Non-binaire aroace culture

Petit texte de rien du tout pour parler à mes adelphes non-binaires aroaces, TPG qu'on ne nomme jamais.

Non-binaire aroace culture

Les premiers noms de personnes transmasc connues qui me viennent à l’esprit, c’est Océan et Eliot Page. Tous les deux étaient connus comme des femmes lesbiennes médiatiques avant leur transition. C’est un fait, les communautés lesbiennes, butch et transmasc se confondent souvent car le CO wlw ouvre un territoire fait de lieux, de relations propices à l’expérimentation au niveau du genre.

Cette histoire, ça n’est pas la mienne. A ce qu’il parait, la large majorité des personnes transmasc étaient lesbiennes avant leurs transition, moi j’étais hétéro. Toute cette culture m’est donc étrangère et ne raisonne pas du tout avec mon vécu. J’ai l’impression qu’il existe une contre-culture transpd assez forte, de Lou Sullivan à nos jours où les slogans et pancartes « transpd contre l'hétérocispatriarcat» sont présentes dans les prides (mêmes si pas forcément les plus visibles). Ça aurait pu être moi, mais j’ai pris la tangente. Si les regards insistant quand je sors en robe et les mecs chelou qui m’appellent « mon mignon » m’assignent à cette case, cette culture ne m’appartient pas vraiment non plus.

Mon orientation sexuelle m’apparait très abstraite parce qu'elle s’est construite en ligne, sur LVEQ, sur les listes de genres à rallonges et dans les commus où les questions oscillaient entre les conseils sur comment gérer des relations clairement abusives et savoir si telle micro-identité avait un drapeau. Ouaip, je suis aroace. C’est arrivé petit à petit à l'adolescence, en même temps que la non-binarité. Les ressources qui parlaient d’aromantisme, d’asexualité étaient souvent connexes à celles sur la transidentité. Deux questionnements pour le prix d’un.

Mais comment ça se construit le genre au travers du prisme de l’asexualité et de l’aromantisme ? A ce qu'il parait, c’est plus spectaculaire un homme asexuel. C’est une bête curieuse, ça fera débattre les autres mecs pour sûr: "est-ce que c'est possible ? C'est pas possible"; et à ce qu’il parait, c’est difficile à trouver, des mecs asex qui veulent bien en parler publiquement. Une femme asexuelle, c’est plus facile à envisager culturellement, le monde tourne sans leur demander leur consentement au niveau du sexe, alors ça changerait pas grand-chose. Il n’empêche que je suis incapable de citer une femme asexuelle connue publiquement en France, ça devrait nous faire tiquer. Si c’est évident, pas besoin de le dire. C’est pareil pour les mecs prétendument tous aromantiques j’imagine, on aime rire sur le fait que tous les mecs le sont, mais combien l’ont dit publiquement ?
Et c’est tout. Homme. Femme.

Il n’empêche que c’était très abstrait pour moi. Se découvrir en ligne en lisant des listes de néologismes et quelques témoignages, c’est austère. Qu’est-ce qu’on en fait ? C’est là que quelque chose est arrivé.

En transitionnant médicalement (avec de la testostérone donc), j’ai commencé à moins coucher avec mes amants (je n’essayais déjà plus le couple à cette époque, j’étais une vraie imposture dans un truc aussi absurde et socialement codifié). C’était presque pas voulu de plus faire de sexe quand je les voyais. À un moment, j’ai juste arrêté. Que s'est-il passé ? Est-ce qu'on se l’autorisait plus parce que maintenant, c'était gay ? Je me suis un moment posé-e la question de l’homophobie intériorisée, mais c’était autre chose. Ça s’est fait de façon souterraine, c’était cette redéfinition de notre orientation sexuelle quand on transitionne. Plus rien n’est évident, on explose les cases, on ne peut plus suivre un train-train codifié à base de pénis/vagin où chacun-e sait se qu'iel a à faire. On se met à se demander « pourquoi je fais ça ? », « qu’est-ce que je veux ?». Et moi, je n’avais juste pas envie de sexe avec d’autres gens et je me le suis autorisé à partir du moment où j’étais trans. Ce que d’autres vivent comme un déclassement ou une lutte pour ne pas être désexualisé·es (ou un fantasme sexuel avec qui on ne construit pas un couple), ça a été pour moi le terrain d’une nouvelle expérimentation, une libération. J’étais asexuel-le et aromantique; loin des injonctions genrées de la séduction à cis-hétéroland, la non-binarité aroace était confortable.

C’est vrai que dans nos pseudos, dans nos bio, il y avait toutes sortes de pronoms, des iels, des uls, des aels de partout. C'était la marque silencieuse que ces commu aro/aces étaient pleines de gens non-binaires. Est-ce nous avions toustes le même parcours ? Je ne l’affirmerais pas avec autant d’assurance (faut voir que je suis blanc-he et valide, je vais pas m’aventurer sur des terrains universalistes). Il est vrai que c’est aussi le récit d’une non-binarité aroace très genZ, née sur les réseaux sociaux plus que dans les circuits TPG ou féministes habituels, assez à la ramasse là-dessus et pour qui ces "débats" sont an-historiques.

Pour nous c'est pas des choses d'abstraites. On est là, à galérer avec nos relations, à tenter des trucs, à vivre "seul-e" (selon les hétéro). À se soutenir aussi, à gérer les trauma des violences correctives et à expérimenter autour de notre genre comme jamais.

Ces récits en marge de cis-hétéroland, ce pan très précis de culture internet, je voulais lui rendre hommage et lui donner corps. Il a tellement influencé le cours de ma vie que je ne peux pas dire « ça n’est que sur internet ». Mon asexualité, mon aromantisme ne vont pas sans ma non-binarité et inversement. Ni vraiment butch, ni vraiment PD, mais certainement pas hétérocis, on est la marge des mouvements TPG et féministes. On ne nous nomme pas mais nous sommes là et l'avons toujours été.