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Finissons-en avec la nation !

Anarchisme 29 mars 2025

On reprend un texte publié sur indymedia Lille : https://lille.indymedia.org/spip.php?article37090


La référence à l’État-nation et à sa promotion par le nationalisme disparaît étrangement des textes et analyses actuels émanant des milieux autonomes... Pourtant, cette référence connaît toujours son heure de gloire, et ce partout dans le monde. Cette disparition dans la critique radicale n’est donc malheureusement pas le corollaire d’un effacement de l’idée et du mythe nationaux. Au contraire, en plus du nationalisme français, se surajoute en ce moment un nationalisme européen qui voudrait concurrencer sur le plan militaire les nations russes et américaines. Dans un argumentaire qui réduit comme toujours les populations à de la chair démographique à canon, le commissaire à la défense européen disait hier « Les 450 millions de citoyens de l’Union européenne ne devraient pas dépendre de 340 millions d’Américains pour se défendre contre 140 millions de Russes qui n’arrivent pas à battre 38 millions d’Ukrainiens ». On sent venir toute la sale musique du patriotisme qui va diffuser l’injonction à aimer son pays, à le défendre, à s’y sacrifier en travaillant et en consommant pour lui, dans les écoles, les supermarchés, dans la rue et les médias, jusqu’à évidemment s’aveugler de ce qu’implique nécessairement n’importe quelle nation, et ce peu importe sa taille, son impérialisme, son histoire récente ou vieille, ses régionalismes, son folklore et sa puissance militaire : toutes les nations installent des frontières, les surveillent, les contrôlent, et les font appliquer sur les uns et les autres en triant ceux qui ont les bons papiers, et ceux qui ne les ont pas, en en enfermant et en en expulsant certains. Ces frontières servent à maintenir un ordre social prospère à cet État-nation qui quotidiennement nous réprime. Il n’existe aucune émancipation possible dans le répertoire nationaliste, car toujours la nation, la plus progressiste et révolutionnaire pourrait-elle se présenter, viendra avec son cortège de tri, de xénophobie, de maintien de l’ordre et d’appel au sacrifice patriote.

Ça, la gauche parlementaire et extra-parlementaire l’a bien compris, et c’est pourquoi elle promeut des identités nationales et patriotes (voire même un « communisme patriote », beurk !) qu’elle voudrait bien distincts des références traditionnelles de la droite, mais c’est surtout pourquoi elle appelle à se mobiliser contre l’État « fasciste et raciste », contre le fascisme et le racisme dans le monde, mais jamais contre les nationalismes qui dès lors prospèrent démocratiquement avec des lois anti-immigration et des budgets d’armement que, demain, cette gauche au pouvoir saura très bien faire perdurer en changeant légèrement la rythmique du discours, mais jamais le fond.

Le 18 mars, c’est bel et bien la nation française, avec ses actuels lois et fonctionnements que nous ne pensons pas « fascistes », mais banalement et tristement démocratiques, qui a rendu possible l’expulsion de la Gaîté Lyrique, le contrôle et l’arrestation de plusieurs mineurs (une soixantaine d’interpellés), la condamnation à des OQTF et le placement en CRA. C’est une mairie de Paris bien de gauche qui a fait son sale travail de gauche habituelle : s’afficher verbalement et à peu de frais comme soutien, voire comme allié pendant un temps, puis s’afficher verbalement comme soutien nécessaire de l’expulsion présentée comme inévitable. La gauche est experte en discours qui enchantent les oreilles tandis que l’ordre social se maintient, la gauche adore les mobilisations outrées et scandalisées dans le verbe qui en reste à une non-attaque des mécanismes concrets de tri et de domination. Lutter contre les tendances fascisantes du XXIème siècle, contre l’extrême-droite qui en effet se refait partout dans le monde en ce moment une nouvelle jeunesse, ne se fera pas sans considérer que toutes les tendances de gauche qui valorisent des formes de nationalismes et de patriotisme progressistes contribuent à la banalisation de cette mythologie mortifère.

Nous n’en finirons jamais avec les insupportables expulsions et répressions qui visent tous ceux qui n’ont pas les bons papiers si nous ne nous attaquons pas à la machine nationaliste dans son entièreté. Ne nous laissons pas duper par les discours de mobilisation qui ciblent le racisme et le fascisme sans voir qu’ils ne peuvent perdurer au quotidien sans les rouages de base des États-nation. Une France anti-fasciste et anti- raciste, insoumise et progressiste serait toujours une France, c’est-à-dire un territoire où l’on se fait exploiter et contrôler.

Si ce printemps devait nous ramener un peu de vivacité, de révolte et conflictualité, nous l’espérons et l’agiterons irrévérencieux, anti-national et anti-patriote !

Que la France crève, crève et re-crève.

Mots clés

Maddi

Anarchiste et femqueer