Les septs commandement d'une tepu - Partie 2
3-Jamais, au grand jamais, tu ne tomberas amoureuse
Être amoureux. Être amoureuse. C’est un truc qu’on nous balance à la gueule depuis l’enfance sans vraiment arriver à nous dire précisément ce dont il s’agit. Ça a une connotation presque religieuse. On nous récompense pour y croire sans avoir de raison d’y croire. Pour moi croire en dieu, cela revient plus ou moins à croire en soi. En tout cas, cela peut être une manière pour moi d’envisager la religion comme un chemin vers l’apaisement, on s’attache à un ensemble de valeurs qui nous permettent un rapport au monde plus apaisé. En fait il suffit de suivre le guide et avec un peu de bol ça va rouler plus ou moins droit. Même si des fois...
Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.
Jean 3 : 16
J’ai grandi avec ça et sûrement que beaucoup de gens aussi sous différentes formes. Ca m’a réchauffé quand il faisait froid et ça participe à le faire encore aujourd’hui. Mais ça a aussi construit un truc un peu malsain en moi. C’est lié je pense à des visions profondément merdiques du rapport amoureux. On associe ça à une épreuve ou à un sacrifice. Quelque part quand on se sent pas aimé ou pas digne d’amour y’a un truc dans notre tête qui se dit qu’on a merdé quelque part. Peut être parce qu’on essaye de prendre exemple sur des figures romanesques, qu’elles soient religieuses ou non d’ailleurs, pour comprendre le mode d’emploi. Pourtant, ces figures sont plutôt des inspirations pour trouver du sens aux choses. Personne va pomper sur Roméo et Juliette, Les Misérables ou Les croisades vues par les arabes7 pour gérer dans l’ordre sa vie amoureuse, son vécu de précarité ou des problèmes géopolitiques complexes pétri d’enjeux financiers, militaires et religieux. La vie c’est pas du roman. Ce n’est pas un manuel non plus d’ailleurs et chercher à trouver des réponses dans des embryons d’histoire ou des paraboles8 c’est perdre la substance de ce qu’on cherche. Pour moi par exemple le sens d’une parabole ne peut être saisi qu’une fois que l’on a été confronté à des difficultés, pas avant.
On a tou.te.s essayé je pense d’apprendre des positions sexuelles en matant du porno. Techniquement c’est pas bête et ça peut donner une idée sur l’architecture du truc mais commencer par ça c’est rarement efficace. Je pense qu’hélas on a un rapport complètement fucké à l’amour et que cette gêne qu’on peut avoir sur les sentiments que nous pouvons tisser vis à vis de notre clientèle vient en grande partie de ça.
Alors oui c’est dur et potentiellement assez dangereux de nouer des sentiments vis à vis des clients. Même entre nous quand on en parle cela reste un sujet difficile. Ça fait peur et ça soulève pour beaucoup des souvenirs assez douloureux. Cela renvoie à des logiques de prédation, à des bouts de nous même qu’on préférerait laisser dans l’obscurité ou dans un lointain passé. Être faible quand tu tapine ou en tout cas montrer des choses qui pourraient être lues comme de la fragilité, ce n’est guère compatible avec la survie. Quand je disais que les vécus de putes et de chrétiennes étaient entremêlés c’est aussi pour ça. J’ai l’impression que chaque fois qu’on y va, chaque fois qu’on se montre ou qu’on observe le prochain client en se demandant comment ça va se passer, on tente quelque part de se rapprocher de la divinité. On devient des figures car souvent les statues ont ce petit quelque chose qui vous laisse dans l’incertitude. On sent une présence. Même nos silences vous remplissent de paroles énigmatiques. On perd une part de notre humanité. On l’échange contre autre chose car tel est la nature du divin : ça prend plus de place. Du coup il faut laisser le vide nécessaire afin que l’extraordinaire puisse se faire un chemin sans être trop “compressé” par le reste. Souvent les putes peuvent être considérées comme des monstres dans le sens où on peut avoir l'impression que nous avons un rapport assez distant à l’empathie, au désir sexuel ou au sentiment amoureux. Ca fait de nous des folles9 au sens commun du terme. Nous avons refusé un ensemble de code sociaux que personne ne comprend vraiment mais que tout le monde adopte par habitude. Nous sommes des déesses, des dieux, des avatars du désir qui hantent vos rêves.
Les sentiments que nous nouons avec nos clients obéissent à nos propres règles. Nous les aimons par calcul. Nous les aimons car c’est le plus souvent elleux qui sont là lorsqu'on en a besoin. Nous les aimons car iels ont des onces de fragilité que nous ne retrouvons que très difficilement ailleurs. Nous les aimons car on peut jouer à être dieu avec elleux et dans des vécus aussi empreints de marginalité que les nôtres ça a quelque chose de grisant. Nous ne sommes plus en train de réfléchir à quel est notre place au sein de la pyramide. Oh no bitch, nous somme la putain de pyramide, le sable et même les dunes autour. Tomber amoureuse de nos clients, c’est aussi une manière de s’attarder quelques instants sur un grain de sable autour de nous. C’est fragile, éphémère et cela n’a d'intérêt qu’un temps mais il y a dans ces instants contemplatifs quelque chose des plages désertés par les promeneurs à cause du froid : on y trouve quelque chose qui n'appartient qu’à nous.
4-Chaque jour de ta vie tu devras haïr les hommes et aimer les femmes
C’est une vieille tradition du féminisme. C’est une forme de réaction à des vécus sociaux particulièrement violents. J’imagine aussi que pour toute une génération de femme qui a été violenté par leurs conjoints avec la complicité du systéme médical et de l’état, mettre deux trois coups de pieds dans les couilles peut s’avérer assez tentant. Je le répète ici, une partie de ma clientèle parle de leurs femmes d’une manière qui me laisse parfois tiraillé·e entre la répugnance et la peur. Mais si sucer des queues en écoutant de la musique douce m’a bien appris une chose, c’est que les masculinités sont des territoires vastes et difficiles à saisir. Plus que tout ce sont des territoires solitaires et isolés et dans nos milieux militants nous contribuons chaque jour à leur isolement. Le rejet des hommes c’est un choix que l’on a fait. Peut être plus présent dans les milieux bourgeois que prolétaire, plus présent chez les valides que chez les handis et les tarés et si l’on en croit les discours afro-féministes et les récits sur le séparatisme lesbien beaucoup plus présent chez les personnes blanches que chez des personnes subissant le racisme.
C’est une histoire de vécu social j’imagine. Pour certaines personnes la découverte du consentement s’est produite avec une femme cisgenre10, pour ma part c’est l’exact inverse. C’est rassurant oui de penser que l’on partage la même histoire. Cela fait de nous des êtres d’une même douleur et désirant un même feu. Pourtant comme dans toutes les familles si on a pu vivre dans un environnement similaire notre histoire personnelle reste très différente. Ce sont des mecs cis pd qui m’ont demandé pour la premiére fois : “as tu envie de ça ?” ou “est-ce que ça te dérange si ?”. Les femmes cis qui me prenaient pour un garçon n’avait pas cette attention.
C’est bien là tout le sujet. Ici comme ailleurs, nous avons construit des espaces identitaires plus que des espaces communautaires. Notre militantisme est un vieux paquet de bonbons dont les billes colorés se sont collées les unes aux autres et dont on ne reconnaît plus la forme. La critique de la violence des hommes cisgenre ne sert à rien si elle passe par l’angelisation des femmes. Ici encore tout est écrit dans les textes de mon enfance.
Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité.Matthieu 13:41
Les anges ne sont pas des être gentils empreints de douceur, ce sont au mieux des messagers au pire des juges voire des instruments de punitions. Vouloir leur ressembler quelque part c’est renoncer à notre humanité. Les idéaux de justice ou de sanction ne sont pas humains, c’est un gloubi boulga divin. Notre quête n’est pas de tenter d’activer le god mode. Vouloir se hisser au-delà de nos existences ordinaires n’a jamais mené à de bonnes choses.
Qu’elles soient cisgenre, transgenre, goudou, camionneuse, butch à pailette, star des podiums ou fem-cradingue vouloir hisser les femmes au rang de sacré c’est les destiner à les voir mourir dans la solitude et la précarité. Peut être que le temps est venu que les milieux féministes comprennent que fantasmer les femmes c’est toujours les condamner à être quelque chose, à être quelque chose d’autre… En vrai à peu près n’importe quoi sauf elle même ?
Ici je parle de mon expérience de personnes non binaire ayant navigué entre territoire gouine et pédale, c’est ma singularité. Toutes les putes ont une histoire singulière qui les poussent à s’essuyer les pieds sur le paillasson d’en face avant d’appuyer sur la sonnette. Si vous posez la question à quelqu'un d'autre, vous aurez une réponse sensiblement différente. Différente mais dérangeante, c’est le commun des marges de s’en battre un peu les couilles d’écrire au centre de la page.
On pourrait aussi trouver une similarité. Un truc bêtement pragmatique. Ce sont nos clients qui payent le loyer pas nos potes misandres au discours préformaté. Les discours ça aide pour le capital militant mais pas pour le capital financier. Etrangement mon proprio n’a jamais voulu que je le paye en capital militant donc d’ici qu’il se prenne à avoir des envies de gros squat autogéré je vais laisser mes clients faire le taff. Mon proprio ne demande que de l’argent et tant qu’il ne me calcule pas je peux lui en fournir. Les milieux alternatifs m’ont toujours demandé beaucoup plus en termes de force de travail et je n’ai jamais su performer leur élégie du cool. Quand mes clients se contentent de me demander de faire mon numéro de salope un peu cliché, d’autres m’ont déjà demandé un sens aigu de l'obéissance et je l’ai en horreur. Cela me rappelle beaucoup trop des portes qui claquent, les murs qui résonnent, la lumière en dessous de la porte, les bruits de pas qui s’approchent et surtout les rires… Comment oublier les rires ? Comment oublier ces groupes en cercle qui se fendent la poire à tes dépends ? Ces voix flûtées qui résonnent dans les couloirs ?
Alors oui tant qu’à dire des évidences allons y gaiement : je n’aime ni les mains aux culs, ni les teubs qui s’attardent un peu trop longtemps dans mon ventre, ni les commentaires de merde qui auscultent chaque milimétre de ma peau. Et à ce titre il y a tout un tas de masculinités qui me font peur, attisent mon agacement voir ma colère mais qui surtout m'interrogent et me laissent circonspect.e. Les putes le savent : le désir des autres n’est jamais qu’un fantasme et cela n’a rien à voir avec soi. Les gens désirent quelque chose qui est à l’intérieur d’elleux même, nous n’en sommes que le vecteur. Si tu as envie d’être aimé.e ne fait pas pute, fais assistante sociale ou institutrice à la rigueur mais vraiment non pute ça a plus d’un espèce de lien parasocial chelou difficile à saisir.
Mes clients sont par essence imparfaits, souvent décevants et plus rarement ce sont des rencontres qui me réchauffent le cœur. Surement que l’on voit le pire et le meilleur des masculinités d'où notre tendance à avoir un rapport très ambigu à ce sujet. On ne sait pas vraiment s’il faut les haïr, les aimer ou les oublier. Notre humeur sur la question varie en fonction des périodes. On fait une presta de merde et on a envie de tous les bruler, on fait une presta extra et on se dis que ce sont les plus belles personnes du monde. Entre les deux on se dit que ça passe et que ça vaut le coup de continuer.
Au final surement que ce qui nous fait avoir le feu sacré c’est 15 à 20 % de la clientèle qui nous fait sentir tellement bien, tellement important·e et precieus·e que cela rend tout autre forme d’interaction d’une vulgarité et d’une tristesse sans nom. Nous ne sommes plus des prestataires de services mais des muses qui les aide à se connecter de quelque chose d’oubliés et d’inconnus. Et en dehors de ma clientéle aucune femme ne m’a jamais offert ça, les avatars de la féminités sont de toute façon beaucoup trop en concurrence pour parvenir un jour à réussir cela. La sororité a quelque chose d’un doux horizon, d’un futur souhaitable, de cette inaccessible étoile qui nous fait avancer et accéder à de nouveaux paysage. Faute de mieux on se contentera de cela.
5-Tu ne tueras jamais le désir en toi, préserve toi pour les gens qui en valent la peine
Ça soulève une vraie question : c'est quoi, au juste, une personne "qui en vaut la peine" ? Qu'est-ce qui donne de la valeur à un individu ? Est-ce que c'est ce qu'il est capable de faire ? Est-ce que c'est la manière dont on le perçoit ? Ou bien est-ce simplement la façon dont il correspond à nos attentes ? C'est compliqué de trouver une réponse claire à cette question. J'imagine que chacun a la sienne, en fonction de ses projections.
Mon archétype dans les groupes, c'est celui de la casse-couille. En tant que casse-couilles, on a une réaction assez épidermique à l'obéissance, une gêne profonde face au statu quo, un goût âcre dans la bouche quand on sent le poids de l'autorité.
Je ne crois pas que les gens aient de la valeur. On a certes une valeur de par nos actions parfois, mais au-delà, non, vraiment, je ne vois pas. Cette idée tenace et féroce que des gens ont de la valeur que d'autres n'en ont pas, je n'ai jamais vu un monde où cela produisait des choses positives. Le mal des autres ne nous immunise pas contre celui qu'on peut produire. Même si j'ai bien conscience que c'est une pensée qui peut être rassurante, la réalité l'est rarement. Le doute, l'hésitation ou une main fébrile qui s'avance vers moi me semblent être déjà une meilleure option.
J'ai fini par arrêter de chercher de la valeur aux choses. Avoir un mode de vie différent du commun des mortels implique sûrement de restreindre ses attentes. Je ne pense pas avoir le luxe d'attendre quoi que ce soit de l'existence. Les nuits sont trop sombres, les odeurs trop fortes, le rythme des journées trop inattendu… Les "préserve-toi" existent surtout pour les personnes qui s'intègrent quelque part, mais pour un certain nombre d'entre nous, nous avons beaucoup trop la bougeotte pour cela. Nous n'avons personne pour qui nous préserver, aucune chair, aucun être, aucun groupe qui pourrait se nourrir de nous. Nous nous sommes rendus impropres à la consommation car nous refusons de servir à nourrir les futurs prédateurs. Car ce sont bien les prédateurs qui donnent de la valeur aux choses. Ils ont besoin de force pour la chasse, vous comprenez, et il serait assez imprudent de laisser le gibier aller brouter trop loin.
Je ne sais pas si mes clients ont de la valeur. Tout ce que je sais, c'est que pour la plupart ils n'ont pas la prétention d'en avoir. Dans l'équation, c'est moi qui suis censé avoir de la valeur : ça fait partie du contrat. Je ne sais pas si beaucoup d'interactions sociales peuvent faire concurrence à ça. On me paie le plus souvent pour ce que je suis et seulement après pour ce que je suis censé·e pouvoir faire. Je ne sais pas si ces gens qui me parlent de me préserver en permanence ont grand-chose à faire peser dans la balance face à ça. Toute interaction sociale a un prix, quoi qu'on en dise. Mes clients ont juste l'honnêteté d'en discuter les conditions sans chercher à les renégocier en permanence. Quand nombre de groupes sociaux et militants en particulier préfèrent souvent se fendre d'un grand sourire plutôt que de tenter d'expliciter ce qui est à l'œuvre. Il y aura des gagnants et des perdants, des populaires et des impopulaires et surtout des personnes prêtes à se salir les mains pour éviter de voir leurs places remises en question.
La saleté qui existe entre moi et mes clients, je n'ai aucune difficulté à la nommer. Même les odeurs les plus âcres, les textures les plus rebutantes, les mots les plus inavouables, je m'y suis familiarisé.e. Ça fait partie de mon quotidien et je sais quand y répondre avec un sourire ou le rejeter gentiment d'un mouvement poli. Et aussi étrange que ça puisse paraître, il n'y a rien qui se passe avec mes clients qu'un savon parfum bubble gum ne puisse apaiser. Je le redis encore une fois, toutes mes interactions avec d’autres êtres humains ne peuvent pas se vanter d’être aussi simple.
Frères et sœurs, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres.
Galates 5:13
Ces mots viennent de st paul. Je n’aime pas st paul. Il me rappelle les clients difficiles que je peine à décrypter. Il n’aime pas les corps, il n’aime pas les désirs et plus généralement les émotions au sens large lui font peur. Pour lui sa présence sur terre est juste une pénitence, un gouffre humide ou porter le poids de son existence en attendant de pouvoir en sortir. Je pense que c'était quelqu’un qui viscéralement ne s’aimait pas. D'où sa tendance à toujours juger tout et tout le monde. Quand le miroir ne nous évoque que du dégoût on est prêt.e à tout pour essayer de détourner le regard.
Je réalise que dans les textes de mon enfance, il y a déjà tout. Toutes les émotions, tous les espoirs, toutes les leçons que je pourrais apprendre plus tard mais aussi et surtout il y a déjà la peur. La peur de m'éloigner de mes frères et de mes sœurs qui me ressemblent et de me laisser dévorer par ma propre nature. Mais ce que veulent mes frères et soeurs ce n’est pas moi, c’est juste un rêve. Juste un fantasme de plus, une prestation non rémunéré, encore un énième acte de bénévolat qui me poussera au bord du gouffre. Je me dis parfois que le tds m’a fait vieillir prématurément, je parle comme une vieille daronne qui radote.
Dans nos milieux on aime bien râler sur saint Paul, c'est un peu l'oncle misogyne et homophobe sur lequel on aime bien bitcher. Mais sûrement qu'on oublie à quel point il nous a influencés et que plus on cherche à s'éloigner de lui plus on s'en rapproche. Fuir ses aînés, c'est souvent se condamner à leur ressembler. Sa souffrance, c'est la nôtre. Sa peur, c'est la nôtre. Sa pyromanie sacrilège, c'est aussi la nôtre. Les clients ne sont qu'un avatar parmi d'autres de cette peur. Ça permet de trouver quelque chose à brûler, un épouvantail sur lequel se déchaîner plutôt que de se confronter aux conséquences de nos propres actions. Tant qu'il y aura des gens à dénoncer comme étant fondamentalement mauvais, nous pourrons oublier notre aptitude au mal. D'où la course perpétuelle vers du combustible… Cette fuite en avant que le capitalisme nous a apprise : tant que nous avons de quoi consommer, peu importe les conséquences. Notre pétrole à nous c'est la haine et comme toute personne possédée par son ego nous pensons que cette ressource en particulier est sans fin. Mais nous nous trompons, toutes les ressources ont une fin et toutes les ressources sont précieuses. Les dépenser sans réfléchir nous fait comprendre à quel point elles peuvent être utiles parfois.
On dépeint souvent les putes comme des personnes représentant toute la violence du capitalisme mais nous avons toujours refusé de laisser choisir pour nous de la valeur des choses. Nous avons fait sécession et nous vivons à l’écart. Nos conditions de travail sont tellement flinguées que nous ne pouvons pas disperser notre haine à tout va. La conserver pour les heures les plus sombres n’est pas un choix, c’est un système d’alarme d’urgence. Nous préservons notre haine, notre colère, nos émois pour quand viendra l’heure. Quand viendra l’heure de cibler la douleur là où elle refuse de se nommer comme telle. Cela peut sembler paradoxale mais oui je crois utile de préserver notre haine pour les gens qui nous ressemblent et pensent vouloir nous défendre, pour celleux qui pensant être dans le camp du bien ont finir par croire qu’iels avaient une inaptitude au mal. Fréres et soeurs queer, militant de gauche ont parfois ce talent de pouvoir nous toucher là où ça fait mal. A force de nous donner des leçons morales, à force de se présenter comme des acteurs de bien quand ils ne défendent que leur territoire de chasse, qu’ils ne soient pas choqué en nous voyant aiguiser nos lames dans un coin de la pièce. C’est juste au cas où vous comprenez ? Juste au cas où…
10 Derriére de ces termes de femmes cisgenre et transgenre on retrouve souvent une idée d’écart de privilége, de qui souffre le plus ou non. Tel n’est pas mon intention ici. L’idée est plutôt d’essayer d’accepter que ce sont deux histoires distinctes avec des problématiques qui ne sont pas forcément les même si elles se rejoignent parfois