Le manifeste transféministe

À chaque fois qu’un groupe de femmes, auparavant poussé au silence, commence à pouvoir s’exprimer, les autres sont sommées de repenser qui elles représentent et ce qu’elles défendent.

Le manifeste transféministe

Source: https://eminism.org/readings/pdf-rdg/tfmanifesto.pdf

Autrice: Emi Koyama

Traductrice: MaddyKitty

Publication originale: Octobre 1999
Dernière édition: Juillet 2001

Notice

Ce texte a été rédigé dans un contexte nord-américain, certaines luttes ne sont pas similaires au contexte français.
Par exemple, le « women’s health movement » s’est incarné dans la création du planning familial.
Ce texte n’est pas directement lié à cette histoire donc cette distinction ne sera pas abordée davantage.
Autre chose, il est important de lire le post-scriptum à ce manifeste, qui revient sur les apories du texte initial. Par exemple, la place des hommes trans y est marginale alors que d’autres transféministes lient la lutte trans hors d’une dichotomie homme/femme, qui semble peu pertinente tant nos droits sont liés.
Exemple de positionnement transféministe français, OUTrans :
https://www.observatoire-des-transidentites.com/2013/04/06/page-8618633/
Les personnes non-binaire sont aussi placées en « alliées », ce qui me semble être un autre problème important.
Cette question n’est pas résolue en France à ce jour, puisque seules les personnes nb « AFAB » semblent pouvoir prendre part aux discours féministes.
Le positionnement du mouvement transpédégouine me paraît important sur ces questions (voir la page de ressources du blog).

Il manque également les questionnements sur l’intersection race/transphobie/misogynie (transmisogynoir par exemple, ou d’autres types de racisme spécifique vécus par des personnes trans non-blanches).

Choix de traduction

« They » est traduit par le néopronom « iels » tout au long du texte.

J’ai traduit « sissy » (terme péjoratif désignant des hommes efféminés et soumis, reproduisant des stéréotypes de genre liés au rôle féminin) par efféminé pour correspondre au registre de langue du texte.


Introduction

Lors de la seconde moitié du vingtième siècle, le mouvement féministe a connu un élargissement sans précédent, en raison d’une diversification des groupes de femmes présents. Quand un groupe de femmes auparavant marginalisé à l’intérieur du discours majoritaire du mouvement féministe brise le silence, exige une place qui lui revient de droit, elles sont d’abord accusées de vouloir fragmenter le féminisme sur des questions insignifiantes, puis sont finalement acceptées et accueillies comme un élément important de la pensée féministe. Nous avons progressivement pris conscience que cette diversité est une force et non une faiblesse. Aucune fragmentation ou polarisation n’est trop violente pour annuler les vertus ultimes d’une politique de coalition inclusive.

À chaque fois qu’un groupe de femmes, auparavant poussé au silence, commence à pouvoir s’exprimer, les autres sont sommées de repenser qui elles représentent et ce qu’elles défendent. Si ce processus mène parfois à une prise de conscience douloureuse de nos propres préjugés et oppressions internalisées en tant que féministes, il profite finalement au mouvement en élargissant nos perspectives et nos représentations. C’est dans cette optique que nous déclarons qu’il est temps que les femmes trans prennent part à la révolution féministe, élargissant ainsi la portée du mouvement.

L’adjectif « trans » est souvent utilisé comme un terme incluant un large éventail de transgressions des normes de genre qui impliquent une discontinuité entre le genre (NdT : j’ai fait le choix d’utiliser genre à la place de sexe) assigné à la naissance et l’identité de genre d’une personne. Pour le besoin de ce manifeste, cependant, l’expression « femme trans » est utilisée pour décrire les personnes qui s’identifient, vivent ou se présentent plus ou moins comme des femmes malgré le genre qui leur est assigné à la naissance. De la même façon, « homme trans » est utilisé pour décrire les personnes qui s’identifient, vivent ou se présentent plus ou moins comme des hommes malgré le genre qui leur est assigné à la naissance. Bien que cette dichotomie soit excluante pour beaucoup de personnes trans, particulièrement celles qui ne se conforment pas à la binarité de genre, nous espérons qu’iels reconnaitront suffisamment de similarités dans les problèmes que nous rencontrons toustes et trouveront notre analyse utile à leur propre lutte.

Le transféminisme est, en premier lieu, un mouvement conduit par et pour les femmes trans qui considèrent que leur émancipation est liée à la libération de toutes les femmes et au-delà. Il est aussi ouvert aux autres queers, personnes intersexe, hommes trans, et à toute personne qui sympathise avec la cause des femmes trans et considère cette alliance essentielle pour sa propre libération (NdT : j’ai fait le choix de retirer la question des hommes cis pro-féministes, pour la cohérence de la traduction et du texte, voir post-scriptum). Historiquement, les hommes trans ont davantage contribué au féminisme que les femmes trans. Nous pensons qu’il est nécessaire que davantage de femmes trans prennent part au mouvement féministe, au côté des autres, pour notre libération commune. Le transféminisme n’a pas pour objectif de prendre le contrôle des institutions féministes existantes. Au contraire, il étend et fait progresser le féminisme dans son ensemble grâce à notre propre travail de libération et de coalition avec les autres groupes. Il défend les femmes trans et cis, et demande aux femmes cis de défendre les femmes trans en retour. Le transféminisme incarne une politique de coalition féministe dans laquelle des femmes d’horizons différents se défendent les unes les autres, car si nous ne nous défendons pas, personne ne le fera.

Principes premiers

Les principes premiers du transféminisme sont simples. Premièrement, nous croyons que chaque individu a le droit de définir son identité et d’attendre que la société la respecte. Cela inclut le droit d’exprimer notre genre sans craindre de discrimination ou de violence. Deuxièmement, nous estimons que nous avons le droit exclusif de disposer de notre corps, et qu'aucune autorité politique, médicale ou religieuse ne doit pouvoir violer son intégrité contre notre volonté ou entraver nos décisions concernant ce que nous en faisons.

Cependant, personne n’est complètement libre des dynamiques sociales et culturelles du système de genre. Quand nous prenons des décisions quant à notre identité de genre/expression de genre, nous ne pouvons pas échapper au fait que nous le faisons dans le contexte du système de genre binaire. Les femmes trans en particulier sont encouragées et même parfois contraintes d’adopter les codes traditionnels associés à la féminité. Ce afin d’être acceptées et légitimées par la communauté médicale, qui s’est nommée arbitre de qui est assez femme et qui ne l’est pas. Les femmes trans doivent souvent prouver leur appartenance au genre féminin en assimilant les stéréotypes de genre afin d’être reconnues comme femmes ou pour avoir accès à des traitements hormonaux ainsi qu’à des interventions chirurgicales[1]. Cette pratique est oppressive autant pour les femmes trans que cis, car elle nie le caractère unique de chaque femme.

Le transféminisme soutient que personne ne devrait être contraint, en raison de son genre/expression de genre, d’être une « vraie » femme ou un « vrai » homme. Nous croyons également que personne ne devrait être contraint de prendre ces mêmes décisions pour être un·e « vrai·e » féministe.

En tant que femmes trans, nous avons appris que notre sécurité est souvent dépendante de la façon dont nous pouvons être perçues comme des femmes « normales » ; En tant que transféministes, nous devons en permanence négocier notre sécurité et notre confort en nous opposant à nos principes féministes. Le transféminisme invite toutes les femmes, femmes trans incluses, à questionner la façon dont nous assimilons l’hétérosexisme et les normes patriarcales du genre, et quelles implications globales nos actions impliquent ; dans le même temps, nous précisons qu’il n’est de la responsabilité d’aucune féministe de se débarrasser de la définition patriarcale de la féminité. Les femmes ne devraient pas être accusées de renforcer les stéréotypes de genre par leurs actes, même si ceux-ci semblent correspondre à certains rôles genrés ; une telle demande de pureté remet en cause notre capacité d’agir. Elle va avoir pour effet de fermer l’entrée du mouvement féministe à une majorité de femmes, trans ou non.

Le transféminisme estime qu’il y a autant de façons d’être femme qu’il y a de femmes, que nous devons être libres de prendre nos propres décisions sans culpabilité. À cette fin, le transféminisme confronte les institutions sociales et politiques qui restreignent ou inhibent nos choix individuels, tout en refusant de blâmer les femmes pour leurs décisions. Il n’est pas nécessaire – et c’est même oppressif – de demander aux femmes d’abandonner leurs libertés pour être considérées comme de vraies féministes, car il ne s’agira que de remplacer une construction rigide et patriarcale de la Femme par une version légèrement modifiée et féministe tout aussi rigide. Le transféminisme promeut un environnement social où les choix des femmes sont mis en avant, tout en scrutant et remettant en question les institutions qui limitent les choix disponibles qui leur sont disponibles.

La question du privilège masculin

Certaines féministes, notamment les lesbiennes féministes radicales, ont accusé les femmes et hommes trans de bénéficier du privilège masculin. Les trans MtF, argumentent-elles, sont socialisées comme des hommes et donc bénéficient du privilège masculin ; les trans FtM de l’autre côté sont vus comme des traitres qui ont abandonné leurs sœurs dans une tentative pathétique d’acquérir un privilège masculin. Le transféminisme doit répondre à cette critique, car elle a été utilisée afin de justifier la discrimination à l’encontre des femmes et les hommes trans à l’intérieur de certains cercles féministes.

Lorsqu’elles sont confrontées à cette accusation, le premier réflexe des femmes trans est de nier avoir jamais eu le moindre privilège masculin dans leur vie. Il est simple de voir comment elles en sont venues à croire que le fait d’être né homme était davantage un fardeau qu’un privilège. Nombre d’entre elles méprisaient le fait d’avoir un corps masculin et d’être traitées comme des hommes en grandissant. Elles se souviennent à quel point il était difficile de sentir cette pression à agir de manière virile et violente. Nombre d’entre elles ont expérimenté le harcèlement et l’humiliation de la part d’autres garçons parce qu’elles n’agissaient pas de façon appropriée[2]. Elles étaient poussées à se sentir honteuses, et souffraient fréquemment de dépression. Même en tant qu’adultes, elles vivent dans la peur constante d’être exposées, ce qui mettrait en péril leur emploi, leurs relations familiales, leurs amitiés et leur sécurité.

Cependant, en tant que transféministes, nous devons résister à la tentation de regarder les choses d’une façon aussi simpliste. Même s’il est vrai que le privilège masculin affecte certains hommes plus que les autres, il est difficile d’imaginer que les femmes trans nées hommes n’en ont jamais profité. Beaucoup de femmes trans ont été prises pour des hommes (bien qu’efféminés) au moins à certains moments de leur vie, et ont donc reçu des traitements préférentiels dans leur éducation ou dans le cadre du travail, par exemple. Et ce, qu’elles aient aimé ou non être perçues comme des hommes. Elles ont été formées pour être affirmées et confiantes, et certaines femmes trans parviennent à conserver ces traits « masculins », souvent à leur avantage, après leur transition.

Nous confondons souvent l’oppression dont on a été victime du fait d’avoir dévié de notre genre assigné à la naissance avec l’absence de privilège masculin. Au lieu de prétendre que nous n'avons jamais bénéficié de la suprématie masculine, nous devons affirmer que nos expériences représentent une interaction dynamique entre le privilège masculin et le désavantage d'être trans.

Toute personne dont l’identité de genre et/ou dont l’expression de genre correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance a le privilège d’être non-trans. Ce privilège, tout comme d’autres, est invisible à celleux qui le possèdent. Et comme les autres privilèges, celleux qui ne l’ont pas savent combien iels souffrent de cette absence. Une femme trans peut avoir un accès limité au privilège masculin selon qu’elle transitionne tôt et qu’elle vit entièrement comme une femme, mais dans le même temps elle expérimente d’importants désavantages émotionnels, sociaux et économiques du fait de sa transidentité. La suggestion selon laquelle les femmes trans sont intrinsèquement plus privilégiées que les autres femmes est aussi fausse que celle de prétendre que les couples homosexuels masculins sont plus privilégiés que les couples hétérosexuels parce que les deux partenaires ont des privilèges masculins.

Des heurts surviennent souvent quand les femmes trans essaient d’accéder à des « espaces féminins » qui sont supposément censés être des refuges loin du patriarcat. L’origine de ces « espaces féminins » remonte au début du féminisme lesbien des années 70, constitué essentiellement de femmes blanches de classe moyenne qui priorisaient le sexisme comme étant l’inégalité sociale la plus importante, tout en négligeant largement leur propre rôle dans la perpétuation d'autres oppressions telles que comme le racisme et le classisme. En partant du principe que le sexisme a marqué la vie des femmes de manière beaucoup plus significative que toute autre oppression sociale, elles ont supposé que leur expérience du sexisme était commune à toutes les femmes indépendamment de leur appartenance ethnique, de leur classe, etc. – c’est-à-dire toutes les femmes cisgenres. Des critiques récentes du féminisme radical des années 1970 montrent que leur négligence du racisme et du classisme les a privilégiées en tant que femmes blanches de classe moyenne.

Depuis cette compréhension, les transféministes ne doivent pas répondre à l’accusation du privilège masculin par le déni. Nous devons trouver le courage d’exprimer en quoi les femmes trans ont bénéficié du privilège masculin – certaines plus que d’autres bien sûr – tout comme celles d’entre nous qui sont blanches doivent aborder le privilège blanc. Les transféministes croient en l’importance de mettre en avant nos différences aussi bien que nos similarités, car les femmes viennent d’horizons différents. Les transféministes confrontent leurs propres privilèges et attendent des femmes cis qu’elles fassent de même.

En reconnaissant et en prenant acte de leurs privilèges, les femmes trans peuvent espérer nouer des alliances avec les autres groupes de femmes qui ont été laissés pour compte et jugés « non féminines » par rapport au standard féminin blanc de classe moyenne. Quand nous sommes appelées « déviantes » et attaquées pour vouloir être nous-même, il n’y a aucun gain à refuser d’aborder la question du privilège.

Déconstruire un essentialisme inversé

Tandis que la seconde vague du féminisme popularisait l’idée que le genre est distinct du sexe biologique et est socialement construit, la question de la croyance d’un sexe biologique a été laissée à l’abandon[3]. La séparation genre/sexe était une rhétorique puissante pour briser les rôles de genre imposés, mais n’a permis aux féministes d’aborder la question qu’à moitié, laissant la naturalité des essences masculin/féminin de côté jusqu’à récemment.

Le transféminisme soutient que le sexe et le genre sont construits socialement ; en outre, la distinction entre le sexe et le genre est artificiellement établie pour des raisons de commodité. Si le concept de genre comme construction sociale s’est avéré être un outil puissant pour déconstruire nos attentes en termes de comportements féminins, il a permis la mise en place de politiques discriminatoires basées sur la biologie. Ce concept s’est aussi montré inutile pour aborder le vécu des personnes trans pour lesquelles le sexe biologique est perçu comme plus artificiel et altérable que leurs identités.

[TW mutilation]
La construction sociale du sexe biologique est davantage qu’une observation abstraite : c’est une réalité physique que beaucoup de personnes intersexes vivent. Parce que la société ne prévoit pas l’existence de personnes dont les caractéristiques anatomiques ne correspondent pas parfaitement à l'homme ou à la femme, elles sont régulièrement mutilées par des professionnels de santé pour qu'elles vivent selon le sexe qui leur est assigné. Les personnes intersexes n’ont que rarement l’opportunité de s’autodéterminer et de savoir si elles veulent « corriger » hormonalement ou chirurgicalement ce « sexe ». De nombreuses personnes intersexuées trouvent révoltant de ne pas avoir eu leur mot à dire dans une décision aussi importante, que leur identité de genre corresponde ou non au sexe qui leur a été assigné. Nous pensons que les mutilations génitales des enfants intersexes sont abusives, car elles violent inutilement l’intégrité de leurs corps et ce sans consentement médical. La question n’est même pas de savoir si le sexe attribué correspond ou non à leur identité de genre ; il s'agit de savoir si les personnes intersexuées ont ou non un véritable choix sur ce qui arrive à leur corps.

Les personnes trans se sentent insatisfaites du sexe qui leur est assigné sans leur consentement selon une norme médicale simpliste (NdT : patriarcale). Les personnes trans sont diverses : certaines s’identifient et vivent comme membres du sexe opposé à celui qui leur a été assigné par les autorités médicales, quand d’autres ne s’identifient à aucun sexe donné ou aux deux. La libération trans consiste à reprendre aux autorités médicales, religieuses et politiques le droit de se définir. Le transféminisme voit toutes les méthodes d’assignation de sexe comme socialement et politiquement construites, et plaide pour un arrangement social différent où chaque personne est libre de s’assigner le sexe de son choix (voir de ne pas en choisir).

Alors que les personnes trans commencent à s'organiser politiquement, il est tentant d'adopter une version essentialiste de l'identité de genre. Le cliché popularisé par les médias de masse présente les femmes trans comme « des femmes piégées dans des corps d’homme » et vice-versa. L'attractivité d’une telle stratégie est claire, car la population en général est plus susceptible de nous soutenir si nous pouvons les convaincre que nous sommes en quelque sorte né·es avec une erreur biologique sur laquelle nous n’avons aucun contrôle. Cette idée est parfois en phase avec l’idée que nous nous faisons de nous-même et qui nous semble fondamentale. Cependant, en tant que transféministes, nous devons résister à de telles tentations étant donné de leur implication.

Les personnes trans ont parfois été décrites comme des personnes dont le sexe biologique ne correspond pas au genre de leur « esprit/âme ». Cette explication peut intuitivement faire sens, mais elle est néanmoins problématique pour le transféminisme. Dire que l'on a un esprit ou une âme féminine signifierait qu'il y a des esprits masculins et féminins qui sont différents l’un de l’autre d'une manière identifiable, ce qui à son tour peut être utilisé pour justifier la discrimination à l’égard des femmes. Essentialiser notre identité de genre peut être tout aussi dangereux que de recourir à l'essentialisme biologique.

Le transféminisme estime que nous construisons nos propres identités de genre en nous basant sur ce qui nous semble authentique, confortable et sincère lorsque nous vivons et entretenons des relations à l’intérieur de contraintes sociales et culturelles données. Cela est vrai pour celleux dont l'identité de genre est en accord avec le sexe qui leur est assigné à la naissance, ainsi que pour les personnes trans. Notre exigence de reconnaissance et de respect ne sera en aucun cas affaiblie par cette affirmation. Au lieu de justifier notre existence par un essentialisme inversé, le transféminisme démantèle l’hypothèse essentialiste de la normativité du couple sexe/genre.

L’image corporelle en tant que problématique féministe

En tant que féministes, nous aimerions affirmer que nous nous sentons à l’aise, en confiance et puissantes dans nos propres corps ; malheureusement, ce n’est pas le cas pour nombre d’entre nous, femmes trans incluses.

Pour de nombreuses transféministes, la problématique de l’image corporelle est celle où nos besoins de confort et de sécurité rentrent en conflit avec notre féminisme. Nombre d’entre nous se sentent tellement mal à l’aise et honteuses quant à leurs apparences que nous choisissons de rester dans le placard ou de subir des séances d’électrolyse, des traitements hormonaux et opérations chirurgicales afin de modifier nos corps pour les conformer à notre identité de femme. Ces procédures sont coûteuses, douloureuses et prennent du temps. Elles peuvent entraîner une infertilité et d’autres complications plus graves telles qu’un risque accru de cancer.

Pourquoi quelqu’un opterait-il pour une pratique apparemment inhumaine ? Alors que nous pourrions croire que la nécessité de faire correspondre notre corps à notre identité de genre est innée ou essentielle, nous ne pouvons pas, en toute honnêteté, négliger les facteurs sociaux et politiques qui contribuent à nos décisions personnelles.

Un tel facteur est dû à l’imposition par la société de rôles de genre binaires. Nos identités étant construites dans l’environnement social à l’intérieur duquel nous sommes né·e·s, nous pourrions soutenir que la discontinuité entre l’identité de genre et le sexe biologique n’est problématique que parce que la société maintient activement un système de genre binaire. Si le genre d’une personne était un facteur insignifiant dans la société, la nécessité pour les personnes trans de modifier leur corps pour s’adapter au système de genre binaire pourrait très bien diminuer, mais probablement pas disparaitre.

Cependant, un tel raisonnement ne devrait pas être utilisé pour empêcher les personnes trans de prendre des décisions concernant leur corps. Les femmes trans sont extrêmement vulnérables aux violences, abus et discriminations qu’elles subissent, et ne devraient pas être culpabilisées de faire ce qu’il faut afin de se sentir en sécurité. Le transféminisme nous invite à considérer l’influence sociale et politique qui influence nos décisions, mais exige que la société respecte nos décisions quant à ce que nous faisons de nos corps.

Il n’est pas contradictoire de lutter contre les institutions sociales renforçant des rôles de genre rigides, tout en plaidant pour l’obtention de droits individuels nous permettant de choisir comment vivre de la manière la plus confortable et sûre qui soit. Il n’est pas plus contradictoire de fournir une entraide afin que nous puissions développer notre estime de soi tout en acceptant les décisions des individus de modifier leur corps si iels le souhaitent. Nous pouvons toustes contester l’arbitraire de la société à propos du genre et du sexe sans devenir dogmatiques. Aucun·e de nous ne devrait s’obliger à rejeter l’ensemble des facteurs qui nous oppressent ; nous en serions épuisé·e·s. La somme de nos rébellions va déstabiliser la norme de genre telle que nous la connaissons. Le cumul des combats féministes, queer, transféministes ainsi que d’autres formes de mouvements progressistes, tous attaquent différentes positions de notre cible, le patriarcat hétérosexiste.

Les violences envers les femmes

Les féministes ont identifié depuis les années 1970 que les violences envers les femmes n’étaient pas des événements isolés, mais représentaient une fonction systémique du patriarcat afin de maintenir les femmes soumises. Le transféminisme attire l’attention sur le fait que les femmes trans, tout comme d’autres groupes de femmes subissant de multiples oppressions, sont particulièrement vulnérables à la violence par rapport aux femmes ayant le privilège de ne pas l’être (NdT : les femmes cis).

D’abord, les femmes trans sont visées parce que nous vivons en tant que femmes. Etre une femme dans cette société misogyne est dangereux, mais d’autres facteurs nous rendent plus vulnérables quand nous sommes la cible de violences sexuelles et domestiques.
[TW viol]
Par exemple, lorsqu’un homme attaque une femme trans, particulièrement quand il tente de la violer , il peut découvrir que sa victime a ou a eu une anatomie dite « masculine ». Cette découverte peut parfois conduire à une violence supplémentaire alimentée par l’homophobie et la transphobie. Les femmes trans sont fréquemment agressées par des hommes lorsque leur identité est révélée.
[TW meurtre]
Les meurtres de femmes trans, comme ceux de prostituéEs, sont rarement pris au sérieux ou avec empathie par les médias et les autorités – d’autant plus si la victime est une femme trans TDS.

Les femmes trans sont aussi plus vulnérables aux violences verbales et aux attaques émotionnelles de la part de leurs partenaires en raison de leur faible estime de soi et de l’image négative qu’elles ont de leur corps. Il est aisé pour un·e agresseur·euse de pousser une femme trans à se sentir laide, honteuse, sans valeur et folle, car ces messages lui sont véhiculés par l’ensemble de la société depuis des années. Les agresseur·euses peuvent impunément faire preuve de violences domestiques en privant les personnes de leur capacité à définir leur propre identité ainsi que leurs expériences – ce qui constitue une vulnérabilité particulière pour les femmes trans. Les femmes trans ont des difficultés supplémentaires à quitter leurs agresseur·euses, car il leur est plus difficile de trouver un emploi. Elles risqueraient de perdre la garde de leurs enfants au profit d’un·e partenaire violent·e dans le cas d’un divorce impliquant des enfants.

De plus, les femmes trans sont ciblées parce qu’elles sont queers (NdT : utilisé ici comme synonyme de personne non-hétéro). Les homophobes ne distinguent pas les personnes trans des personnes gay quand iels commettent des crimes haineux, mais les personnes trans sont bien plus vulnérables à ces attaques, car elles sont plus visibles que les personnes gay. Les terroristes homophobes n’inspectent pas la vie privée des personnes quand iels s’en prennent aux personnes gay ; iels recherchent des indices genrés qui sont en décalage avec le genre perçu de leurs victimes, ciblant de fait celleux dont le genre est visiblement en décalage. Pour chaque pédé ou lesbienne dont le meurtre fait la une des journaux, il y a davantage de personnes trans tuées à travers le pays, bien qu’il y ait plus de personnes non-hétéro out que de personnes trans out (NdT : out étant utilisé en français pour exprimer la sortie du placard, je n’ai pas traduit le terme).

Les hommes trans vivent également dans la peur constante d’être découverts, puisqu’ils vivent dans une société qui persécute les hommes qui sortent de leur rôle social. Les crimes commis sur des hommes trans sont le fait d’inconnu·e·s comme d’ami·e·s proches, et sont sans aucun doute motivés par une combinaison de transphobie et de misogynie, exécutée comme une punition pour les punir d’avoir outrepassé les normes de genre afin de les ramener à leur « place de femme ».

En raison du danger que nous vivons, le transféminisme estime que la violence envers les personnes trans est l’un des plus gros problèmes sur lequel nous devons travailler. Nous pouvons nous sentir blessé·e·s d’être rejeté·e·s de certains événements en non-mixité réservés aux femmes (NdT : cisgenres), mais c’est cette violence qui nous tue ou nous pousse au suicide depuis trop longtemps. Nous n’avons pas d’autres choix que d’agir maintenant.

[Au vu des conséquences du mouvement TERF, cette violence vient s’ajouter aux autres violences patriarcales.]

À cet égard, la coopération avec les refuges traditionnels pour les victimes de violence domestique, les centres pour viol et les programmes de prévention des crimes haineux est essentielle. Certains refuges ont déjà décidé d’accepter pleinement les femmes trans comme ils le font pour n’importe quelle femme, tandis que d’autres hésitent pour diverses raisons. Nous devons nous organiser et éduquer les centres existants sur les raisons pour lesquelles les femmes trans méritent d’être accueillies. Il faut souligner que la dynamique des violences envers les femmes trans est similaire à celle subie par les femmes cis, bien que nous soyons davantage vulnérables. Et nous devrions également plaider pour des services pour les hommes trans.

En tant que transféministes, nous ne devons pas seulement demander que les organisations existantes nous accueillent ; nous devrions les rejoindre. Nous devrions nous porter volontaires afin de les aider à développer une méthode d’évaluation permettant de préserver la sécurité à mesure qu’ils élargissent leur base. Nous devons nous rendre disponibles pour conseiller et gérer des femmes trans dans le besoin. Nous devons également les aider à financer des ateliers trans-spécifiques pour leur personnel. Nous devons développer des cours d’autodéfense pour les femmes trans sur le modèle des programmes d’autodéfense féministes pour femmes, mais qui accordent une attention particulière à nos expériences. Il se peut que nous ne soyons pas assez nombreux·ses pour créer nos propres refuges à partir de rien, mais nous pouvons travailler à l’élimination de la violence contre les personnes trans dans l’organisation plus large pour l'élimination de la violence à l’égard des femmes et des minorités de genre (NdT : j’ai traduit « sexual minorities » par « minorités de genre » par souci de cohérence).

Nous devons également nous attaquer au problème des violences économiques. Les femmes trans sont souvent dans la pauvreté car en tant que femmes nous gagnons moins que les hommes, car il y a une discrimination manifeste envers les personnes trans et parce qu’une transition représente un coût considérable[4]. Cela signifie également que les partenaires violent·e·s des femmes trans ont davantage de facilité à les contrôler et les garder piégées dans des relations abusives. Le transféminisme croit en la lutte contre la transphobie et le sexisme à la fois sur la scène économique, sociale et politique.

Choix en matière de santé et de reproduction

Il peut sembler ironique que les femmes trans, incapables de porter un enfant, s’intéressent à la question des droits des femmes en matière de reproduction, mais le transféminisme voit un lien profond entre la libération des femmes trans et la capacité des femmes à choisir.

Tout d’abord, la stigmatisation sociale de l’existence des personnes trans est en partie due au fait que nous « gâchons » nos organes reproducteurs. Les actes de chirurgie esthétique sont plus fréquents que les actes de chirurgie de « réassignation », car ils ne nécessitent pas des mois de psychothérapie obligatoire. Celleux qui effectuent des actes de chirurgie esthétique ne sont pas non plus ridiculisé·es et méprisé·es quotidiennement dans les émissions-débats diffusées à l’échelle nationale. Une telle agitation autour de nos choix personnels est en partie alimentée par le tabou de la société contre l’autodétermination de nos organes reproducteurs : comme les femmes qui cherchent à avorter, nos corps sont devenus un territoire hostile, un champ de bataille.

De plus, les hormones que beaucoup de femmes trans prennent ont une composition similaire aux traitements contraceptifs des femmes cis, ainsi qu’à la contraception d’urgence. En tant que femmes trans, nous partageons leurs préoccupations concernant la sécurité, le coût et la disponibilité de ces pilules liées aux oestrogènes. Les femmes cis et trans doivent être unies contre les tactiques de la droite, visant à rendre les moyens et informations nous permettant le contrôle de nos corps indisponibles, voire illégaux.

Bien sûr, les choix reproductifs ne concernent pas seulement l’accès à l’avortement ou à la contraception ; il s’agit aussi de résister à la stérilisation ou l’avortement forcés de femmes défavorisées. De même, le transféminisme lutte pour le droit de refuser des interventions chirurgicales ou des traitements hormonaux, notamment ceux prescrits pour les personnes intersexes, et attend que la société continue à respecter nos vécus.

Pendant les années 1980, les lesbiennes ont été exclues de certaines organisations prochoix car elles étaient vues comme extérieures à cette cause. Mais la liberté de choisir n’est pas exclusivement un problème hétérosexuel ou un problème non-trans, car il est fondamental que les femmes aient le droit de choisir ce qu’elles font de leur propre corps. Les transféministes doivent rejoindre les organisations prochoix et manifester avec elles. Une société qui ne respecte pas les droits des femmes concernant la grossesse ne respectera certainement pas notre droit à prendre des décisions concernant notre corps pour le rendre conforme à notre identité de genre.

En outre, le transféminisme doit apprendre du mouvement pour la santé des femmes. La recherche sur les problèmes de santé qui intéressent particulièrement les femmes, comme le cancer du sein, ne s’est pas faite en vain. C’est grâce à un militantisme énergique et une éducation collective que ces questions ont été prises au sérieux. Conscient·e·s que la communauté médicale n’a toujours pas réussi à traiter les problèmes de santé des femmes de manière adéquate, les transféministes ne peuvent pas s’attendre à ce que les personnes en position de pouvoir prennent la santé des femmes trans au sérieux. C’est pourquoi nous devons participer et développer le mouvement pour la santé des femmes.

Les analogies avec le mouvement pour la santé des femmes permettent de résoudre le dilemme portant sur la pathologisation de l’identité de genre. Depuis de nombreuses années, les personnes trans se disputent sur la question de savoir s’il faut ou non demander la dépathologisation de la dysphorie de genre, qui est un prérequis pour accéder à certains traitements médicaux. Cette question a beaucoup divisé car la pathologisation de la dysphorie de genre permet à certain·e·s d’entre nous de prétendre à des interventions médicales, même si cela nous stigmatise et nie notre droit à l’auto-détermination. Avant la critique féministe de la médecine moderne, les corps féminins étaient considérés comme « anormaux » jugés par une norme andro-centrée du corps médical, ce qui a résulté à la pathologisation d’expériences ordinaires comme la menstruation, la grossesse et la ménopause ; c’est le mouvement des femmes pour la santé qui a forcé la communauté médicale à accepter qu’elles soient considérées comme une part de l’expérience humaine ordinaire.

Le transféminisme insiste sur le fait que la transidentité n’est ni une maladie ni un trouble, mais une part d’un large spectre d’expériences humaines, tout comme la grossesse. Il n’est donc pas contradictoire d’exiger un traitement médical plus accessible pour les personnes trans, tout en plaidant pour la dépathologisation de la dysphorie de genre.

Appel à l’action

Bien que nous ayons expérimenté nombre de fois le rejet à l’intérieur comme à l’extérieur des communautés féministes, celles qui sont restées nos meilleures alliées étaient féministes, lesbiennes et d’autres queers. Le transféminisme affirme qu'il est vain de débattre intellectuellement de qui est ou n’est pas inclus dans la catégorie « femmes »: nous devons agir, maintenant, et construire des alliances.

Chaque jour, nous sommes harcelé·e·s, subissons des discriminations, agressé·e·s et maltraité·e·s. Qu’importe à quel point nous apprenons à « cispasser », l’invisibilisation sociale des personnes trans ne nous protégera pas quand toutes les femmes sont attaquées. Nous ne pouvons prétendre à rien en jouant avec les règles d’une société misogyne ; nous avons besoin du féminisme autant que les femmes cis, si ce n’est plus. Les transféministes sont fières des combats de leurs prédécesseuses féministes et poursuivent leur luttes à l’intérieur de leurs propres existences.

Le transféminisme croit qu’une société qui met en avant les identités transgenre est la seule qui traite dignement les personnes de tout genre confondu, car notre existence est vue comme problématique uniquement lorsqu’il existe une hiérarchie de genre rigide. Dans cette croyance, il est essentiel pour notre survie et notre dignité que nous revendiquions notre place dans le féminisme, non pas de manière invasive, mais de manière coopérative et amicale. La suspicion initiale et le rejet de certaines institutions féministes existantes sont naturels, d’autant plus qu'elles ont été trahies tant de fois par des hommes « pro-féministes » auto-identifiés ; c’est par notre persévérance et notre engagement à agir que le transféminisme transformera la portée du féminisme en une vision plus inclusive du monde.

Un manifeste non-transféministe, post-scriptum de 2001

Le manifeste transféministe a été écrit à l’origine en 1999, lorsque j’ai déménagé pour la première fois dans une grande ville et ait commencé à explorer l’intersection entre politiques trans et féminisme. Je pense avoir été naïve, mais j’ai vraiment été choquée quand j’ai découvert pour la première fois qu’il y avait un sentiment anti-trans chez certaines féministes, et en retour un sentiment anti-féministe chez certaines personnes trans. J’ai écrit ce manifeste afin de présenter une troisième voie.

Le but de ce manifeste était d’inscrire le transféminisme en tant que partie intégrante du mouvement féministe, ce que je pense avoir réussi. Il y a cependant des points à la fois avec le contenu et la réception du manifeste qui ne me satisfont pas. J’ai réglé plusieurs problèmes mineurs à chaque révision, mais certains restent intacts, car ils ne peuvent être fixés sans le réécrire entièrement. Les voici :

  • Centrage sur le parcours des femmes trans. Je suis entièrement responsable du fait que le manifeste est fortement axé sur les problèmes auxquels sont confrontées les femmes trans, tout en ignorant les problèmes d’autres personnes trans. Au moment où j’ai écrit ce texte, j’ai ressenti le besoin de restreindre le transféminisme aux « femmes » car je craignais qu’une perspective plus large permette à des hommes cis d’exploiter le féminisme pour leurs intérêts, comme le font les mouvements masculinistes. Cette peur me semble toujours justifiée, mais j’ai réalisé qu’exclure les hommes trans et autres personnes trans et genderqueer n’est pas la solution. Si vous vous sentez offensé·e·s par cette exclusion, je m’en excuse ; si je devais écrire un manifeste maintenant, celui-ci serait différent.

  • Intersections. Ce manifeste comporte des faiblesses sur l’exploration de l’intersection entre misogynie et transphobie. Je conviens que toute théorie féministe qui ne tient pas compte du racisme, du classisme, du validisme, etc. est incomplète et, à cet égard, ce manifeste est incomplet. Mes convictions n’étaient pas encore affirmées sur les questions intersectionnelles et je craignais de diluer les questions féministes avec d’autres problèmes. Si je devais écrire ce manifeste aujourd’hui, je n’aurais plus peur d’être critiquée pour avoir fait quelque chose de juste.

  • Impact. J’ai constaté que ce manifeste est beaucoup plus facilement accepté par des féministes cis que par des femmes trans. En particulier, je suis préoccupée par la façon dont certaines personnes cis ont hiérarchisé les femmes trans après l’avoir lu : les transféministes méritent d’être reconnues comme des femmes parce qu’« elles ont fait leurs devoirs », quand d’autres femmes trans sont considérées suspectes. Bien que je veuille promouvoir une conscience féministe chez les personnes trans de quelque manière que ce soit, je ne soutiens pas qu’elle soit utilisée comme un test pour vérifier la « féminité » de certaines. Tout le monde mérite que son identité soit respectée, même quand elle est incomprise. Je suis consciente que mon écriture reflète la classe et les antécédents scolaires qui sont les miens, et j'espère qu'elle ne sera pas utilisée contre des personnes trans qui ne les partagent pas.

    J’ai pensé à écrire un nouveau manifeste pour répondre à ces points et à d’autres idées que j’ai acquises au cours de ces dernières années, mais je laisse ce soin à d’autres. J’aimerais en particulier lire un manifeste féministe non trans – un examen approfondi des privilèges cisgenres ainsi que les moyens par lesquels la conscience des féministes cis a été élargie en travaillant avec des personnes trans. Si vous en écrivez un, assurez-vous de m'en envoyer une copie.


  1. Les opérations chirurgicales étant nombreuses : FFS (féminisation du visage), SRS (chirurgie de réassignation sexuelle), etc. ↩︎

  2. phénomène de la police du genre : https://www.cairn.info/revue-geneses-2014-4-page-3.htm ↩︎

  3. Cette question est cependant abordée dans le contexte français par Christine Delphy : « Nous pensons au contraire que c’est l'oppression qui crée le genre ; que la hiérarchie de la division du travail est antérieure, d'un point de vue logique, à la division technique du travail et crée celle-ci : crée les rôles sexuels, ce qu’on appelle le genre ; et que le genre à son tour crée le sexe anatomique, dans le sens que cette partition hiérarchique de l’humanité en deux transforme en distinction pertinente pour la pratique sociale une différence anatomique en elle-même dépourvue d'implications sociales ; que la pratique sociale et elle seule transforme en catégorie de pensée un fait physique en lui-même dépourvu de sens comme tous les faits physiques. »
    DELPHY, Christine. Le patriarcat, le féminisme et leurs intellectuelles. Nouvelles Questions Féministes, No. 2, Féminisme : quelles politiques ? (OCTOBRE 1981), pp. 58-74 ↩︎

  4. Dans le contexte français, certaines dépenses peuvent être prises en charge par les mutuelles ainsi que la demande d’ALD (Affection Longue Durée) qui peut être faite par un médecin. ↩︎