Réflexions sur la transphobie, les TERFs et les TUMFs

Source : Thoughts about transphobia, TERFs, and TUMFs

Autrice : Julia Serano

Traducteurice : MaddyKitty

Publié initialement : 30 janvier 2018

A la fin de l'article, j'ai ajouté un extrait du livre Excluded, de Julia Serano, provenant d'un autre article. Il complète plutôt bien la réflexion portée ici.


Depuis plusieurs décennies, les communautés transgenres utilisent le terme “transphobe” comme adjectif générique pour décrire le langage, les actions, les attitudes et/ou les personnes qui nous dénigrent ou rejettent notre légitimité. Ce mot a certainement une fonction importante, puisqu'il permet d'identifier les nombreuses façons dont nous sommes blessé·es ou discrédité·es. Mais, de la même façon que d'autres mots analogues (comme "misogyne", "raciste", "homophobe", etc.), il semble que cela crée une catégorie fourre-tout, qui englobe tout autant les maladresses que les atteintes sérieuses visant à nous déshumaniser ou nous faire disparaitre. Depuis une perspective trans, une telle catégorie fait sens, puisque nous sommes blessé·es par toutes ces choses, petites ou grandes, intentionnelles ou pas. Mais il y a des contextes où ces différences peuvent être pertinentes, par exemple lorsqu'il s'agit de déterminer quelle réponse militante semble la plus adéquate à un cas précis de transphobie.

Devant cette considération, alors que j'écrivais l'essai « Détransition, renoncement et désinformation: Un guide pour comprendre le débat sur les enfants trans », j'ai utilisé trois termes différents pour différencier les sentiments ou les motifs sous-jacents qui motivent souvent les expressions de transphobie. Comme je les ai trouvés utiles à d'autres occasions, j'ai récemment ajouté ces termes à mon glossaire en ligne sur les trans, le genre, la sexualité et l'activisme. Cette nouvelle entrée se lit comme suit :

Positions trans-antagonistes, trans-suspicieuses, trans-inconscientes : termes que j'utilise de plus en plus depuis le milieu des années 2010 (par exemple, voir ici) afin de faire des distinctions entre différents discours ou positions anti-trans. Certaines expressions de transphobie découlent de personnes “trans-inconscientes”, c'est-à-dire non-informées (ou peu informées) sur les personnes trans et leurs expériences. D'autres personnes, au contraire, sont “trans-antagonistes, en ce qu'elles sont fondamentalement opposées aux personnes trans pour des raisons morales, politiques et/ou d'autres raisons théoriques. Depuis un point de vue militant, cette distinction est particulièrement parlante : les personnes trans-inconscientes ont tendance à être passivement transphobes (c'est-à-dire qu'elles n'expriment cette attitude que lorsqu'elles rencontrent une personne trans, ou quand le sujet se présente) et peuvent être disposées à abandonner cette attitude lorsqu'elles en savent davantage sur les vies trans et les problèmes rencontrés par les personnes trans. En revanche, les personnes trans-antagonistes promeuvent activement des campagnes anti-trans (c'est-à-dire des politiques, des lois et des campagnes de désinformation) et il est peu probable qu'elles changent d'avis (à moins, bien sûr, qu'elles soient prêtes à abandonner leur idéologie). La position “trans-suspicieuse” reconnait que les personnes trans existent et doivent être tolérées (selon certaines limites), mais remettent souvent en question (et travaillent parfois activement à saper) les perspectives et politiques transgenres. Par exemple, un individu trans-suspicieux pourrait me traiter de façon respectueuse et ne pas me mégenrer, tout en émettant en même temps des doutes à propos de certaines personnes, notamment questionner si elles sont “vraiment trans” ou devraient être autorisées à effectuer une transition. Bien que ces personnes se considèrent comme “pro-trans” (sur la base de leur tolérance, selon leur propre limite), leurs biais cisnormatifs et cissexistes les mènent à diffuser le même type de désinformation, et à promouvoir nombre des mêmes politiques anti-trans que leurs homologues trans-antagonistes (par exemple, voir ici). Dans un monde où les attitudes trans-antagonistes et trans-inconscientes sont omniprésentes, les arguments trans-suspicieux ont tendance à paraître relativement “objectifs” ou “raisonnables” pour des personnes cisgenres moyennes en comparaison (bien que les personnes trans voient facilement à travers ce vernis).

La distinction entre positions trans-antagonistes et trans-suspicieuses était centrale dans mon essai « Détransition, désistance et désinformation », car j'essayais d'expliquer (à un public largement ignorant des questions trans) pour les points de vue trans-suspicieux comme ceux de Jesse Singal et Alice Dreger (tous les deux commentés dans l'essai) invalident les perspectives trans.

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Jesse Singal est un journaliste états-unien. Il écrit notamment pour le New York Times, le New York Magazine et The Atlantic.
Il écrit régulièrement sur les questions transgenres.
- Notamment ici :
https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2018/07/when-a-child-says-shes-trans/561749/
L'article a reçu une réponse sur le même journal :
https://www.theatlantic.com/membership/archive/2018/06/what-do-the-parents-of-trans-kids-have-to-say/563507/

- Ou ici :
https://www.nytimes.com/2021/09/07/books/review/trans-helen-joyce.html
C'est un compte-rendu du livre d'Helen Joyce, plutôt élogieux, alors que le livre reprend une théorie du complot antisémite.

Il semble également avoir caricaturé la position de Julia Serano à partir de cet article : https://www.vox.com/2016/8/9/12404246/transgender-children-detransitioning-transphobia
Fil twitter sur Jesse Singal
Capture d'un fil de Jesse Singal sur Julia Serano
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Alice Dreger a un diplôme en histoire et philosophie des sciences.
Elle a soutenu J. Michael Bayley au moment de la sortie du livre The Man Who Would be a Queen. Ce livre reprend à son compte la théorie de Blanchard sur les individus autogynéphiles et aide à la populariser auprès d'un certain type de public aux positions anti-trans.

Si ces auteurices tolèrent les personnes trans jusqu'à un certain point (c'est-à-dire qu'iels n'appellent pas à nous exclure de la société), iels valorisent largement les identités cisgenres, leurs corps et leurs perspectives face aux personnes trans, et iels sont sceptiques face à nos récits (hormis, bien sûr, quand ils s'alignent sur leurs présomptions). C'est pourquoi ils poussent les mêmes politiques (c'est-à-dire des positions favorables aux thérapies de réparation de genre face aux thérapies d'affirmation dans le domaine de la santé) et diffusent le même genre de fausse information (c'est-à-dire des théories psychologiques déjà rejetées par la plupart des professionnel·les de santé trans) que leurs homologues trans-antagonistes, malgré le fait qu'ils semblent relativement inoffensifs en perspective.

Bien que je n'en parle pas dans cet essai, je pense que la distinction entre position antagoniste et position non-consciente peut être bénéfique. À première vue, ces situations semblent se ressembler. Les deux peuvent impliquer de mégenrer, voire d'utiliser certains mots insultants à mon encontre, ou suggérer que je ne suis “pas une vraie femme”. Tous ces actes semblent blessants de façon égale. Mais, en considérant une perspective militante, il est important de pouvoir considérer si ces personnes peuvent ou non changer d'avis (c'est-à-dire en apprenant à connaitre des personnes trans et leurs perspectives), ou si elles adhèrent à une idéologie prédominante (par exemple le discours TERF ou le fondamentalisme religieux) qui exclut les personnes trans et leurs perspectives, et donc peu susceptibles de changer d'avis (à moins qu'elles ne rejettent l'idéologie en question).

Cette dernière distinction, et son intérêt pour le militantisme trans, m'a conduit à partager certaines réflexions récentes sur le mouvement TERF. Pour les personnes qui ne sont pas familières avec ce terme, voici de quelle manière je le définis dans mon glossaire :

TERFs : acronyme pour “Trans-Exclusionary Radical Feminists”, sous-groupe du féminisme radical (qui s'identifient parfois comme féministes gender critical) qui s'opposent fermement aux identités, expériences et droits des personnes transgenres. Contrairement aux expressions courantes de la transphobie (qui ont tendance à convoquer des arguments religieux ou un déterminisme biologique dans leur argumentaire), les TERFs justifient leur point de vue de la façon suivante : ‌‌
1/ Le genre est un système de classe créé par l'homme pour opprimer les femmes et qui doit donc être éliminé.‌‌
2/ Les personnes transgenres “y adhèrent” et donc le “renforcent”, sapant ainsi les (NdT : efforts des) femmes et le féminisme.‌‌
3/ Les femmes trans sont donc une menace spécifique parce que (à leurs yeux), nous sommes des hommes oppresseurs qui infiltrent les espaces féminins et/ou s'approprient les identités et les conditions des femmes.
‌‌Les militant·es trans (dont je fais partie) ont critiqué les positions TERF en soulignant qu'elles sont essentialistes, qu'elles ignorent l'intersectionnalité et qu'elles avancent des arguments qui sont intrinsèquement anti-féministes à d'autres égards (voir Whipping Girl, pages 47-52, 233-245, et Outspoken, pages 106-116; voir aussi ici). En outre, dans Excluded (pages 110-137), je démontre que leur argument central, c'est-à-dire que les TERFs essaient de “mettre fin au genre” tandis que les personnes trans “le renforcent” supposément, est complètement arbitraire, et exacerbe le sexisme au lieu de le réduire (comme je l'explique ici). Si l'étiquette “TERF” met en lumière cette idéologie anti-trans (qui se manifeste parfois par du harcèlement, du doxxing et une lutte active contre les droits des personnes trans), leur logique erronée de “fin du genre” contre “renforcement du genre” les conduit à dénigrer régulièrement d'autres groupes, comme les femmes féminines, les féministes sex-positive et les travailleuses du sexe (c'est d'ailleurs pour cette raison que les TERFs sont aussi décrites comme SWERFs, c'est-à-dire féministes radicales qui visent à exclure les travailleuses du sexe et leurs vécus/récits).‌‌
Certaines TERFs ont prétendu que le mot “TERF” est une insulte. Elles refusent de considérer que cet acronyme a été créé par des féministes radicales cis qui voulaient en faire un terme neutre, qui visait à faire la distinction entre une perspective qui visait à exclure les personnes trans et leurs vécus/récits et une perspective d'inclusion des personnes. Si le terme a depuis acquis une connotation négative, c'est parce que la plupart des féministes contemporaines voient la perspective d'exclusion des personnes trans comme invalide, et la rhétorique TERF comme inutilement méprisante.

Bien que je refuse de considérer l'accusation “TERF est une insulte”, j'ai quelques inquiétudes quant à la façon dont ce terme est utilisé à tort et à travers. Plus précisément, je l'ai vu utilisé pour décrire pratiquement toute féministe (et même des non-féministes) qui exprime de la transphobie et/ou qui tente d'exclure les femmes trans de la catégorie “femme”. En tant que femme trans, je peux attester du fait que l'exclusion des femmes trans est blessante et cause souvent des torts bien matériels aux femmes trans (surtout dans les milieux institutionnalisés). Cependant, dans une perspective militante, je ne pense pas que ce soit dans notre intérêt d'utiliser ce terme de cette façon.

D'une part, lorsque des féministes grand public comme Chimamanda Ngozi Adichie ou Rose McGowan font des commentaires selon lesquels “les femmes trans ne sont pas des femmes”, ce n'est pas qu'elles adhèrent de manière unilatérale à une perspective féministe radicale qui affirme que le but du féminisme est de “mettre fin au genre”, et que les femmes trans (tout comme les travailleuses du sexe, les femmes féminines, les féministes sex-positive, etc.) “renforcent le genre”. Personne en dehors du féminisme radical (et quelques autres idéologies radicales) ne pense que les femmes trans “renforcent le genre”. En fait, la raison principale qui amène ces féministes à détester ou à être perturbées par les personnes trans, c'est qu'elles considèrent qu'on sape (et non qu'on renforce) les normes de genre binaires !

Bien sûr, si nous créons un diagramme de Venn sur les discours des féministes radicales et des féministes grand public (comme Adichie, McGowan, etc.), il y aurait sans aucun doute un chevauchement.

Exemple de diagramme de Venn

Ce chevauchement inclurait sûrement des propos tels que :

Les femmes ont des expériences que quelqu'un comme Caitlyn Jenner n'a jamais eues.

Entre nous, si vous trouvez cette justification convaincante, je vous invite à lire cet essai. Ce n'est pas parce qu'elles ont des points communs que ces féministes sont TERFs. Je comprends que, pour certaines personnes, TERF puisse servir de raccourci convaincant pour désigner une perspective d'exclusion trans. Mais en tant que personne souvent immergée dans des discussions sur le féminisme et ses différents courants, j'aimerais ne pas voir ce terme spécifique (qui dénote une idéologie particulière) être utilisé pour désigner un phénomène aussi répandu que l'exclusion des personnes trans (NdT : du discours féministe).

Plus précisément, si les groupes trans-antagonistes comme les TERFs travaillent activement à saper l'acceptation et les droits des personnes trans dans la société, la plupart des féministes grand public semblent ne rien savoir de la question trans, et ne promeuvent pas l'exclusion des personnes trans. En fait, les commentaires récents d'Adichie et de McGowan (qui peuvent être trouvés dans les liens ci-dessus) ont été faits en réponse à un entretien spécifique sur la question trans, et à un commentaire public inconsidéré de Jenner. En d'autres mots, ce genre de “transphobie passive” ne s'exprime que quand la question trans survient. Ça n'excuse pas ces réponses. Après tout, elles auraient pu se renseigner au préalable sur le transféminisme et la diversité des expériences trans. Bien entendu, de nombreuses personnes ignorantes des questions trans n'ont pas recours à des commentaires transphobes ou des perspectives d'exclusion des personnes trans, peut-être parce qu'elles admettent ne rien connaitre aux questions trans et/ou qu'elles réservent leur jugement.

De plus, si je ne peux pas parler pour Adichie ou McGowan (puisque je ne les connais pas personnellement), je pense que certaines de ces féministes pourraient rallier une perspective d'inclusion des personnes trans en en apprenant davantage sur les personnes trans et leurs expériences. En fait, depuis que mon essai « déconstruire les arguments “les femmes trans ne sont pas des femmes” » a paru l'été dernier (qui aborde des revendications courantes et nombreuses, TERF ou pas), de nombreuses femmes m'ont écrit pour me dire qu'elles l'appréciaient, et qu'il répondait à de nombreuses préoccupations sur les personnes trans et les espaces pour femmes.

Il est dur d'être une femme dans ce monde. Il est également particulièrement difficile d'être transgenre. Et il est facile d'imaginer que ces deux groupes sont composés de personnes très différentes. Il est plus facile encore de caricaturer les femmes trans (et les personnes trans de façon plus générale) comme étant ignorantes des réalités du vécu d'une femme et du sexisme dans la société. Il ne devrait pas incomber aux seules personnes trans d'étoffer ces nuances et de plaider notre cause laborieusement auprès des autres. Mais en même temps, d'après mon expérience, le fait d'étoffer toutes ces nuances et de les expliquer minutieusement permet parfois de rallier les gens à notre cause. Dans certains cas, cela peut même permettre à des personnes qui n'étaient pas conscientes de la réalité des transgenres de devenir des défenseuses de la question trans.

Dans le titre de cet essai, j'ai proposé un nouvel acronyme : TUMF, pour “Trans-Unaware Mainstream Feminists” (ou féministe grand public ignorante des questions trans). Je pense qu'il est plus adapté pour décrire les commentaires d'exclusion que ces femmes commettent. Je ne m'attends pas à ce qu'il soit adopté. Je ne m'attends pas non plus à ce que la foule des “TERF est une insulte” apprécient davantage TUMF. (En fait, je ne serais pas surprise qu'elles le trouvent plus désagréable encore que TERF !)‌‌ Mais je tenais vraiment à proposer cette idée. Contrairement aux TERFs (qui sont plutôt rares, et transphobes jusqu'à la moelle, et qui ne valent pas la peine qu'on perde notre temps à les convaincre), il y a de nombreuses TUMFs, dont beaucoup ne sont pas assez informées et réagissent “d'instinct”. Beaucoup d'entre elles pourraient donc être influencées. Si nous commençons à penser cette distinction entre perspective transphobe antagoniste ou ignorante, et entre TERF et TUMF, nous pourrions peut-être convaincre certaines de ces personnes.

Note ajoutée le 10/12/19 : Dans un article complémentaire intitulé « Putting the "Transgender Activists Versus Feminists" Debate to Rest », je discute d'une tendance plus récente et connexe, à savoir les conservateurs qui s'approprient de plus en plus les éléments de langage et la rhétorique des TERFs afin de rendre leurs vues trans-antagonistes plus acceptables pour le grand public.


Traductions d'extraits de Excluded, cités dans l'article « Bringing an end to the “end of gender” » :

Je ne peux pas vous dire combien de fois j'ai lu et entendu les affirmations selon lesquelles les féministes essaient de “dépasser le genre”, ou de provoquer la “fin du genre”, invoquées pour tenter de dépeindre la transsexualité et le transgenre comme antithétiques du féministe. Voilà ce que je veux savoir : qu'est-ce que serait exactement la “fin du genre” ? À quoi est-ce censé ressembler ? Y a-t-il des mots pour décrire les corps masculins et féminins à la fin du genre ? Ou devons-nous supprimer tous les mots qui font référence à des parties du corps et à des fonctions reproductives spécifiques aux hommes ou aux femmes, de peur qu'ils ne renforcent les distinctions entre les sexes ? Devons-nous supprimer des activités telles que le sport, la couture, le rasage, la cuisine, la réparation automobile, la prise en charge des enfants, et bien sûr, le sexe avec pénétration en position missionnaire, où l'homme est au-dessus de la femme, parce qu'elles ont été trop étroitement associées aux rôles masculins et féminins traditionnels dans le passé ? Quels vêtements portons-nous à la fin du genre ? Portons-nous toustes des pantalons ? Ou portons-nous des jupes ? Ou devons-nous inventer un tout nouveau type de vêtements ? Ou peut-être devons-nous sortir nu·es parce que, après tout, les vêtements ont une histoire longue et troublante, conspirant avec le système de genre ? Qui prendra ces décisions ? Qui doit décider ce qu'est le genre et ce que ça n'est pas ? Selon quels critères détermine-t-on si un comportement donné est un trait humain naturel et sain ou un abominable produit social ?
Il me semble clair que tout le monde a une vision différente de ce qui est “dans” le genre (et donc mal) et ce qui est “en dehors” du genre (et donc bien). Dans des espaces à prédominance genderqueer, j'ai entendu des gens affirmer que quiconque utilise des pronoms masculins et féminins renforce nécessairement le système de genre. J'ai plus d'une fois entendu des personnes qui s'identifient comme bisexuelles ou pansexuelles suggérer que les personnes qui sont exclusivement attirées par un sexe ou l'autre renforcent la binarité de genre. Apparemment, le renforcement du système de genre, comme la beauté, est vraiment dans l'œil de celui qui regarde.

[...]

Il faudrait que je sois bien sûre de moi pour croire que je peux défaire le système de genre simplement en me comportant d'une manière ou d'une autre. De telles notions peuvent être rassurantes, mais elles ignorent le fait que les actes sexistes arrivent, non pas sur la base de la façon dont on s'habille, ou dont on s'identifie, mais par la façon dont on voit et dont on traite les autres personnes. Il y a sexisme quand nous partons du principe que certaines personnes sont moins légitimes ou normales que d'autres en raison de leur sexe, leur genre ou leur sexualité ; il y a sexisme quand nous projetons nos attentes et nos présupposés sur le sexe, le genre et la sexualité sur d'autres personnes, et que nous contrôlons leurs comportements en conséquence ; il y a sexisme quand nous réduisons l'autre à son sexe, son genre ou sa sexualité plutôt que de la voir comme une personne entière et légitime. C'est ça le sexisme. Et une personne est une féministe légitime lorsqu'elle s'est engagée à contester les double-standards sexistes où et quand ils se produisent. L'identité, le style de vie, les manières, les partenaires sexuels consentis et les choix de vie d'une personne ne devraient pas rentrer en compte.