systèmes de division du pouvoir développé par une société.

Mais ce sont des systèmes, pas un système, et la binarité de genre moderne a été mise en vigueur dans à peu près l’ensemble du  monde. Il existe toujours des systèmes de genre différents mais, dans l’ensemble, l’avènement de l’ordre social libéral comme ordre social globalisé plutôt que comme un système local a produit un seul système de genre à l’aune duquel tous les autres systèmes sont vus comme des perversions. Les autres systèmes de genre sont dorénavant vus comme des poches de résistances à l’intérieur d’un large système global.


Le système moderne est européen, mais il s’est développé durant et à travers le colonialisme. En même temps que les Européens étendaient leur domination dans le monde, ils entrèrent en contact avec une variété d’autres systèmes de genre et, plutôt que d’y voir une différence, ils virent un problème. Ils y répondirent en appliquant de force leur propre système de genre sur les différents peuples qu’ils envahirent et colonisèrent. Mais forcer un système de genre sur d’autres groupes de cette façon le transforme inévitablement.

Quand un système de ce type est imposé sur une autre culture, il perd certaines de ces caractéristiques et en gagne de nouvelles, purement et simplement à cause du processus d’imposition. Parce que les impérialistes ne peuvent autoriser la survie de précédents systèmes, ils doivent rendre leur propre système moins flexible, de façon à ce qu’il ne puisse prendre en compte l’ancien, forçant ainsi les gens à trouver une place dans le nouveau. La religion y a également ajouté une nouvelle portée. SI le genre a toujours eu une portée religieuse, l’application d’un unique système de genre a été fait par et pour le service des institutions religieuses dans une plus grande mesure qu’auparavant. Les missionnaires chrétiens appliquèrent de force le système de genre colonial Européen partout où ils allèrent et le lièrent intrinsèquement à la morale chrétienne. Cela contribua au manque de flexibilité de ce système car il mêlait genre avec le zèle religieux qui n’avait pas eu une aussi grande importance auparavant.

Et cette imposition de force fut préjudiciable aux peuples qui la subirent. Là où de nombreuses premières nations avaient développé des troisièmes genres, acceptés dans la société et souvent dans des positions d’honneur, les personnes qui s’identifient toujours avec ces troisièmes genres sont aujourd’hui oppressées et marginalisées. Cette imposition a également servi à détruire les cultures. Les pratiques culturelles liées à ces anciens systèmes de genre ne pouvaient plus être pratiquées et les pratiques culturelles Européennes furent imposées. Les pratiques des mariages chrétiens et européens furent répandus à travers le monde en même temps que le système de genre et transformèrent les pratiques locales sur leur passage.

L’institution du mariage fut également transformée par la montée du capitalisme. Le système de genre pré-colonial était étroitement lié aux systèmes économiques dominants en Europe avant la montée du capitalisme. Le mariage servait à sécuriser des alliances parmi les classes dominantes et comme garantie de stabilité parmi les classes dominées. Le genre était défini par les intrigues de cours ou par les nécessités du labeur aux champs ou à la ville. Mais, avec le capitalisme, il fut de plus en plus lié au salariat et le mariage se transforma avec lui. La part masculine du travail reproducteur signifia de plus en plus le travail pour un patron capitaliste et la part féminine, de soutenir ce travail salarié depuis la maison. Cet impact sur la base matérielle du genre le transforma, à la fois sur comment les classes de genre travaillèrent et dans les caractéristiques de la superstructure qu’il forme.

Ce nouveau système a plusieurs caractéristiques permettant de le définir. Elles ne sont pas toutes apparues en même temps mais elles ont été imposée au reste du monde. Ces caractéristiques sont les suivantes :

  1. La structure de pouvoir dominante reconnait exactement deux genres : homme et femme. Les autres genres sont perçus comme une perversion et sont humiliés et marginalisés.
  2. Ces deux genres sont vus comme étant identiques à la biologie et fixés à la naissance. Bien que d’autres système de genre lient le genre à la biologie, le système moderne les considère comme les deux faces d’une même pièce. Être un homme dans ce système n’est pas lié au fait de pouvoir potentiellement avoir un pénis, c’est avoir un pénis. Si vous êtes nés homme, vous êtes un homme peu importe le reste. Il n’y a aucune autre option ou alternative.
  3. Le mariage est un contrat économique entre un homme et une femme. Hommes et femmes sont supposés signer un contrat les obligeant à être fidèles et à rester ensemble, toute violation de ces présupposés est vue comme une brèche du contrat et est donc par conséquent une mauvaise chose.
  4. Le mariage est un choix personnel fait par amour plutôt qu’un choix social fait par nécessité. Fini le temps des mariages pour alliance ou des mariages arrangés, dans la plupart des cas. Le mariage est uniquement un choix des deux personnes concernées.
  5. Dans le mariage, on attend de l’homme qu’il gagne de l’argent pour prendre soin de la femme et on attend de la femme qu’elle entretienne la maison, s’occupe des enfants, cuisine et fasse les courses.

Aucune de ces caractéristiques n'est unique au système de genre moderne et certaines d’entre elles sont des améliorations d’anciens systèmes, mais elles sont imposées à tout le monde, ce qui détruit les cultures des différents individus et la possibilité de choisir.

Patriarcat

Comme vu précédemment, le genre est un système de classe, défini par la domination masculine sur la société. C’est pour cela qu’un des noms du système de classe de genre est le patriarcat. Le genre en tant que système social est patriarcal, et le patriarcat est le système de classe par le genre. A l’intérieur de ce système de classe, nous en trouvons trois distinctes, deux acceptés et une subversive.

En premier, il y a les hommes. Dans la division du travail reproductif, les hommes sont chargés de contrôler le travail reproductif ainsi que les fruits de ce travail et également de participer au travail économique afin de supporter financièrement celles qui réalisent principalement ce travail reproductif. La seule exception concerne les relations sexuelles où ils participent directement, mais on attend d’eux qu’ils dominent et contrôlent. Cela forme les bases matérielles de la masculinité. La superstructure est plus expansive. On assigne aux hommes le rôle d’entreprendre, d’être les plus forts et en constante compétition. Étant donné leur contrôle du travail reproductif et leur domination sur les femmes, ils sont la classe dominante à l’intérieur du patriarcat.

Les femmes, d’un autre côté, sont les dominées. Elles sont chargées de la plupart des actions de reproductions, du maintien de la maison, de la préparation de la nourriture pour la famille, d’élever les enfants et autres tâches similaires. On attend d’elles également qu’elles participent aux relations sexuelles, mais en laissant le contrôle de ces relations aux hommes. Leur travail est contrôlé et restreint par les hommes, et le fruit de ce travail est dirigé par les hommes. Cela se reflète dans la superstructure qui les entoure. On attend d’elles qu’elles soient soumises et passives, d’accepter ce qui leur arrive, etc.

La dynamique de classe de l’homme sur la femme est la principale dynamique du patriarcat mais cela ne comprend pas l’ensemble de la population. En effet, il se trouve que certaines personnes se comportent face au travail reproductif différemment de la façon dont il imposé à la population. C’est le cas particulièrement concernant le sexe, quand quelqu’un engage des relations sexuelles ne correspondant pas aux dynamiques imposées par le patriarcat. Cela inclue les personnes attirées par des personnes du même genre (gays et lesbiennes), par plus d’un genre (bi/pan), ou aucun genre (asexuel·les). A cela s’ajoutent les personnes dont le genre diffère de celui que le patriarcat leur assigne et qui ne peuvent être classé·es aussi aisément que les personnes acceptant leur assignation de genre. Bien qu’iels puissent être individuellement des hommes ou des femmes, iels ne sont pas traité·es ainsi par la société et forment donc une classe sociale distincte. Celle-ci se caractérise par le détachement du sexe et de la romance de la reproduction de la prochaine génération. Bien qu’il soit possible pour tous ces groupes de produire la génération suivante, ce n’est plus une nécessité pour s’aimer et avoir des relations sexuelles.

Puisque cette troisième classe est définie par ses différences avec les deux autres classes, elle est nommée queer (de l’anglais bizarre, étrange). Les queers sont tou·tes celleux qui ne sentent pas concerné·es par la division du travail reproductif que leur assigne le patriarcat. A cause de ces relations différentes, les queers forment une subversion intrinsèque à l’ensemble du système de classe et constituent une classe révolutionnaire sous le patriarcat.

Cette queerness (étrangeté) est une caractéristique particulière du système de genre moderne. D’autres systèmes de genre n’ont pas le même système de classe et ont ainsi différentes catégories pour distinguer les individus. C’est pourquoi, dans certaines cultures où les anciens systèmes de genre se sont maintenus, il n’est pas adéquat de parler de queerness. Un grand nombre de personnes s’identifiant aux genres d’anciens systèmes sont queers au regard du système de genre moderne qui leur est imposé mais un grand nombre d’entre elleux ne le sont pas au vu de la complexité du rapport au genre de ces communautés.

Dire ‘Oui’ au genre

Classe, classe, classe. Nous sommes dominé·es et contrôlé·es. Trié·es et divisé·es. Mais comment existons-nous à travers tout cela ? Les gens voient la classe comme quelque chose de simplement imposé, mais échouent à prendre en compte la façon dont nous interagissons avec. Cela ne nous est pas simplement imposé. Nous sommes des participants actifs, nous l’accomplissons.


Ici, nous pouvons prêter attention à l’analyse de Judith Butler : les actes performatifs sont toutes ces petites actions que vous entreprenez pour construire une identité, ils sont essentiels pour comprendre comment le genre fonctionne au niveau individuel. Nous les trouvons dans les actes les plus insignifiants que nous faisons ou disons, ‘Je suis une femme’, ‘Non, je ne peux pas jouer avec ça, c’est un jouet de garçon.’, ‘Les garçons seront toujours des garçons’ (‘Boys will be boys’). Tous ces actes construisent une identité, à la fois en nous mais chez les autres. Nous nous identifions comme homme ou femme et nous identifions les autres comme hommes ou femmes au travers de ces actes.

Ce n’est vraiment pas fait de manière libre et consciente. La violence du système est inhérente, systémique. Nous agissons de cette manière en étant submergé·es par la violence du genre. Mais nous performons quand même. Le genre n’est pas juste imposé sur nous. Au lieu de cela, il nous force à lui dire ‘oui’.

Cela sert de méthode de contrôle et de perpétuation. Le genre n’est pas inné, mais il se répand en nous assignant à une classe et en nous obligeant à dire oui à cette classe. ‘Oui, je suis un homme. C’est ce que je suis et ai toujours été. Je ne peux ni y échapper ni le nier. Je suis un homme.’ Il ne s’agit rien de plus que d’un mensonge que nous sommes forcé·es de répéter. Mais en le répétant suffisamment, nous en venons à le croire. Le genre devient naturel, inéluctable, éternel. Il cesse d’être une identité imposée et devient une part inaliénable de ce que nous sommes. En remettant en question mon genre, je remets en question qui je suis de façon intrinsèque.

Ici repose un des meilleurs mécanismes de défense du genre : nous-mêmes. Nous insistons dessus et rejetons celleux qui s’en détournent. Cela devient un acte blasphématoire pour celleux qui se détournent du chemin. Enfin, il nous semble qu’il n’y a aucune autre option. Nous disons oui parce que c’est tout ce que nous pouvons dire. Il semble inconcevable qu’il en soit autrement.

Communisme

Le mouvement communiste

Nous devons maintenant parler de la façon dont le communisme comprend l'intéraction du genre avec le reste de la société. Mais pour ça, nous devons savoir ce qu’est le communisme.

‘Nous appelons communisme le véritable mouvement d’abolition de l’état présent des choses. Les conditions de ce mouvement dépendent des prémices existant actuellement.’
Karl Marx, L’Idéologie allemande.

Le communisme conçu sous cet angle est un mouvement contre l’ordre social actuel, cherchant la libération des oppressé·es. Cela ne devrait pas être juste un idéal auquel nous aspirons, mais un vrai mouvement actif existant. Nous ne trouvons pas le communisme dans les plans pour le futur, mais plutôt chez le travailleur qui sabote son lieu de travail, chez la femme qui s’enfuie de chez son mari abusif avec ses enfants, chez les Naxalites qui déclenchent une guérilla contre le gouvernement Indien, chez les émeutier·es qui repoussent la police pour piller et brûler les villes, etc.


A l’intérieur du mouvement communiste, nous trouvons tout le travail nécessaire réalisé actuellement. Le mouvement communiste n’est pas celui d’un idéal lointain, mais le communisme immédiat qui en résulte. C’est une révolte active contre l’état présent des choses qui instaure un régime communautaire immédiatement, pas le fait de quelques théoriciens dans leurs universités contemplant le monde depuis leur confortable chaise. Le communisme acte le fait que l’état actuel des choses doit disparaître et prend les actions en faveur de cette disparition.
Mais cet état des choses ne devrait pas et ne peut pas être conçu comme une unique système de classe ou un des éléments qui constitue notre société. L’état présent des choses n’est pas juste le capitalisme, ou le genre, ou la race, ou l’Etat. Mais plutôt l’ensemble de la société libérale, ainsi que tous les systèmes qu'il comprend. Ainsi, le mouvement communiste se trouve en flagrant contraste avec le libéralisme et nous donne un contrepoids à l’échec de l’analyse et des politiques libérales.

Les analyses libérales réduisent les oppressions à une accumulation des systèmes d’oppression. Cela rend les combats à leur encontre comme séparés mais alliés. Il y a un mouvement anti-raciste, un mouvement féministe, un mouvement pour une meilleure répartition des richesses, etc., mais ces mouvements sont seulement alliés, par le même mouvement. Cela forme la conception libérale de l’intersectionnalité. Cette version libérale de l’intersectionnalité présente les systèmes comme nous rendant dominé·es (parmi les oppressé·es) ou passif·ves (parmi les dominant·es), ainsi un homme blanc gay ne subirait que l’homophobie (queerphobie) et tous les autres systèmes lui seraient indifférents.

En réalité, les systèmes oppressifs sont bien plus que cela. Il n’y a personne à l’abri du système de classes dominantes à l’intérieur d’une société libérale. Tout le monde, du plus puissant des capitalistes au moins qualifié des travailleurs, du patriarche dominant à la jeune femme trans hésitante, du gestionnaire d’hôpital psychiatrique au schizophrénique bourré de force de médicaments, du gentrificateur blanc à la famille noire poussée hors de chez elles, tou·tes expérimente le contrôle de ces systèmes. Personne n’est intouchable. Ce ne sont pas juste des systèmes de contrôle passifs, mais des systèmes totalitaires actifs dans leur ensemble.

Cet ensemble comprend toutes les parts de la société, domine chaque membre de celle-ci et aliène quiconque y vit. C’est inéluctable et dominateur. C’est vers la compréhension et la destruction de cet ensemble que l’analyse communiste, plutôt que l’analyse libérale, doit nous mener.

Nous voyons des erreurs similaires dans les conceptions libérales des politiques identitaires qui voient les oppressions faites à des identités spécifiques plutôt qu’aux classes. Cela pose l’identité comme base plutôt que comme superstructure. Cela signifie que la conception libérale de la libération est le respect de votre identité ainsi qu’un traitement équitable. Mais même si nous faisons ceci, nos identités nous oppresserons toujours car elles ne seront pas en mesure de prendre en compte les conditions sous-jacentes qui les causent. Pour les libéraux, retirer la domination d’un système d’oppression spécifique nous libère de celui-ci, nous rendant égaux aux privilégiés. Mais cela laisse l’ensemble intact.

Les politiques libérales sont fondamentalement réformistes, en aucun cas elles n’aboutissent à une révolution ou une abolition. Les politiques communistes nous procurent un chemin vers l’abolitionnisme, pas le réformisme. Le genre ne peut pas être réformé pour nous libérer, il doit être aboli.

La totalité

Lorsque l’on parle de bases matérielles ou de superstructures, il est important de reconnaître les analyses existantes de ces systèmes. Les analyses les plus traditionnelles de ces systèmes voient les bases purement en terme de relations de production capitaliste. Les bases, dans ce cas, ne sont que la possession capitaliste des moyens de productions. Cette relation basale se poursuit en renforçant les autres systèmes d’oppressions au sein de l’ordre social libéral général. Le genre n’est alors pas basal mais un aspect de la superstructure produite par les relations de production capitalistes. Mais cette vision ignore les bases des autres systèmes de domination. Le genre n’est pas une simple identité. C’est fondamentalement une relation de production produisant un système de classe. Ni le capitalisme ni le genre seul ne sont les seuls à être basaux. On retrouve les mêmes aspects dans la neuronormativité, le suprémacisme blanc, l’Etat, etc.

Cependant, ce serait une erreur de considérer que puisque ces systèmes sont basaux, cela implique qu’ils soient séparés. Si nous le faisons, nous risquons de rencontrer les même problèmes que les analyses libérales de l’intersectionnalité crées. Quand la production capitaliste s’impose, elle compte sur le travail reproductif imposé aux femmes dans le foyer. La valeur produite sur le lieu de travail serait impossible à créer sans de nouvelles générations de travailleurs étant mises au monde et sans le support aux travailleurs via le labeur reproductif de leurs partenaires et celui qu’ils procurent. Dans ce cas, le labeur reproductif est un travail gratuit fourni à la classe capitaliste tout autant qu’il est un système de classe indépendant du capitalisme.

On trouve également des similarités dans l’imposition du système cishétéronormatif et l’oppression des personnes non-valides. Les personnes non-valides, que ce soit physiquement ou les personnes neurodivergentes, sont socialement définies par leur capacité à participer au travail ‘normal’. Quand une personne est dans l’incapacité de travailler pour un patron de la même façon que les autres le peuvent, cela se transforme en un handicap. Et la queerness est un autre aspect de cette différence à l’intérieur des rapports de production. La queerness est un manque d’engagement envers le travail genré imposé après tout. Ce n’est pas une surprise si la queerness est fréquemment conçue en terme de maladie mentale. Ce sont des positions matérielles similaires l’une et l’autre selon leur relation par rapport à la base de la superstructure.

Et on ne peut pas ignorer dans cette discussion les rapports de production inhérents à l’Etat. Au bout du compte, l’Etat est un effort. Cela demande plus d’effort de briser une grève que de transformer du tissu en un vêtement. Mais cet effort n’est pas le même. Les forces de l’ordre ne sont pas des travailleurs. Contrairement à un travailleur, un policier qui brise un piquer de grève ne produit pas de valeur pour la classe capitaliste. En revanche, les policiers permettent le maintien des structures de production. C’est, en soi, une relation profondément différente à la production de celle de n’importe quel autre travailleur. Ils ne sont pas sans rapport, mais le travail de l’Etat est le travail qui sert à renforcer les relations de productions produisant le système de classe. Contrairement à ce que de nombreuses théories sur l’Etat pourraient dire, ce n’est pas superstructural. C’est basal.

Bien sûr, les autres systèmes d’oppression ont également des éléments de base qui interagissent de façon similaire. Une vue d’ensemble complète de la façon dont tous ces systèmes d’oppression interagissent est en dehors de la portée de ce texte, mais cela ne doit pas être oublié.
Ces relations de productions ne sont pas séparées. Elles peuvent fonctionner différemment mais forment un système basal unique et singulier. L’oppression n’est pas constituée d’une variété de systèmes interagissants ensemble mais une base unique et singulière qui regroupe tout, c’est une totalité. Cette base totalisante crée un espace pour une conception communiste de l’intersectionnalité qui abandonne les erreurs des analyses libérales sans abandonner les connexions inhérentes entre les différentes formes d’oppression.

La nature globalisée de la base signifie que l’on ne peut pas changer un ou plusieurs aspects de cette base sans considérer la base comme une entité unique. En effet, nous voyons bien qu’en passant des ordres sociaux précédents à l’ordre social libéral actuel, le genre s’est transformé pour correspondre à la nouvelle société ainsi produite. Cela vient du faire que le labeur reproductif est interconnecté avec les autres conditions matérielles. Changer les relations de production pour permettre une activité économique nécessite forcément des changements au sein de la division du travail reproductif. Cette base fonctionne de manière organique comme un système unique et singulier. Il y une base, un système. C’est ce que cela signifie pour une société d’être un ensemble, une totalité.

Le communisme du genre

Dans sa forme la plus simple, l’accélérationnisme de genre est le fait d’utiliser le processus de décomposition du genre pour détruire le système de classe de genre. C’est l’abolition des classes appliquée au genre, le remaniement révolutionnaire de la société pour se débarrasser du genre en lui-même. Cela ne peut pas être fait de façon séparée de l’abolition de l’ensemble de la société actuelle. La totalité demande que nous voyons cela comme le même type de système que les autres systèmes d’oppression.

De ce fait, nous ne pouvons nous engager dans l’abolition du genre sans abolir toutes les autres formes de classe. Pour se débarrasser du genre, doivent également partir le capitalisme, la race, la neurnormativité, et l’Etat. Ces différents éléments forment un seul système. Ils forment un seul ordre social libéral qui ne peut pas être autorisé à perdurer. Notre objectif n’est pas juste la fin d’une partie de cet ordre, mais la fin de la société de classes elle-même.

C’est le processus du mouvement communisme. Ainsi, l’accélérationnisme du genre est le communisme du genre, et comme l’accélération du genre est un pas vers l’abolition du genre, le communisme du genre et une accélérationnisme du genre

L'identité de genre sous le communisme

Un grand nombre de gens craignent qu’à travers l’abolition du genre, nos propres identités de genre nous soient retirées. Qu’en abolissant le genre, nous vous forcerons à cesser de vous identifier à ce genre, peu importe combien vous vous sentez bien dans cette identité.

Dans un cas comme celui-ci, il est perspicace de faire une analogie. Pour celle-ci, nous allons parler de boulangers. Quand quelqu’un interagit avec le système capitaliste en fabriquant du pain, il tend à former son identité autour de cette fabrication du pain. C’est-à-dire qu'avoir une carrière de boulanger crée l’identité de boulanger. De façon similaire, lorsque l’on interagit avec le labeur reproductif d’une façon particulière, nous créons une identité de genre spécifique, à la fois de la façon dont nous nous conformons avec le genre qui nous a été imposé mais aussi dans les façons dont nous le rejetons. Dans les deux cas, un élément de la base crée en nous une identité. C’est à dire, notre identité provenant de notre position social est superstructurelle.

Allons-nous forcer les gens à cesser de s’identifier comme boulanger ou femme ? La réponse courte est ‘Non, nous nous préoccupons de changer la base et de permettre à la superstructure de finir là où elle le peut’, mais une attention plus précise est nécessaire.

Qu’arrive-t-il à mon identité de boulanger une fois que le système de carrière capitaliste ayant produit mon identité est aboli ? C’est une question bien plus intéressante en réalité. Sans l’obligation au travail caractérisée par le capitalisme, une personne fabriquant du pain n’est obligé de faire cela à vie. Cette suppression des causes basales de l’identité laisse l’identité incertaine. Elle peut persister, par exemple, si vous aimez vraiment faire du pain, vous pouvez continuer à vous identifier comme boulanger, mais il n’y a plus aucune logique sous-jacente à l’identité ni aucune injonction à s’identifier comme boulanger à cause des structures de pouvoir actuelles vous déterminant ainsi. Mais, contrairement à maintenant, vous pourrez fabriquer du pain sans que cela ne soit quelque chose de fixe pour vous, sans être obligé de devenir boulanger.

Avec le temps, l’identité de boulanger disparaitra probablement, bien qu’il existe de nombreux facteurs pouvant lui permettre de continuer à persister, mais elle perdra sa signification sociale et politique. Il n’y a aucune nécessité à forcer l’abandon de l’identité de boulanger pour se débarrasser du système de carrière ayant crée cette identité.

De la même façon, il n’y a aucune obligation ou désir de forcer les gens à cesser de s’identifier avec leur genre. La fin du genre en tant que système de pouvoir est notre but, et la fin des identités de genre un résultat éventuel, qu’il arrive ou pas, pas quelque chose d’important ou pour lequel nous devons nous efforcer d’aller.

No future

Être relié de toute part à l’état actuel des choses est une nécessité pour une croissance continue. Les États et le suprémacisme blanc poussent toujours plus loin leur expansion, et souvent à l’intérieur, à travers l’expansion impérialiste et coloniale. Le capitalisme recherche l’expansion infinie du capital. Et le genre ? Son but et de servir la continuelle expansion des gens. Le labeur reproductif sur lequel il est basé sert à une croissance sans fin de la population.

Cette croissance insoutenable est caractéristique de l’état actuel des choses et connecte tous les systèmes d’oppressions à l’intérieur. Le communisme quel qu’il soit doit ultimement remettre en question ce besoin de croissance et d’expansion. Le socialisme détruit le besoin de croissance économique, l’anarchisme le besoin de croissance étatique, la queerness sépare finalement l’amour de la reproduction. Nous ne sommes plus contraint·es dans ces rôles qui nous forcent à nous reproduire constamment et, à la place, nous pouvons librement choisir si nous le voulons ou non.

En détruisant le besoin de croissance et en mettant un terme à une reproduction sans fin, la queerness et le communisme en général abolissent le futur tel que nous le connaissons. Ici nous trouvons la fin la plus radicale à la queerness. Au travers d’elle, nous nous libérons du besoin d’expansion et en retour, nous disons ‘non’ au futur. Et, avec ce ‘non’ radical, nous pouvons en imaginer un autre.

Le crépuscule du genre

Dire 'non' au genre

‘Non.’ Tout le monde ne dit pas oui au genre. ‘Je le rejette.’ Ces personnes ont choisi un chemin différent, une vie différente. ‘Je ne suis pas.’ Cela forme une identité différente.

Quand vous êtes assigné·es à la classe homme, mais que vous affirmez haut et fort appartenir à l’opposé, vous avez dit ‘non’ au genre. Le genre vous a donné ce que vous êtes, et vous vous en êtes détourné·es avec dégoût. Vous n’êtes pas un homme, vous êtes autre chose. Certain·es trouvent du confort dans la féminité, d’autres dans quelque chose de totalement extérieur, mais peu importe le chemin que vous avez choisi, vous avez dit non au genre.

De manière similaire, quand vous êtes assigné·es à la classe femme, mais que, vous aussi, vous affirmez haut et fort l’inverse, vous avez dit ‘non’ au genre. Que vous embrassiez la masculinité ou quelque chose au-delà constitue un rejet, un détournement, du genre.

Quand vous vous écartez de votre assignation, vous êtes transgenre.

Les failles du système

Le système de genre moderne est faible. Il a lui-même crée sa propre ruine de par sa conception. Quand le système de genre moderne s’est étendu, il a renoncé à la flexibilité afin de détruire les systèmes déjà présents et s’imposer sur toutes les cultures. Mais cela le laisse incapable de prendre en compte de nombreuses personnes. Un grand nombre de personne ont d’importantes difficultés avec le genre qui leur est assigné, et parce qu’on ne leur offre aucune alternative et que le genre est vu comme immuable, iels finissent par être une subversion au système lui-même.

Les personnes dont le genre ne correspond pas avec la façon dont leurs traits biologiques ont été genrés ne sont pas quelque chose de récent. De nombreux systèmes précédents comportaient des classes spécifiques pour ce genre de personnes, comme le système de genre des Bugis. Ce sont des systèmes à genres multiples et ils ont une place pour celleux qui ne sont pas disposé·es à accepter le genre assigné à leur biologie.

Mais les personnes transgenres ne connectent pas avec le système de genre de cette façon. Là où des personnes avec des genres et sexes différents dans des systèmes multigenrés acceptent leur genre à l’intérieur de leur système de classe, les transgenres le rejettent. Le système de genre moderne n’a pas de place pour les personnes transgenres, alors nous sommes une subversion à celui-ci. Ainsi, les personnes transgenres ne sont pas transhistorique, mais un aspect contingent historique du système de genre post-colonial qui a été imposé dans le monde. Mais les personnes trans ne sont pas nécessairement un aspect présent partout dans le monde. En effet, à l’intérieur de systèmes de genre permettant des variations du genre, il est parfois imprécis de parler de personnes transgenres pour des personnes dont le contexte du système de genre permet l’existence et le fonctionnement. Ces systèmes de genre étaient moins répressifs de par leur flexibilité, mais ils étaient plus solides. Grâce à leur robustesse, les combattre nécessiterait des stratégies différentes particulières à ces systèmes particuliers.

Dans l’incapacité ou le refus d’accepter notre place au sein du système de genre, les personnes transgenres contestent celui-ci, et le genre tel qu’il existe aujourd’hui ne peut pas nous prendre en compte. D’autres systèmes de genre ont été plus flexibles, plus à même de tenir compte de chacun à l’intérieur. Les systèmes multigenrés offrent des options aux personnes incapables de s’identifier au genre associé avec leur biologie. Cela signifie que les gens peuvent s’intégrer plus facilement au système, le rendant plus fort. Le notre ne le permet pas, et c’est une de ses failles. Il nous procure une raison de lui dire ‘non’.

Révolution

Comme vu précédemment, la performativité requiert que l’on accepte activement la classe à laquelle notre genre nous assigne. C’est une des forces du genre car cela nous oblige à être complice de notre propre oppression, mais c’est également une faiblesse. Puisque notre classe est basée, en partie, sur notre acceptation active, cela crée une possibilité de rejet actif. En effet, si suffisamment de personnes rejetant le genre qui leur est assigné, le genre ne peut pas fonctionner.

Et les personnes transgenres sont celleux qui rejettent leur genre, qui disent ‘non’ au genre. C’est un phénomène moderne qui présente une subversion du genre et nous ouvre une voie vers l’avant. Ici, nous trouvons le cœur du potentiel révolutionnaire des queers. Si tout le monde dit ‘non’ au genre, tout le monde cesse de l’accepter, alors le genre est perdu. Nous trouvons des stratégies similaires parmi les formes de résistance aux autres systèmes de classe. Les gens combattent le capitalisme en refusant de travailler, avec une grève générale. De la même façon, un ‘non’ collectif au genre, rejette le système de classe et nous permet de le mettre à genoux.

Cela ne serait rien d’autre qu’une révolution. C’est un remaniement de la société qui permettrait aux queers d’en prendre le contrôle et de le refaire à notre image. Cet acte d’abolition de classe par les queers, en incluant une auto-abolition de notre propre classe, est une attaque audacieuse sur le genre. C’est prendre le dessus sur la société pour la transformer en éliminer la classe. Cela signifie qu’une telle révolution serait une dictature des queers.

La dictature des queers

Le pouvoir queer

Bien trop souvent, les gens ne recherchent pas la libération des queers, seulement notre assimilation. L’assimilation gay est le mouvement de lutte pour les droits LGBT mainstream, mais il ne va pas assez loin. SI la seule chose que nous faisons est de nous assimiler, nous sommes toujours sujets au pouvoir et à la domination du système de classe de genre. Nous ne sommes pas libres, juste intégré·es dans le système existant d’oppression et de domination.

Et c’est dangereux également. L’assimilation offre au genre une chance d’échapper à sa fin. Si le genre peut assimiler l’homosexualité, le lesbianisme, la bisexualité, la transidentité et toutes les autres variations de la queerness, il deviendra flexible et accommodant pour les forces voulant l’amener vers sa fin. Si nous nous assimilons, le genre pourrait ne jamais disparaître.

Mais la libération ne peut pas être trouvée à l’intérieur des systèmes de pouvoir existants. Si nous nous tournons vers l’Etat, vers le business capitaliste, le mariage patriarcal, et que nous lui demandons de nous inclure, nous ne serons jamais libres. Cela ne servirait qu’à perpétuer le pouvoir étatique, le pouvoir capitalistique et le pouvoir masculin. Mais nous devons créer un pouvoir queer.

Cette libération ne peut pas non plus venir en imposant des identités aux gens. Il n’y a aucun bénéfice à notre libération et à l’abolition du système de genre à empêcher quelqu’un dont l’identité est profondément enracinée dans un système de genre différent ou qui trouve son bonheur dans son identité queer de s’identifier ainsi. Comme nous l’avons déjà abordé précédemment, c’est la base qui nous préoccupe, pas les identités au sein de la superstructure.

Le pouvoir queer est séparé des institutions existantes. Nous déclarons notre différence, sans honte et avec fierté. Nous ne rejoignons pas leurs projets. Nous ne participons pas à leurs systèmes. Nous n’augmentons pas leur pouvoir. A la place, nous devons créer le notre !

Cela signifie créer des organisations et des institutions queers. Des contrepouvoirs au système de classe patriarcal dominant. Cela nous permet d’offrir aux personnes ce dont elles ont besoin pour leur transition, que cela soit en donnant accès aux THS, en soutenant les victimes de violences sexuelles, en donnant aux femmes la capacité de s'empouvoirer en dehors du système et ultimement en créant des espaces différents, pour échapper à la domination du genre.

Il est important que ces institutions ne recréent pas la violence sexuelle qui impose le genre. C’est difficile mais nécessaire. Nous ne pouvons permettre aux agresseurs·ses sexuelles ou aux violences sexuelles de s’insinuer dans nos espaces. Le pouvoir queer signifie la protection contre les violences sexuelles et les abus. Ces actes donnent du pouvoir et renforcent le patriarcat, nous ne devons leur faire aucune place.

La terreur rose

Le comportement patriarcal est un acte de violence. La violence est ce qu’il pratique. Nous ne pouvons nous y opposer à travers la passivité et la non-violence. Le pouvoir queer a besoin de la violence pour détruire le genre. Un climat de terreur à l’encontre de celleux qui cherchent à imposer le genre et empêcher sa mort, une terreur rose est une nécessité dans la révolution contre le genre.

Nous ne trouverons aucun·e allié·e dans l’Etat ou la classe capitaliste. Les forces de l’ordre et les entreprises sont nos ennemies, pas nos allié·es. Et effet, la Pride trouve ses origines dans des révoltes contre la police. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour notre propre libération, pas sur les institutions de violence qui existent déjà. Nous devons détruire le genre selon nos termes, pas les leurs.

Cela signifie que les organisations et institutions queers que nous créons pour le pouvoir queer doivent être militantes et armées. Cela ne suffit pas de procurer un espace en dehors du patriarcat, nous devons nous armer pour défendre ces espaces et pour attaquer les structures globales de pouvoir qui cherchent à nous imposer le genre. Cela signifie que nos organisations queer doivent être, ou inclure, des milices queers pour se battre contre les structures de pouvoir.

Ces milices queers nous permettront de créer un cadre pour lutter contre les violences sexuelles également. Les milices queers peuvent protéger et faire justice là où l’État ne le fait pas pour les femmes et les queers. C’est particulièrement le cas pour les plus vulnérables. Les TDS ne peuvent quasiment pas se tourner vers la police pour porter plainte contre les violences sexuelles subies. Leur travail est illégal, donc iels risquent la punition pour les rapports sexuels qu’iels ont eu, même en cas de viol. De plus, de nombreuses violences sexuelles qu’iels subissent le sont du fait de la police elle-même. Les milices queers leur donnent une possibilité de réagir et de gérer les violences sexuelles.

Cela peut également fournir aux queers un cadre pour se défendre contre le mégenrage et l’utilisation des deadnames. Quand les personnes utilisent en permanence et sciemment les mauvais pronoms et prénoms pour les autres, c’est une forme de violence à leur encontre. Le faire conduit fréquemment à l’auto-mutilation et au suicide chez les queers. De ce fait, nous devons nous défendre et soutenir les autres queers. Une telle violence envers les queers ne peut pas être laissée sans réponse et ne peut-être acceptée. Mais nous devons rester proportionnel·les dans nos réponses. Le mégenrage n’autorise pas le meurtre.

Rendre les coups

Le genre ne disparaitra pas sans se battre, une contre-révolution apparaitra pour nous mettre à terre. Contre le mouvement d’accélération du genre, des mouvements apparaîtront pour défendre, ou faire régresser, le genre. Historiquement, les mouvements révolutionnaires se trouvent souvent suivis par un mouvement fasciste rejetant l’appel pour un nouveau monde et recherchant une régénération du monde actuel via une renaissance. Ces mouvements fascistes embrassent l’hyper-masculinité et cherchent à exacerber la domination masculine sur la société.

Ici nous trouvons notre principal ennemi, et les nouveaux mouvements fascistes présents réagiront à notre accélérationnisme  avec conservatisme et une contre-révolution. C’est là que les milices queers seront nécessaires pour défendre la révolution contre la réaction croissante. Le conflit sera nécessairement sanglant et nous nous battrons dans les rues autant qu’il le faudra pour faire taire cette contre-révolution et assurer notre victoire.

Ces nouveaux mouvements ne seront pas nos seuls opposants. Les forces du libéralisme défendant l’état actuel nous verrons comme une menace autant que les fascistes nous verrons, et leur opposition sera toute aussi brutale. Les forces de l’ordre s’opposeront avec force, et nous aurons besoin de force pour défendre nos gains, protéger la révolution, et avancer vers notre victoire.

La victoire à tout prix

Nous ne pouvons nous arrêter en chemin ou permettre notre défaite. Le genre signifier la domination de tou·tes et une violence soutenue envers les femmes et les queers. Nous ne pouvons permettre notre défaite et nos yeux doivent être fixés sur la victoire. Ce n’est pas vraiment un choix, c’est une nécessité.